Une enquête de la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) et du Bureau of Investigative Journalism (TBIJ) révèle que des terres situées à l’intérieur du parc marin des Mangroves, dans la province du Kongo Central, ont été accaparées par une société liée à l’ancien président Joseph Kabila.
Recruté en 2022 pour diriger la protection du parc, le franco-suisse Kim Rebholz dit avoir découvert, quelques mois après sa prise de fonction, une vaste plantation de palmiers à huile sur un territoire pourtant classé zone protégée.
« En l’espace d’un mois environ, j’ai mis les pieds dans le plat », raconte-t-il. « Mais ça, c’est quoi exactement ? Parce que ça semble exploité… », demande-t-il à ses adjoints au cours d’une patrouille. Ils lui auraient alors confirmé que la plantation appartenait à la société Grands Élevages du Bas-Congo (GEL), identifiée par PPLAAF et ses partenaires de l’enquête Congo Hold-Up en 2021 comme une entreprise appartenant à Joseph Kabila et à sa famille. Le président honoraire n’a pas répondu aux requêtes des deux ONG.
Des images satellites montrent que la plantation en question couvre plus de 400 hectares à l’intérieur des limites du parc. Un document officiel du ministère de l’Environnement, daté de 2023, parle d’un « terrain spolié par une plantation privée de palmeraies appartenant à l’ancien chef de l’État ».
Plusieurs habitants et un ancien responsable local confirment cette spoliation.
« Ça appartient toujours à Kabila, c’est à lui. Il souhaitait avant tout un élevage pour ses boeufs, mais (...) ils ont planté les palmiers, on n'y peut rien, vous voyez ?», affirme un de ces riverains à PPLAAF et au TBIJ.
Interrogé, l’ancien directeur général de l'Institut congolais de conservation de la nature (ICCN) qui administre l'ensemble des parcs nationaux et aires protégées, Cosma Wilungula, ne confirme ni dément la spoliation de ce terrain mais il affirme simplement que la société GEL a été rachetée par Joseph Kabila à "des anciens colons d'après l'indépendance".
"Pendant toute ma gestion, cette société n’a pas été une menace au parc et même aujourd’hui. (…) Le parc a obtenu beaucoup de faveur de l’ancien Président. Et même un appui systématique contre le braconnage qui sévissait dans le parc", explique-t-il encore.
Ce n’est pas la première fois que Joseph Kabila est accusé d’empiéter sur des aires protégées. En 2021, l’ONG Justicia ASBL avait déjà dénoncé l’extension d’une ferme lui appartenant sur un parc national de l’Est du pays. Son président, Me Timothée Mbuya, avait ensuite été victime d’une attaque armée à son domicile.
C’est aussi ce qui est arrivé à Kim Rebholz et à sa famille qui ont été attaqués à leur domicile le 2 février 2023.
Pour l’ancien directeur du PMM, la présence de cette plantation compromet gravement la survie de certaines espèces, notamment les buffles, aujourd’hui presque disparus de la zone.
L'ICCN et le gouvernement congolais n'ont pas répondu aux questions posées par cette enquête.
Sonia Rolley, Joséphine Moulds