RDC: Une trentaine d’ONG demande à Sama Lukonde d'appeler publiquement à la libération de toute personne arrêtée ou condamnée pour avoir critiquer l'état de siège 
Mercredi 13 avril 2022 - 14:18
Photo AFP

Appel à la fin de la répression et au respect des droits humains dans les provinces sous état de siège: une trentaine d’ONG écrivent à Sama Lukonde 

37 ONG ont écrit Sama Lukonde pour lui faire part de leur inquiétude par rapport à « la dégradation de la situation des droits humains et les massacres continus dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri depuis l'instauration de l'état de siège au mois de mai 2021 ». 

Elles font remarquer que cette mesure qui avait été prise en réponse à l'insécurité persistante dans l'Est du pays, caractérisée par des tueries des civils commis par différents groupes armés, n'a pas permis jusque-là d’apporter les résultats escomptés. 

« Bien au contraire, le nombre de massacres perpétrés témoigne de l'insécurité qui persiste ainsi que de la limite de la réponse militaire. Aussi, la population vit dans une peur permanente du prochain massacre, l'armée n'arrivant pas à sécuriser y compris les personnes vivant dans des zones à risque, même les déplacés ».

Le plus grand regret vient du fait que « loin de sécuriser la population civile, les autorités militaires ont restreint l'exercice des libertés publiques en réprimant des manifestations pacifiques, en procédant à des arrestations arbitraires, des intimidations, des passages à tabac, en lançant des poursuites judiciaires contre toutes les voix qui critiquent cette mesure ou appellent à la fin de l'état de siège ».

Ces Organisations disent avoir documenté l'arrestation de dizaines d'activistes, de journalistes, de membres de l'opposition et même de parlementaires qui ont exprimé leur opinion de manière pacifique sur la situation en cours et l'état de siège. Elles rappellent aussi qu’au moins un activiste a été tué par les forces de sécurité lors d'une manifestation.

Elles notent qu’un tribunal militaire à Goma a condamné douze activistes du mouvement citoyen Lucha à une année de prison pour provocation et incitation à des manquements envers l'autorité publique pour avoir manifester devant la mairie de Beni en novembre dernier appelant à la fin des massacres et à la levée de l'état de siège. 

« Monsieur le Premier Ministre, savez-vous comment la manifestation en question s’est déroulée ? Le groupe ne comptait pas vingt personnes, des jeunes tenant des pancartes devant l’hôtel de ville tentant simplement d’attirer l’attention sur leur environnement de vie quotidienne. La brutalité de la réponse militaire et policière nous interpelle : cette quinzaine de jeunes congolais doivent-ils être considérés comme une telle menace pour notre pays qu’ils méritent d’être battus comme ils l’ont été », s’interrogent-elles.

Ces ONG rappellent aussi qu’un autre membre de l'opposition est détenu à Bunia et poursuivi de propagation de fausses informations pour avoir critiquer l'état de siège sur les réseaux sociaux. Bien plus, deux parlementaires sont toujours en détention en attente d'un procès pour avoir critiqué ou s'être opposés à l'état de siège. 

« La liste de cas similaires continue et ne cesse de s’allonger à mesure que les autorités militaires voient leur mandat prolongé », écrivent-elles.

Ces ONG recommandent au Premier ministre pendant son séjour dans l’Est de la RDC d'appeler publiquement à la libération de toute personne arrêtée ou condamnée pour avoir critiquer l'état de siège. Elles veulent aussi que Sama Lukonde demande des sanctions contre tout membre de l'armée ou de la police qui s'est distingué dans les actes d'atteintes aux droits humains y compris tuerie, torture, etc.

Elles suggèrent au Premier ministre d'interpeller les autorités militaires sur le droit de la population à s'exprimer librement durant cette période et éviter de recourir à la force, sauf si cela est nécessaire et de manière proportionnée en réponse à des incidents précis. Elles insistent aussi sur l’urgence de garantir aux organisations de la société civile qu’elles ne seront pas considérées comme des forces négatives. 

Elles recommandent également au Premier ministre de faire adopter la loi portant modalités pratiques de l’application de l’état siège imposée par l’article 85 alinéa 3 de la Constitution.

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