Les activités socio-économiques sont paralysées ce mardi 13 janvier dans la ville de Butembo, au Nord-Kivu, à la suite d’un appel à une journée ville morte lancé par la synergie des mouvements citoyens et des groupes de pression. Cette mobilisation vise, d’après les initiateurs, à dénoncer la persistance de l’insécurité dans cette importante ville commerciale de l’est de la République démocratique du Congo.
Dès les premières heures de la matinée, des tensions ont été observées dans la partie nord de la ville, notamment au quartier Furu. Des pneus ont été brûlés, certains depuis la veille, d’autres dans la matinée de ce mardi. Plusieurs barricades ont également été érigées sur différentes artères, perturbant la circulation.
Sur le boulevard Président de la République, la quasi-totalité des magasins sont restés fermés. Les banques ont également suspendu leurs activités normales, ne laissant ouvertes que de petites entrées pour recevoir quelques clients, a constaté ACTUALITÉ.CD. Dans plusieurs quartiers, des groupes d’habitants se sont formés spontanément pour échanger sur la situation sécuritaire et socio-politique de la province.
Les établissements scolaires n’ont pas fonctionné. Les écoles primaires, secondaires ainsi que les universités sont restées fermées, et aucun élève ni étudiant n’était visible dans la matinée. Plusieurs parents ont préféré garder leurs enfants à la maison par crainte d’éventuels incidents. Quelques élèves qui s’étaient rendus à l’école ont été renvoyés chez eux vers 9 heures.
Dans certaines zones périphériques de la ville, notamment à Rughenda, Mutiri, Vuhira et Katwa, les activités se déroulaient, toutefois au ralenti, malgré l’appel à la cessation des activités.
Contacté par ACTUALITÉ.CD, Jean-Pierre Kasma, militant du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA), indique que l'objectif principal de cette journée ville morte et d’exiger le départ du maire de Butembo, le relèvement du commandant urbain de la police, la délocalisation des positions des groupes « wazalendo » installées à l’intérieur et aux abords de la ville, ainsi que l’ouverture d’enquêtes indépendantes afin d’assurer justice aux victimes de l’insécurité.
« Cette insécurité se manifeste notamment par des assassinats, des vols à main armée, des cambriolages dans plusieurs ménages ainsi que d’autres violations des droits humains. À travers cette journée sans activités, nous voulons interpeller les autorités nationales afin qu’elles assument leurs responsabilités, notamment en procédant au remplacement des autorités locales, en particulier le maire de la ville et le commandant de la police nationale congolaise, que nous jugeons inefficaces.
Nous demandons également que les autorités nationales prennent des mesures pour que les personnes non formées et armées quittent la ville. Aujourd’hui, la circulation des armes est devenue incontrôlée, au point qu’il est difficile de distinguer les bandits des groupes armés, y compris les wazalendo, qui circulent librement. C’est pour toutes ces raisons que nous avons lancé cette journée ville morte », a-t-il confié.
Cette journée ville morte intervient dans un contexte sécuritaire préoccupant. Pour rappel, deux personnes ont été tuées par arme à feu dans la soirée du mercredi 7 janvier dernier à Butembo. La même soirée, un policier, ancien membre de l’unité PCR et récemment affecté à l’unité de prévention des crimes économiques et du blanchiment des capitaux, avait également été abattu.
Le gouverneur militaire a fait le déplacement de Beni à Butembo la semaine dernière et a réuni les services de sécurité autour de cette problématique. Parmi les mesures arrêtées, il y a notamment l’interdiction aux wazalendo de circuler avec les armes dans la ville de Butembo. Décision jugée tout de même inefficace par certains observateurs étant donné que ces miliciens non désarmés sont cantonnés dans la ville et se considèrent partenaires de l’armée.
Josué Mutanava