Est de la RDC : "le Rwanda a de moins en moins d’excuses pour justifier ses actions sur le terrain" (Nicolas Berlanga Martinez, ambassadeur de l’UE en RDC)

Les rebelles du M23 à Goma
Les rebelles du M23 à Goma

La dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, marquée par l’occupation de la ville d’Uvira dans la province du Sud-Kivu par la rébellion de l’AFC/M23 appuyée par le Rwanda, était au centre des échanges entre Nicolas Berlanga Martinez, ambassadeur de l’Union européenne en RDC et le Chef de l’État Félix Tshisekedi, ce jeudi 11 décembre à la Cité de l’Union africaine.

Au cours de cet entretien, qui s’inscrivait également dans le cadre de sa visite d’adieu, les deux personnalités ont échangé sur l’état de la coopération entre l’Union européenne et la RDC. L’ambassadeur Nicolas Berlanga a exprimé sa solidarité envers la RDC, confrontée à une guerre d’agression Rwandaise via la rébellion de l'AFC/M23. Selon la Présidence de la République, le diplomate européen a également souligné que  maintenant qu’il y a les accords de Washington, il est important que leur garant s’impose pour en assurer le respect".

"Je pense que la narrative, comparée à celle d’il y a deux ans, la narrative actuelle montre que la communauté internationale est derrière vous. Le Rwanda a de moins en moins d’excuses, pour être, pour justifier ses actions sur le terrain", a indiqué le diplomate européen.

Cette rencontre intervient dans un contexte où la ville d'Uvira, considérée comme stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais dans la province du Sud-Kivu, est désormais passée sous le contrôle de la rébellion de l’AFC/M23, renforçant davantage son influence et sa mainmise dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Il s’agit d’un verrou essentiel susceptible d’ouvrir la voie à l’AFC/M23 vers l’espace Grand Katanga, considéré comme le poumon économique du pays.

La détérioration de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC a coïncidé avec l’entérinement des accords de Washington signés entre Kinshasa et Kigali sous les auspices des États-Unis d’Amérique. Alors que ces accords étaient censés valider et encourager le cessez-le-feu souhaité par les médiateurs et plusieurs partenaires de la RDC et du Rwanda, la situation s’est au contraire dégradée, marquée par des accusations mutuelles entre les deux États quant à la responsabilité de la détérioration de la situation sécuritaire actuelle. 

Après l’occupation de Bukavu en février 2025, le gouvernement de Kinshasa avait désigné la Uvira comme siège provisoire des institutions dans les zones encore sous contrôle gouvernemental dans la province du Sud-Kivu. L’AFC/M23, soutenu par le Rwanda et son armée, ayant désormais pris le contrôle d’Uvira, inflige, selon le chef de la diplomatie burundaise, une "gifle " à Washington, seulement quelques jours après la signature des accords censés ramener la paix dans la région des Grands Lacs.

Clément MUAMBA