Une partie du quartier Mbanza-Lemba, situé dans la commune de Lemba, aux encablures de l’Université de Kinshasa, est menacée par une énorme érosion en forte progression, astreignant des habitants à abandonner leurs maisons après que plusieurs y ont été englouties.
Formée depuis 2020, d’après des riverains en péril, cette érosion, qui menace près dix avenues successives, a largement avancé à la suite de la pluie du vendredi 20 février dernier, jusqu’à atteindre l’avenue Limete, à seulement deux mètres d’un centre de santé et maternité.
Sur place, des familles qui ont quitté leurs maisons d’habitation par crainte du pire en cas d’autre averse, démantèlent des toitures pour récupérer tôles, chevrons et madriers, enlèvent portes et fenêtres, et désinstallent l’électricité pour garder des fils. D’autres cassent des murs. L'avenue Limete ressemble désormais à une localité naguère visitée par des assaillants, obligeant la population à se déplacer. Car, il y règne un silence radio, où seuls des coups de marteau des jeunes qui cassent retentissent.
Monsieur Jean, resté là avec sa femme dans la parcelle dont un membre de sa famille lui a confié la charge, relate que ses voisins qui ont vu leurs maisons écroulées dans le ravin, avec presque tous leurs biens, sont éparpillés ça et là, les uns pris en charge par des voisins, les autres ayant élu domicile dans des églises environnantes.
« C’est une avenue. L’érosion était très loin d’ici. Nous n’avons pas compris comment elle a dévié jusqu’à venir ici. Là on se tient ici, il y avait la maison de mes voisins, composée de trois chambres plus salon, là-bas, c’était un studio. Je te jure que toutes ces maisons sont encore sous le sable et nous ne l’avons pas encore vue. Même notre portail n'est toujours pas retrouvé. C’est moi qui l’ouvrais, lorsque ma femme m’interdisait au regard de la pression de la pluie. C’est ainsi que j’ai vu des murs s’écrouler. Mes voisins sont dans la parcelle derrière nous, d’autres sont dans des églises, d’autres sont rentrés dans leurs familles », explique-t-il, lançant un appel aux autorités d’agir pour sauver l’avenue.
Trésor, lui, s’inquiète de voir la situation s’empirer, alors que ce précipice avance progressivement vers leur maison. Bêches et sacs en main, lui et ses voisins passent à l’action. Ils remplissent du sable plein les sacs et plantent des bambous, afin de tenter de limiter l’extension de l’érosion.
« Cette érosion existe ici depuis 2020. Des députés sont passés, la première dame aussi avait envoyé ses équipes ici, mais rien n’est toujours fait. Depuis qu’on nous a dit qu’on devrait construire une route ici, zéro ? C'est comme ça que nous-même avons décidé de prendre notre destin en main, en nous cotisant pour mener des travaux à notre niveau. Plus loin, les gens ne savent plus sortir de chez eux, parce qu’il y a l’érosion qui coupe le trafic », se plaint-il.
Des malades en danger
Le docteur Willy Mazita, responsable du centre et maternité union médicale installé là depuis 25 ans, charge l’UNIKIN dont les eaux passent par le marché Mbanza-Lemba, avant de causer des dégâts dans ce coin. Elle revient sur la panique qui avait gagné le chef des patients et des corps soignants en poste sous la pluie torrentielle de ce matin-là du vendredi 20 février, cause de plusieurs tragédies à travers toute la ville de Kinshasa.
« Cette érosion était trop loin de nous. Elle a avancé suite à la pluie du vendredi dernier, à cause des eaux qui envahissent fréquemment le marché Mbanza-Lemba par l’avenue du professeur assassiné, passant par plusieurs avenues et arriver à faire des dégâts ici. Pendant cette pluie-là, toute la garde était prise par la panique, des malades, y compris, vu la quantité des eaux et l’ampleur des dégâts qu’elles causaient déjà », dit-il, appelant le recteur de l’Université de Kinshasa à construire une digue, capable de retenir les eaux lorsqu’il pleut.
Un témoin dit avoir vu des malades sortir du centre sous la pluie, les uns avec leurs cathéters en main, d'autres avec leurs plaies encore béantes.
Une onde de choc pour des anciens de Mbanza-Lemba
Des anciens habitants du quartier, qui en avaient entendu parler, ont afflué le lieu, tous frappés par la stupeur de voir ce qui était hier une grande avenue être métamorphosée en un temps record à une épouvantable érosion, emportant des maisons. Ils ont tous interpellé les autorités à agir très vite pour sauver des vies.
« Nous avons grandi ici. Bien que j'aie quitté le quartier depuis, voir ça relève d'un abandon total de la population par l'État. En tout cas, les autorités viennent intervenir. C'est à la fois choquant et honteux », soupire un natif de Mbanza-Lemba.
Cause originelle ?
Pour certains Kinois, cette érosion est consécutive au projet initié par l’ancien gouvernement Ilunga Inlukamba. « Je me souviens que l’État avait lancé un projet de construction de route qui devait faire le prolongement de la route de l’hôpital général de Kisenso et relier l’université de Kinshasa (UNIKIN), passant obligatoirement par Mbanza-Lemba. Les travaux étaient brusquement interrompus, et nous avons appris qu’il y a eu détournement présumé des fonds », rappelle Peter Matondo, professeur.
Samyr LUKOMBO