RDC–FMI : la masse salariale dépasse les engagements et atteint 39,19 % des recettes internes

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L’analyse critique du Centre de recherches en finances publiques et développement local (CREFDL), évaluant la qualité de la dépense publique en République démocratique du Congo, a pointé du doigt le non-respect du ratio prévu pour les dépenses de rémunération.

Selon ce rapport, parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD ce vendredi 20 mars 2026, l’organisation rappelle que, d’après les documents budgétaires du gouvernement, la politique salariale pour l’année 2026 devra promouvoir davantage d’efficacité, d’équité et de justice, tout en veillant à préserver la viabilité budgétaire de la masse salariale.

Pour matérialiser cette vision, cette organisation de la société civile spécialisée dans les questions des finances publiques, se référant aux prévisions de rémunération dans le budget 2026, rappelle que les dépenses de rémunération pour cet exercice sont chiffrées à 5,4 milliards USD, pour un effectif de 1,5 million d’agents. Elles représentent 39,19 % des recettes internes à recouvrer, dont les assignations s’élèvent à 14,1 milliards de dollars américains.

Selon le rapport, comparées au PIB nominal estimé à 109,15 milliards USD, ces prévisions de rémunération représentent 4,9 %, contre 4,6 % projetés dans le Cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) 2026-2028. En vertu des engagements pris avec le Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement devrait contenir la masse salariale à environ 35 % des recettes internes. Cependant, prévient l’organisation, les prévisions pour l’année 2026 font état d’un niveau de 39,19 %, ce qui constituerait un risque budgétaire.

Le même constat s’applique également à la période 2021-2025. Selon le rapport, l’analyse comparée des données met en évidence les points suivants : les informations collectées par le CREFDL révèlent le non-respect, par le gouvernement, des engagements pris avec le FMI concernant la politique salariale, qui fixait la part des dépenses de rémunération à environ 35 % des recettes internes à moyen terme.

La revue effectuée par le CREFDL indique que, durant les cinq années examinées, les dépenses de personnel ont atteint 18,91 milliards USD, contre des recettes internes mobilisées à hauteur de 43,56 milliards USD, soit 43,42 %. Selon l’organisation, ce dépassement confirme les inquiétudes du FMI dans le cadre du nouveau programme en cours d’exécution avec la RDC.

Conduite par Régis O. N’sonde, administrateur du Groupe Afrique III du Fonds monétaire international (FMI), et son adjoint Jephté Kibidikila Nsumbu, cette délégation du FMI a été reçue le jeudi 26 février 2026 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Au menu des échanges figuraient la situation macroéconomique du pays et l’évolution du programme triennal en cours d’exécution entre la RDC et l’institution de Bretton Woods.

En mission à Kinshasa, l’administrateur du FMI est venu s’enquérir de l’état d’avancement du partenariat avec le gouvernement congolais. Cette visite intervient près de deux mois après la validation, par le Fonds monétaire international, de la deuxième revue du programme de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la première revue du programme de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) en faveur de la République démocratique du Congo.

S’agissant des préoccupations du FMI relatives à la masse salariale publique, identifiée comme un risque budgétaire majeur, la délégation s’est dite rassurée par les réponses de la cheffe de l’exécutif central. À cette occasion, Judith Suminwa a réaffirmé l’engagement de son gouvernement à tout mettre en œuvre pour assurer la bonne exécution du programme conclu avec le FMI.

"Nous avons recueilli, nous avons été rassurés par les explications de Madame la Première Ministre. Je pense qu'il y a une volonté ferme de maintenir le cap sur la mobilisation des ressources et la maîtrise des dépenses, y compris la masse salariale. Le message a été très clair, et c’est ce message que nous porterons à nos collègues du Conseil d’administration. En tout cas, il y a eu réaffirmation si besoin était, de la volonté du gouvernement, de Madame la première Ministre de maintenir le programme sur la bonne voie et de rester en programme avec le Fonds monétaire international", avait fait savoir ce cadre du FMI.

Dans sa deuxième revue du programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), le Fonds monétaire international (FMI) identifie la dynamique de la masse salariale publique comme un risque budgétaire majeur en République démocratique du Congo. La hausse rapide des rémunérations, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice, pèse sur l’exécution du budget et réduit l’espace fiscal disponible, dans un contexte déjà contraint par l’augmentation des dépenses de sécurité.

Le rapport du FMI souligne que la masse salariale a connu une augmentation significative ces dernières années. Cette évolution résulte principalement des ajustements salariaux opérés dans les secteurs de l’éducation et de la santé, des recrutements et régularisations administratives, ainsi que de la poursuite d’engagements pris antérieurement par les autorités.

Selon l’institution de Bretton Woods, cette progression a accentué les pressions sur les dépenses courantes au cours de la période 2024–2025, dépassant les niveaux initialement programmés. La masse salariale absorbe désormais une part croissante des ressources budgétaires, limitant la capacité de l’État à financer d’autres priorités, notamment l’investissement public et les dépenses sociales protégées dans le cadre du programme.

Clément MUAMBA