RDC-USA : une société américaine réclame 4 milliards USD, Kinshasa conteste

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La société américaine PayServices a déposé une plainte devant une juridiction fédérale américaine contre la RDC, réclamant 4 milliards de dollars de dommages et intérêts, révèle Africa Intelligence.

Selon cette plainte, PayServices affirme avoir conclu avec des entités publiques congolaises un projet de numérisation des paiements de l’État congolais, présenté comme devant générer plus de 8 milliards de dollars de revenus annuels. L’entreprise indique que le projet n’a pas été exécuté.

D’après la plainte, les premiers contacts entre PayServices et les autorités congolaises ont eu lieu le 6 décembre 2023 à Washington, lors d’une rencontre à l’ambassade de la RDC. En janvier 2024, un accord d’exclusivité aurait été signé entre PayServices et la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO).

Toujours selon la plainte, un versement de 20 millions de dollars était attendu avant mars 2024. En avril 2024, la CADECO aurait sollicité la Banque centrale du Congo pour le déblocage de ces fonds, sans résultat. La société indique avoir engagé ensuite des démarches de médiation, avant de saisir la justice américaine.

Dans sa plainte, PayServices évoque des violations contractuelles, des pressions et des tentatives de corruption, mentionnant notamment un pot-de-vin présumé de 5 millions d’euros. Elle cite plusieurs responsables congolais, dont la ministre du Portefeuille Julie Mbamubi Shiku, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde, le directeur de cabinet du président Nkinzo Kamole, le gouverneur de la Banque centrale Andrew Mwema et le directeur général de la CADECO Mukeba Muntuba.

Dans un communiqué de presse du 13 janvier 2026 consulté par ACTUALITE.CD le ministère congolais du Portefeuille conteste ces accusations. Il affirme que PayServices n’a jamais disposé de la qualité juridique d’établissement bancaire au regard du droit américain.

Selon ce communiqué, par décision formelle du 18 octobre 2024, le Département des Finances de l’État de l’Idaho a retiré toute reconnaissance conditionnelle antérieure et a interdit à PayServices l’usage du terme “bank”, au motif du non-respect des exigences réglementaires.

Le ministère indique que des vérifications administratives ont été menées conformément à la loi relative aux finances publiques, établissant que PayServices n’était ni autorisée ni habilitée à recevoir ou gérer des fonds publics. En application de l’article 108 de cette loi, les autorités congolaises affirment avoir mis un terme à toute suite administrative donnée au dossier.

Le communiqué précise qu’aucun fonds n’a été transféré, qu’aucune autorisation régulière n’a été délivrée et qu’en conséquence aucun préjudice financier ne peut être établi. Il indique également qu’aucune valorisation financière crédible de PayServices n’a été produite, évoquant l’absence d’états financiers certifiés et d’audit indépendant.

Le ministère du Portefeuille qualifie les affirmations relatives à de prétendus investissements de 72 millions de dollars de dépourvues de base juridique, budgétaire ou comptable, et affirme que les allégations concernant un contrat entre PCES Akiba et la CADECO sont inexactes, selon le communiqué.

Les accusations de corruption et de pressions sont présentées par le ministère comme étant apparues après le refus de paiement, et liées, selon lui, à la contestation du statut bancaire de PayServices.

La RDC coopère avec toute juridiction légalement compétente, dit le ministère congolais de portefeuille, et se réserve le droit d’exercer toutes les voies de droit. La procédure est en cours devant la justice américaine, selon la plainte.