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 Cinq ans après le massacre d'au moins 30 civils dans l'attaque des hommes armés contre la localité de Mutarule, habitée par des personnes appartenant à l'ethnie Bafuliro, dans la province du Sud-Kivu, l'ONG américaine de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a demandé à la justice militaire congolaise de rouvrir les enquêtes afin de condamner les auteurs et fournir des réparations aux victimes. 

« Cinq ans après le massacre de Mutarule, le système judiciaire congolais n’a pas rendu justice aux victimes et à leurs familles », a indiqué dans un communiqué, ce jeudi 6 mai, Timo Mueller, chercheur pour Human Rights Watch en RDC. 

« Les autorités devraient rouvrir les enquêtes sur les meurtres, juger de manière équitable les responsables et fournir réparation aux victimes », a ajouté Mueller, basé à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Le gouvernement congolais "n’a pas rendu justice pour le meurtre d’au moins 30 civils à Mutarule", note l'ONG, revenant sur ses recherches qui avaient montré a l'époque que des soldats congolais et des Casques bleus de l'ONU, présents dans le secteur, "avaient connaissance de l’attaque, mais n’étaient pas intervenus."

L'histoire est sombre. Ce massacre, commis dans la nuit du 6 au 7 juin 2014 avait eu lieu sur fond de tensions croissantes entre les groupes ethniques bafuliro, barundi et banyamulenge dans cette partie de la province du Sud-Kivu, dans l'Est de la RDC.  

La plupart des victimes dormaient dans une église protestante après avoir participé à une assemblée générale des fidèles. Les tensions entre ces communautés ont repris cette année, avec une série d'affrontements dans la localité de Minembwe.

Se basant sur les témoignages des victimes et des témoins, l'ONG a affirmé que certains des assaillants armés qui avaient attaqué Mutarule "portaient des uniformes militaires et parlaient kirundi et kinyamulenge, les langues des groupes ethniques barundi et banyamulenge."

Ils avaient ouvert le feu sur près de 200 personnes qui étaient réunies à l’extérieur de l’église, touchant bon nombre d’entre elles. Les assaillants sont ensuite entrés dans l’église et se sont mis à tirer sur les hommes, les femmes et les enfants. Ils ont aussi pris pour cible un centre de santé et plusieurs maisons, tirant à bout portant et brûlant vives de nombreuses personnes. Beaucoup d’autres ont été blessées. La plupart des personnes tuées appartenaient au groupe ethnique bafuliro, a-t-elle raconté.  

Crime contre l'humanité 

Deux officiers de l’armée [un major et un capitaine] et un civil avaient été arrêtés et condamnés en septembre 2016, à des peines allant de 10 à 15 ans de prison contre un officier et le civil pour violation de consignes et possession illégale d’armes.  Un autre officier  avait été acquitté par le tribunal militaire. Mais, deux ans après, en.juillet 2018, la Haute Cour Militaire [basée à Kinshasa] avait annulé ces jugements, acquittant dans la foulée les deux condamnés pour insuffisance de preuves. 

Un arrêt qui a provoqué l'indignation des victimes et de leurs familles dans le Sud-Kivu. "Des dizaines de victimes du massacre de Mutarule ont besoin d’assistance en raison des blessures subies ou de la perte de parents ou d’enfants", a soutenu HRW dans son communiqué.

Des massacres sans conséquences pour les auteurs 

« Le massacre de Mutarule constitue un crime grave avec de nombreuses victimes mais, cinq ans plus tard, personne n’a été tenu pour responsable », a regretté le chercheur Timo Mueller.  L'acquittement des condamnés et le manque d'autres poursuites envoient, en réalité, "un message terrible dans toute la RDC suggérant que des massacres peuvent être perpétrés sans véritable conséquence pour leurs auteurs", a-t-il conclu.

Déployée dans la région, la Mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC (Monusco) avait présenté publiquement ses excuses et reconnu une part de responsabilité après le massacre.

Comme dans certains épisodes sanglants du territoire de Beni (Nord-Kivu), les Casques bleus avaient été alertés par les habitants, mais n'avaient pas bougé de leur base.

Des soldats en patrouille près de Mutarule, n'avaient pas non plus réagi, d'après des survivants. Christine Tshibuyi