Voici « la nouvelle » qui a permis à Akilimali Sifa de remporter le "prix littéraire des héroïnes congolaises du quotidien »
Ph. ACTUALITE.CD

Comme annoncé le Desk Culture de ACTUALITE.CD vous propose le texte de Akilimali Sifa qui a remporté Voici « la nouvelle » qui a permis à Akilimali Sifa de remporter le "prix littéraire des héroïnes congolaises du quotidien » initié par la délégation de l'Union européenne en République démocratique du Congo. Pour rappel, près de 80 nouvelles ont été reçues et 10 ont été sélectionnés pour la finale de cette compétition lancée le 28 février par Jean-Marc Châtaigner, ambassadeur de l'Union européenne à Kinshasa. 

L’auteure

Née en 1990 à Uvira, la gagnante est est détentrice d’un diplôme de médecine de l’Université de Kinshasa. Elle a notamment  travaillé comme médecin généraliste aux urgences de l’Hôpital Général de Kintambo et chargée du programme « santé pour tous » de l’association Tosungana na Bomoko de 2016 à 2019. Elle est maintenant installée à Kalemie où elle preste comme Médecin traitant à l’Hôpital Général de Référence. Passionnée de l’écriture elle est l’auteur de plusieurs œuvres non publiées et participe à plusieurs concours littéraires.

La nouvelle ... MWANA HUME

Dans ce vaste champ de maïs, à l’aide de mes mains et d’un couteau, je creusai un trou à chaudes larmes, je creusai, creusai pour enterrer dignement ma fille ! après une bonne heure, c’était fini ! elle était sous terre ! une fois fini je ressentis un dégout insurmontable face à cet être, cet enfant, cet inconnu auquel elle venait de donner vie ! J’avais donc pris la décision d’abandonner cet enfant dans ce champ en espérant qu’un fauve vienne en faire un repas !  En tenue d’Adam, je le laissais là sous ce sol froid et humide en train de se tortiller comme un petit ver de terre au-dessus du cadavre de sa mère !  Je regardais ce visage pour une dernière fois me rappelant les actes odieux commis par son père ! un sentiment de peur et de colère remonta rapidement dans mon âme ! de peur car j’étais sur le point d’abandonner un être humain et de colère car à cause de cet être humain je venais de perdre ma fille !   Je baissais les yeux pour disparaitre ! la promesse que m’avait demandée ma fille était au-delà de mes forces ! je ne pouvais pas ! comment pourrais-je nourrir ce petit être ; ce diminutif de ce barbare, de ce violeur des femmes et criminel de guerre ? s’il avait hérité de son visage, il avait certainement hérité aussi de son ADN diabolique ! 

 Je pris donc le reste de mes affaires que je plaçai sur mon dos à l’aide d’un pagne en direction de Panzi ! je courais aussi vite que je pouvais et les cris vigoureux et stridents de ce petit être s’estompaient petit à petit puis soudain je n’entendais plus rien !

 L’adrénaline descendit rapidement et je réalisais ce que je venais de faire ! 

- Oh mon Dieu ! qu’ai-je fait ? qu’ai-je fait ? 

Les larmes coulèrent de mes yeux et ma tête explosait par cette décharge excessive d’électricité émotive ! je rongeais mes ongles pour soulager ma souffrance mais rien à faire, la conscience me rappelait que finalement je n’étais pas différente de ces criminels de guerre ! A cause de moi cet enfant innocent mourrait de faim ou peut être de froid !  Sans plus tarder je fis demi-tour et repris la même course dans la direction opposée ! mais je n’entendais plus ses cris ! avait-il été tué ? ramassé ? je l’avais tué !   Mon cœur battait la chamade et mon être tout entier tremblait ! les mains tremblantes je poussais précipitamment les longues branches des maïs jusqu’à m’entailler les pommes des mains !  

Finalement je le retrouvais ! il était là, endormi, nu et la peau couverte par une substance blanchâtre un peu graisseuse qui rendait sa peau gluante.   Je le pris dans mes bras en lançant un grand cri de soulagement !

J’avais encore quelques heures de route avant d’atteindre Bukavu ! la route était longue et cet être devait se nourrir ! lui donner mon sein ?  Absolument pas ! c’était répugnant, exécrable !  Cet enfant qui m’a tout pris et qui de surcroit ressemble à son père, le violeur des femmes ! absolument pas !

Mahuwa héroïne ; Mahuwa était exceptionnelle ! je n’étais pas comme elle ! je pris donc les quelques mangues que j’avais dans ma gibecière et j’extrayais rapidement du jus pour le lui donner ! mais juste avant de le faire mon cœur s’empoigna de nouveau ! cet être était mon petit-fils : l’allaitement pourrait certes raviver des souvenirs douloureux de ces abus, de tout ce que j’avais perdu mais l’allaitement sauverait également la vie de cet enfant ! émotionnellement difficile, je pris mon sein gauche que je mis à nu et donna à cet être.  Peut-être que mon lait lui transmettrait toute la bonté qui manquait à son père !   Je savais que ça prendrait du temps avant que le lait ne coule mais ça finirait par couler : j’ai vu faire dans mon village les grand-mères ! Curieusement le voir sucer ce bout de sein d’abord timidement puis avec force me réconcilia à lui ! il n’était plus le fruit d’un abus mais il devenait le frère de lait de ma fille décédée mais aussi mon petit-fils !  Sans le vouloir je m’étais assoupis ! partie dans l’au-delà ! dans mes rêves ! j’étais fatiguée, le sommeil devenait sine qua non et ce bout de chou dans mes bras entrain de booster comme il pouvait la montée laiteuse ! 

Je fus réveillée par des voix masculines : quelle horreur ! pas encore ça !  

-       Madame (fit l’un d’eux) que faites-vous ici seule ? avec un bébé aussi fragile ? 

Il était déjà l’aube, le soleil pointait déjà à l’horizon ! les trois hommes qui se tenaient devant moi avaient des houes et des machettes à la main ! je compris donc très rapidement que c’était des cultivateurs 

-       Je viens de Nyamarege et Ici repose ma fille, morte après avoir donné naissance à cet enfant issu d’un viol collectif ! J’aimerais rejoindre Panzi parce que j’ai gardé les séquelles de ce viol car ces barbares en plus de cet abus ont déchiqueté mes parties intimes à l’aide des branches !  Je sens les urines à longueur de journée, je suis devenue un paria ! Je veux juste être réparée par monsieur Mukwege ! 

L’un d’eux, probablement le plus jeune, n’en pouvait pas ! il versa une grosse goutte de larme avant de me porter ! Quel soulagement ! nous étions sauvés !  Moi et mon petit-fils ! ces jeunes hommes nous amenèrent sans rien demander jusqu’à l’hôpital où moi et Imani continuions à être suivi physiquement mais aussi psychologiquement ! Imani, la foi, j’ai foi que le frère de lait de ma fille, mon petit-fils sera un grand homme, un homme d’une bonté hors pair qui contribuera à éradiquer ces crimes de guerre comme le voulait et le souhaitait jour et nuit son héroïne de mère ! l’allaitement qui était répugnant hier était devenu la chose qui me connectait davantage à lui ! 

Je suis une femme ordinaire parmi tant d’autres à Panzi mais on ne cesse de me répéter, de nous répéter que nous sommes des femmes exceptionnelles ! je revis, j’ai tourné la page ! j’ai été réparée sans dépenser un sou !  Je vois grandir Imani et ma joie grandit petit à petit avec lui ! les traits caractéristiques de son père sont toujours là mais il est différent de lui en tout et pour tout ! il est mon sang ! 

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