Le secteur judiciaire fait partie des domaines de la vie nationale les plus touchés par la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire provoquée par la guerre opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon les Nations-Unies aux forces gouvernementales dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Selon un rapport du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), couvrant la période de janvier à décembre 2025 et rendu public jeudi 12 mars 2026, plusieurs infrastructures judiciaires et pénitentiaires ont été détruites, entraînant la perte de nombreux dossiers judiciaires, dont certains liés aux violences sexuelles en lien avec le conflit.
"En 2025, la lutte contre l’impunité en République démocratique du Congo a été gravement affectée par la crise à l’Est. L’occupation de Goma et de Bukavu a entraîné la destruction des infrastructures judiciaires et pénitentiaires, ainsi que la perte de la quasi-totalité des dossiers judiciaires, dont 36 affaires relatives à des crimes graves, parmi lesquelles 11 concernaient des violences sexuelles liées au conflit (VSLC)", rapporte le BCNUDH.
Dans le même registre, le BCNUDH a noté une recrudescence des conflits interethniques et des discours de haine directement liés à la situation sécuritaire à l’Est du pays. Les membres de la communauté Tutsi ou Banyamulenge étaient particulièrement visées. En effet, au moins 13 allégations de discours haineux, dont six répondant aux critères de Rabat, ont été documentées par le BCNUDH en 2025 et visaient directement les populations rwandophones et les membres de la communauté banyamulenge (considérés comme des alliés au M23).
Au cours de la période en revue, le BCNUDH dit avoir poursuivi ses activités de suivi, de plaidoyer et de renforcement des capacités. Dans le cadre du projet conjoint du Fonds commun pour les Objectif de développement durable « Identification numérique pour tous », le BCNUDH a mené une campagne de sensibilisation sur l’enregistrement des naissances et la promotion du système d’enregistrement numérisé qui a touché au moins trois millions de personnes à Kinshasa. Cette campagne a permis l’enregistrement de 174,439 enfants. Le taux d’enregistrement des naissances des enfants à Masina est passé de 28 pourcent en 2023 à 68% en 2025.
Le BCNUDH a continué à fournir un appui technique et financier aux acteurs locaux afin d'améliorer leur engagement auprès des mécanismes internationaux relatifs aux droits de l’homme. Au cours de l’année, le BCNUDH a organisé 93 sessions de formation et de sensibilisation à travers le pays au profit d’au moins 4,999 personnes, dont 2,308 femmes, notamment des membres des organisations de la société civile, des défenseurs des droits humains, des agents de l’Etat, des professionnels des médias, des agents des forces de défense et de sécurité.
Les atteintes et violations des droits de l’homme dans l'Est de la République démocratique du Congo interviennent dans un contexte prolongé d’intensification des violences et des combats opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon Kinshasa, aux forces gouvernementales sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette situation aggrave davantage le contexte sécuritaire et humanitaire, alors même que la communauté internationale fait face à une pénurie de financements de l’aide humanitaire, mettant en danger la vie des populations civiles.
Face à cette situation, des appels se multiplient en faveur d’un cessez-le-feu entre les parties afin de donner une chance aux processus politiques, notamment au dialogue, en vue de régler la crise sécuritaire en cours. Toutefois, la situation ne change guère sur le terrain, où chaque partie accuse l’autre d’être à l’origine des violations du cessez-le-feu. La situation semble même s’aggraver ces derniers mois avec l’usage de drones. La rébellion de l’AFC/M23 accuse Kinshasa d’utiliser ces engins contre des populations civiles dans des zones densément peuplées, des allégations que le gouvernement congolais rejette.
Sur le plan diplomatique, le statu quo persiste également. Le processus de Washington prend en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, tandis que celui de Doha se concentre sur la crise entre Kinshasa et l’AFC/M23. Malgré certaines avancées enregistrées sur le papier, ces initiatives peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain, ce qui alimente la méfiance entre les parties et favorise la reprise des hostilités sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA