Masse salariale en RDC: le CREFDL craint que le nouvel audit annoncé par le gouvernement n’apporte aucun changement et appelle à l’application des recommandations de l’IGF

1
Photo d'illustration.

En date du jeudi 5 mars 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé la réunion de cadrage relative à l’audit de l’état liquidatif de la paie des agents et fonctionnaires de l’État. Cette première rencontre faisait suite aux instructions du président de la République, Félix Tshisekedi, données lors de la 79ᵉ réunion du Conseil des ministres, en vue de contenir les pressions croissantes exercées sur la trésorerie de l’État par l’accroissement de la masse salariale.

Cette séance de travail a réuni, entre autres, les vice-premiers ministres du Budget, de la Fonction publique, de la Modernisation de l’administration et de l’Innovation du service public, ainsi que de la Défense nationale et des anciens combattants, la ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle citoyenneté, les vice-ministres du Budget et des Finances, le Premier président de la Cour des comptes, ainsi que l’Inspecteur général-chef de service de l’Inspection générale des finances (IGF).

Selon les instructions du président Tshisekedi, cet audit vise à garantir que chaque rémunération versée corresponde à un droit légitime et à un service effectivement rendu, tout en sécurisant durablement le paiement régulier et ponctuel des salaires. La commission a également pour mission de veiller à la soutenabilité budgétaire et à la sécurisation durable du système de paie. Elle procédera à un examen minutieux des effectifs budgétaires autorisés, des effectifs administratifs réels et de ceux effectivement rémunérés par l’État, afin d’identifier, entre autres, les doublons, les agents fictifs, les irrégularités d’engagement, les écarts de liquidation et les dépassements budgétaires.

Si, pour le gouvernement de la République, cette démarche constitue une mesure stratégique pour réguler la problématique de la masse salariale, d’autres se montrent plus sceptiques. C’est le cas du Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL). Dans une analyse critique des dépenses de rémunération des agents publics en RDC (2021-2025), parvenue à ACTUALITE.CD, cette organisation de la société civile invite le gouvernement à mettre en œuvre les précédentes résolutions issues des différents rapports d’audit, notamment celui de l’IGF.

"Au vue des statistiques des audits des services de contrôle, le nouvel audit annoncé par le Gouvernement risquerait de n’apporter des grands changements. Etant donné que les recommandations issues des anciennes missions de contrôle n’ont pas été suivies des mesures dissuasives à court terme, moins encore à long terme. Pour rationaliser les dépenses des rémunérations, le CREFDL appelle le Gouvernement à appliquer les recommandations contenues dans les différents rapports d’audit de l’Inspection Générale des Finances de 2019 et 2023", recommande cette organisation de la société civile spécialisée sur des questions des finances publiques.

L’organisation précise que l’évaluation des dépenses du personnel de l’administration publique entre 2021 et 2025 démontre qu’elles représenteraient un risque majeur pour les finances publiques en RDC si aucune mesure corrective n’est prise. Selon le rapport, un montant total de 18,9 milliards USD a été payé au cours de la période évaluée.

"Ces dépenses représentent une moyenne quinquennale de 43,42% des recettes internes, dépassant largement le seuil de 35% fixé par le Gouvernement. La gestion de la masse salariale reste un défi majeur, exacerbée par des recrutements excessifs, des fraudes et dysfonctionnements du fichier de la paie et une absence de mécanismes de contrôle rigoureux. Par ailleurs, la tension entre la nécessité d'honorer les promesses formulées dans les différents Programmes d’Actions du Gouvernement (PAG) et celle de maîtriser la masse salariale illustre à ces jours un point de choc dans la mise en œuvre des politiques publiques en RDC", souligne le rapport de cette organisation.

Dans sa deuxième revue du programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), le Fonds monétaire international (FMI) identifie la dynamique de la masse salariale publique comme un risque budgétaire majeur en République démocratique du Congo. La hausse rapide des rémunérations, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice, pèse sur l’exécution du budget et réduit l’espace fiscal disponible, dans un contexte déjà contraint par l’augmentation des dépenses de sécurité.

Le rapport du FMI souligne que la masse salariale a connu une augmentation significative ces dernières années. Cette évolution résulte principalement des ajustements salariaux opérés dans les secteurs de l’éducation et de la santé, des recrutements et régularisations administratives, ainsi que de la poursuite d’engagements pris antérieurement par les autorités.

Selon l’institution de Bretton Woods, cette progression a accentué les pressions sur les dépenses courantes au cours de la période 2024–2025, dépassant les niveaux initialement programmés. La masse salariale absorbe désormais une part croissante des ressources budgétaires, limitant la capacité de l’État à financer d’autres priorités, notamment l’investissement public et les dépenses sociales protégées dans le cadre du programme.

Lors de la 79ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 20 février à la Cité de l’Union africaine, le président de la République, Félix Tshisekedi, a remis au centre des échanges la question sensible du retard dans le paiement des agents et fonctionnaires de l’État. Une situation récurrente qui, au-delà des désagréments administratifs, affecte directement la stabilité sociale et la crédibilité budgétaire du pays.

Selon le compte rendu du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, le chef de l’État a instruit la réalisation d’un audit complet de l’état liquidatif de la paie, avec des résultats attendus dans un délai de 30 jours. L’objectif est de garantir la soutenabilité des finances publiques et d’assurer la continuité des opérations financières de l’État, en particulier le paiement régulier et ponctuel des salaires.

La République Démocratique du Congo est engagée depuis janvier 2025 dans un nouveau programme triennal avec le Fonds monétaire international, visant à soutenir la stabilité macroéconomique et la croissance. Ce programme comprend une Facilité élargie de crédit (FEC) ainsi qu’une Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). 

Clément MUAMBA