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Un milicien dans l'est de la RDC. Ph / Pascal Mulegwa

Les miliciens Maï-Maï Mazembe contrôlent certaines parties des territoires de Rutshuru et Lubero, dans la province du Nord-Kivu. Aux alentours de l’agglomération de Kanyabayonga, ces Mai-Mai règnent en maître. Ils imposent à chaque paysan le paiement d’une taxe de 1000 FC pour accéder au champ pendant un mois.

Chaque matin, les miliciens taxateurs s’installent dans les ruelles menant aux champs pour vérifier si les cultivateurs ont payé la taxe. Chaque paysan montre sa quittance avant de se rendre au champ. Les récalcitrants, comme les qualifient ces miliciens, sont appréhendés et obligés de passer tout l’avant-midi en train de danser.

« C’était le mardi de la semaine antérieure (2 avril), nous allions aux champs, vers Lusogha…Arrivés au niveau de la barrière qu’ils ont érigée sur la route, ces Mai-Mai nous ont demandé de montrer chacun son jeton et, malheureusement, j’avais oublié le mien… C’était le début des tiraillements », explique Kahindo, septuagénaire. Blanchâtre et courte chevelure, elle a récemment été victime de ce qu’elle qualifie de mauvais traitement de la part de ces miliciens Maï-Maï.  

« Ils ont déduit que je n’avais pas de jeton et m’ont ainsi retenue en laissant libre passage aux autres paysans… Comme punition, l’un d’eux a mis de la musique et m'a demandé de danser », raconte la vieille dame, bougeant la tête sans taire la tristesse cachée derrière son petit sourire : « Ils ont menacé de me faire du mal et j’ai été obligée d’exécuter quelques pas de danse sous une étrange musique ».

D’humeur désagréable, Kahindo dit avoir été relâchée après versement d’une amende de 10 000 francs congolais : « Finalement, je ne sais quoi dire de cette génération », se résigne-t-elle.

Comme cette pauvre femme, beaucoup d’autres paysans de Kanyabayonga et ses environs ont été victimes des sévices de la part de ces miliciens Maï-Maï, communément appelés « Mazembé », actifs aux alentours de cette agglomération se trouvant à cheval entre les territoires de Rutshuru et de Lubero, dans la province du Nord-Kivu.

Monsieur Mungumwa a récemment vu son cousin, Muhindo Rubeni, mourir dans la cette “mésaventure” : «Il a laissé une veuve et huit enfants… En fait, les Mai-Mai l’accusaient de n’avoir pas participé aux travaux communautaires dans leur campement, sis à Butolera, à une dizaine de kilomètres de Kanyabayonga», explique l’inconsolable : « Ils sont venus le récupérer et l’ont conduit dans leur campement… Ils disaient qu’ils vont le fouetter copieusement tout simplement parce qu’il ne voulait pas se trémousser comme on le lui demandait », poursuit M. Mungumwa.

Une semaine après, l’infortuné (Muhindo Rubeni) a été admis aux soins dans une structure sanitaire locale et c’est là où il est mort au début du mois d’avril. « Les infirmiers ont dit que c’était une hémorragie interne…», indique monsieur Mungumwa, renseignant étonnamment que les mêmes Maï-Maï s’étaient présentés au lieu du deuil pour offrir une petite chèvre et de la farine de manioc.

De son côté, le noyau de la société civile locale dit avoir documenté plusieurs cas de bavures commis par ces miliciens Mai-Mai et fustige ce comportement qu’il qualifie d’insensé. « On dirait ils n’ont plus rien à faire… Comment des jeunes gens peuvent-ils se permettre, chaque fois, de faire danser leurs parents, paysans qui se battent pour gagner leur pain quotidien ? », s’exclame monsieur Kakungu Kayilambika.

Cet activiste des droits de l’homme et acteur de la société civile locale, renseigne qu’il n y’a même pas une semaine, ces Mai-Mai avaient violé une femme agricultrice, paraît-il, dans la même circonstance. « C'est une malédiction… L’Etat doit asseoir son autorité partout dans le pays, sinon ces Mai-Mai iront jusqu’à nous demander de marcher nus », prévient-il.

Joseph Tsongo