L'accoutrement des femmes et la violence sexuelle : un débat complexe

Photo/ Actualité.cd
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Après les déclarations du pasteur Marcello Tunasi sur le viol (08.05.24) dont sont victimes les femmes, les voix ne cessent de se lever, certaines pour condamner d'autres pour appuyer ses propos perçus comme un soutien aux violeurs incités par le mauvais habillement de leurs victimes.

Sur X, Laetitia Munzadi a réagi aux propos de Marcello Tunasi : "La seule démonstration possible est la suivante : l’habit ne fait pas le viol. » Le coupable, c’est le violeur. Une fois de plus, en s’attribuant le rôle de la police des mœurs, vous persistez dans votre dada traditionnel : sexisme, apologie et justification du viol. Honteux."

Nora Cathia rappelle, elle, au pasteur les bonnes manières de dire et de présenter les choses : "Surtout dans un pays où le viol est utilisé comme arme de guerre ! Tournez votre langue 7 fois dans votre bouche, avant de déblatérer vos bêtises pour ensuite vous rétracter et dire que les gens cherchent à ternir votre réputation," a-t-elle commenté.

Pour Karine Ndjoko, aucun comportement ne peut justifier le viol. L'internaute appelle le pasteur Tunasi à s'excuser :  "M. le pasteur, il ne faut pas dévier le débat sur votre réputation. C’est un peu facile. Si vous y tenez, vous devriez vous excuser. Aucun comportement ne justifie le viol. AUCUN. Le débat sur les habits est un autre débat. Pas à coroller avec un crime," a-t-elle écrit.

À Kinshasa, le Réseau des Femmes Leaders pour l'Accès à la Parole soutient que les propos de Marcello Tunasi, pris dans leur contexte, sont cohérents, car l'exposition des parties intimes du corps de la femme dans son accoutrement favorise grandement les violences sexuelles. Le réseau note que près de 60 % des jeunes filles sont victimes de harcèlements sexuels suite à leur manière indécente de s'habiller en public.

Le viol est-il la faute des femmes qui s'habillent de manière provocante ? 

Josué Ozowa Latem, psychothérapeute, souligne que l'idée que l'habillement des femmes soit une cause de violence sexuelle est une simplification dangereuse et inexacte. Il affirme que la violence sexuelle est un crime motivé par la volonté de pouvoir et de contrôle, et que les victimes ne sont jamais responsables des actes de leurs agresseurs. L'expert relève également que blâmer les victimes pour leur habillement peut avoir des conséquences néfastes sur leur santé mentale et leur bien-être.

"Il est important de se rappeler que la violence sexuelle est un problème complexe qui ne peut être expliqué par un seul facteur. L'habillement des femmes peut jouer un rôle dans la façon dont les agresseurs les perçoivent, mais il ne s'agit en aucun cas d'une cause de violence sexuelle. Il est important de continuer à sensibiliser à ce problème et à travailler à la création d'une société où toutes les femmes peuvent se sentir en sécurité," a-t-il dit.

Une thèse également soutenue par Vincent Bauna, assistant au département des Lettres et civilisations africaines de l'université de Kinshasa.

Pour lui, l’auteur des violences en est la cause première. La victime ne peut en aucun cas être responsable des actes commis par son agresseur.

"Dans nos sociétés, la violence sexuelle ne s’explique pas par un unique facteur. Plusieurs facteurs y contribuent, et c’est l’interaction de tous ces facteurs qui en est à l’origine. Et l'accoutrement ne peut jamais constituer une cause des violences sexuelles, au moment où le viol reste un acte délibéré, avant d'être posé."

Dans une récente publication sur son compte X (10.05.24), le pasteur Marcello Tunasi a précisé n’avoir pas pris position pour les violeurs ni soutenu les actes de viol dont sont victimes les femmes. Ayant aussi des personnes chères qui sont femmes, Marcello Tunasi dit n’approuver aucunement le viol, peu importe sa raison.

Nancy Clémence Tshimueneka