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RDC-Ebola : impayés, personnel fictif et fonds peu traçables, les données d’une riposte fragilisée

Le CTE de Beni

Pendant trois mois, une équipe de journalistes a enquêté sur la gestion de la riposte contre Ebola. Ses résultats dessinent la carte d'un système fragilisé par les impayés. Entre juillet et septembre, au moins six catégories de personnel ont cessé ou menacé de cesser le travail, dans trois provinces. Les listes de paie comptaient environ 20 % d'effectifs fictifs, reconnaît le ministre de la Santé. Sur 83 ONG présentes sur le terrain, 25 seulement ont justifié l'usage de leurs fonds, selon lui. Des enquêtes administratives sont en cours. Aucune sanction n'a encore été prononcée.

L'ESSENTIEL

1. Cinq situations de grève constatées, une grève annoncée et un arrêt pour impayés, de juillet à septembre 2026, en Ituri, dans le Haut-Uélé et au Nord-Kivu. L'Ituri concentre la majorité des situations documentées.

2.  Dix-sept points de contrôle sanitaire nommément signalés en grève : douze en Ituri et cinq dans le Haut-Uélé. À Nia-Nia, six sites ont cessé de fonctionner faute de paiement, sans que l'on sache s'ils recoupent les précédents.

3.  Le non-paiement est la cause explicite de la plupart des arrêts. Selon une étude du Cadre de concertation sur les ressources naturelles (CdC-RN), ses répondants déclarent recevoir en moyenne 368 dollars de primes sur les 553 convenus.

4. Des fonctions vitales de la riposte ont été interrompues : enterrements dignes et sécurisés, décontamination, contrôle sanitaire des déplacements, transmission des données.

5. Environ 20 % d'effectifs fictifs sur les listes de paie, selon le ministre de la Santé, Roger Kamba, qui reconnaît des listes non fiables. Dans un hôpital, une soixantaine de personnes ont été identifiées sur environ 200 déclarées.

6.  Les partenaires ne justifient qu'une partie de l'argent reçu, selon le ministre : 25 ONG sur 83 ont répondu, pour environ 250 millions de dollars reconnus, dont un peu plus de 150 millions justifiés. Les promesses des bailleurs dépassent pourtant 2 milliards de dollars.

7.  Aucune sanction à ce jour. Le chef de la Division provinciale de la santé de l'Ituri a été déplacé dans l'attente d'enquêtes de l'Inspection générale de la santé. Il dirige désormais la division du Bas-Uélé.

Comment nous avons enquêté

Cette enquête repose sur 43 entretiens menés pendant trois mois avec des membres de la riposte, des agents administratifs, des relais communautaires et des responsables d'ONG. Elle s'appuie aussi sur l'analyse de 89 fichiers de rapports de situation de la riposte, datés de mai à septembre 2026, et sur un entretien avec le ministre de la Santé le 1er octobre. Elle croise ces éléments avec les documents publiés par Africa CDC, le département d'État américain et le CdC-RN. Chaque résultat est présenté avec sa source et son niveau de preuve. La méthode complète figure en fin d'article.

1. LA CARTE DES GRÈVES

À Nzebi, en Ituri, un point de contrôle sanitaire revient sur la même liste, rapport après rapport. Entre le 31 août et le 12 septembre 2026, huit rapports de situation de la riposte recensent les points de contrôle en grève dans la province. Nzebi figure dans chacun d'eux.

Nzebi n'est pas un cas isolé. Notre analyse des rapports de situation, après élimination des doublons, croisée avec les reportages de notre équipe, fait apparaître sept situations distinctes d'arrêt de travail ou de menace d'arrêt.

Tableau 1. Les mouvements recensés, de juillet à septembre 2026

LieuQui a cessé le travailPériode documentéeCause indiquéeStatut
Bunia et Rwampara (Ituri)Prestataires de la surveillance, des investigations, de l'hygiène, de la prise en charge et de la prévention, dont les équipes d'enterrement de RwamparaDu 6 juillet au 3 aoûtNon-paiementGrève constatée.
Nord-KivuActeurs du pilier psychosocial10 et 11 aoûtDémotivation liée au non-paiementGrève annoncée
IturiDécontaminateurs15 aoûtNon préciséeGrève constatée
Haut-UéléAgents des points de contrôle sanitaireDu 15 au 26 aoûtNon-paiementGrève constatée, 5 sites nommés
IturiAgents des points de contrôle sanitaire, dont l'axe Iga-Barrière-Nizi (Djugu)Du 31 août au 12 septembreNon-paiement ; conditions salariales sur l'axe Iga-Barrière-NiziGrève constatée, 12 sites nommés
Beni (Nord-Kivu)Équipes de communication et d'engagement communautaire, équipes psychosociales, relais communautairesÀ partir du 21 septembreTrois à quatre mois de primes impayéesGrève constatée
Nia-Nia (Ituri)Personnel des points de contrôle23 septembreNon-paiementArrêt constaté sur 6 sites, sans qualification de grève

Sources : rapports de situation de la riposte (SitReps), juillet à septembre 2026 ; reportages de notre équipe publiés sur Actualite.cd (6 juillet, 11 et 23 septembre). Les dates sont celles des documents, pas nécessairement celles du début ou de la fin des mouvements.

Une note de plaidoyer du CdC-RN, publiée en juillet, mentionne elle aussi une grève des agents de santé et des équipes d'enterrement sécurisé le 8 juillet, qui paralyse la riposte.

Tableau 2. Les points de contrôle nommément signalés en grève

ProvinceSitesDates de mention
Haut-UéléDusu, Apodo, Aungba, PK6 Niangara, GossamuDu 24 au 26 août
IturiNzebi, Frigo, Galay, Pont Ituri, Makoko 2, Foner Mambasa, Mabakese, Bey, Pluto, Base Yedi, Marabo, DGRPI NiziDu 31 août au 12 septembre

 Le nombre de sites ituriens cités varie d'un rapport à l'autre : trois le 31 août, huit le 2 septembre, un seul le 12 septembre. Cette baisse ne prouve pas la fin du mouvement, car les listes peuvent être partielles.

Tableau 3. Ce que les arrêts ont interrompu

Fonction de la riposteConséquence documentée
Enterrements dignes et sécurisésActivités paralysées à Rwampara le 13 juillet, faute de paiement
DécontaminationLa grève figure parmi plusieurs causes de décontamination incomplète en Ituri, à côté du manque d'équipes et d'intrants, des résistances familiales et de l'insécurité
Contrôle sanitaire des déplacementsPoints de contrôle non fonctionnels dans le Haut-Uélé et en Ituri, puis six sites à l'arrêt à Nia-Nia
Transmission des donnéesSix points de contrôle du Haut-Uélé sans rapportage le 15 août, cinq sites sans transmission le 26 août
Accompagnement psychosocialGrève annoncée au Nord-Kivu en août ; grève effective des équipes psychosociales à Beni à partir du 21 septembre
Suivi des contacts et investigationsActivités affectées à Bunia au début de la grève du 6 juillet, selon des sources concordantes

 Ces services servent à limiter les expositions au virus autour des décès et des lieux contaminés, et à surveiller les déplacements. Les rapports établissent leurs interruptions. Ils ne permettent d'attribuer à ces arrêts aucun nombre de contaminations ou de décès.

Ce que révèle cette carte

L'Ituri est la province la plus touchée dans la documentation disponible. Elle cumule trois des cinq situations de grève constatées et l'arrêt de Nia-Nia.

Le problème touche plusieurs métiers. Prestataires de la surveillance et de la prise en charge, équipes d'enterrement, décontaminateurs, agents des points de contrôle, équipes psychosociales, équipes de communication et relais communautaires ont été concernés. Ce n'est pas la colère d'une seule équipe.

Les impayés s'accumulent sur plusieurs mois. Le 21 septembre, un rapport signale que les acteurs de la communication sur les risques et de l'engagement communautaire du Nord-Kivu ne sont plus payés depuis plus de quatre mois. Le même jour, ils entrent en grève à Beni.

2. LA CARTE DES PROBLÈMES

Pourquoi des équipes ne sont-elles pas payées, alors que l'argent promis se compte en milliards ? Nos 43 entretiens font apparaître sept problèmes. Le tableau ci-dessous confronte chacun à la réponse du ministre de la Santé et à l'étude du CdC-RN, menée séparément auprès de 53 personnes impliquées dans la riposte (personnel de santé, agents de riposte, survivants, leaders communautaires, autorités locales) à Bunia, Rwampara et Mongbwalu.

Tableau 4. Sept problèmes, trois sources

ProblèmeNotre enquêteLe ministre de la Santé (1er octobre)L'étude du CdC-RN (1er octobre)
Rémunérations inégales et insuffisantesFortes disparités selon les catégories de personnelRelais payés de 20 à 60 dollars selon les partenaires, avant un barème minimum de 150 dollars553 dollars convenus en moyenne, 368 reçus
Effectifs invérifiables, personnel fictifEffectifs déclarés difficiles à vérifier, jusqu'à plusieurs dizaines de personnes fictivesListes non fiables : environ 20 % d'effectifs fictifs ; environ 60 personnes trouvées sur 200 déclarées dans un hôpital« Travailleurs fantômes » parmi les pratiques observées
Soupçons de surfacturation et de détournement de médicamentsSoupçons rapportés par plusieurs interlocuteursChef de la DPS de l'Ituri déplacé « pour ça », dans l'attente des enquêtes de l'Inspection générale de la santéTravailleurs fantômes : 25 répondants sur 53 ; détournement de médicaments : 11 ; surfacturation : 3
Recrutements et paiements non coordonnésCoordination insuffisante, refus de certaines ONGPartenaires qui recrutent sans informer l'État et refusent de transmettre leurs listesNon abordé dans le communiqué
Manque de transparence des partenairesUne vingtaine d'ONG prêtes à discuter de la traçabilité des fonds25 ONG sur 83 ont justifié leurs fondsFlux financiers jugés non transparents par 25 % (Mongbwalu) à 86,7 % (Bunia) des répondants
Contrôles incompletsContrôles encore en coursInspection générale de la santé saisie ; Inspection générale des finances annoncéeAudits indépendants recommandés
Absence de sanctionAucune sanction connue« Le travail est en cours »86,8 % des répondants : aucune sanction appliquée

Les chiffres du ministre n'ont pas pu être vérifiés sur pièces. Ceux du CdC-RN traduisent les déclarations de 53 personnes : ils ne mesurent pas l'ampleur réelle des pratiques et ne valent pas pour l'ensemble de la riposte.

Des barèmes différents pour un même travail

Le ministre de la Santé attribue les écarts de rémunération à la multiplicité des payeurs. Chaque partenaire appliquait son barème, y compris d'un centre de traitement à l'autre, entre Mongbwalu et Bunia par exemple. Il dit avoir fixé un minimum de 150 dollars par mois pour les relais communautaires, chargés d'aller chercher les malades dans les quartiers. Les partenaires, selon lui, ne voulaient pas dépasser 60 dollars. Pour le personnel de santé, aucune infirmière ne devrait toucher moins de 500 dollars, et le médecin le moins bien payé environ 1 100 dollars, primes de risque et prime Ebola comprises.

L'État s'est engagé à payer environ 2 600 relais, le besoin de la province hors épidémie, explique le ministre. Le plan de riposte en prévoit désormais plus de 60 000. Les relais supplémentaires sont à la charge des partenaires.

Le ministre dit avoir centralisé les paiements. Ils sont confiés au professeur Steve Ahuka-Mundeke, virologue et chef du département de virologie de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB). Selon l'Institut de recherche pour le développement (IRD), il a été désigné le 13 juillet par le président Félix Tshisekedi comme manager terrain de la riposte. C'est lui, selon le ministre, qui paie les agents sur la base du barème fixé. « Laissez-nous payer », dit-il avoir demandé aux partenaires. Il donne aussi sa lecture des grèves : des agents recrutés par des ONG à 20 ou 40 dollars auraient été renvoyés vers le gouvernement pour réclamer leur dû.

Interrogé sur l'écart de 186 dollars mesuré par le CdC-RN, il écarte tout arbitrage au niveau des hôpitaux. Il évoque l'intégration à la riposte de structures privées ou confessionnelles qui gardent leurs propres habitudes de paiement, et des personnes extérieures à la riposte qui réclament d'être payées.

Les rapports de situation ne disent pas qui devait payer les équipes en grève. La version du ministre est celle d'une partie directement concernée.

À ce stade, aucune des ONG sollicitées n'a répondu sur le fond à ces accusations.

Des noms sur les listes, personne sur le terrain

Le résultat le plus lourd vient de l'administration elle-même. Après la désignation du manager terrain, le 13 juillet, les paiements ont été centralisés et versés en main propre, à partir de fin juillet et début août. À ce moment-là, chaque bénéficiaire a dû se présenter, et les absents sont devenus visibles. Selon le ministre, environ 20 % des effectifs déclarés étaient fictifs.

« Le vrai problème que nous avons là-bas, c'est le listing », dit le ministre. Il décrit des listes qui passent de vingt à deux cents noms d'un jour à l'autre, des personnes inscrites comme médecins qui ne l'étaient pas, ou dont le nom ne correspondait pas à la personne présente. Ces listes, précise-t-il, étaient transmises par des responsables du système de santé. La fraude qu'il décrit ne concerne donc pas seulement les partenaires.

Le ministère a lancé une identification biométrique avec remise d'une carte à chaque agent, et croise désormais les listes avec celles des ressources humaines du ministère et de l'Ordre des médecins. Le ministre n'a pas pu donner le nombre de cartes distribuées. Sollicité, le professeur Ahuka-Mundeke n'a pas pu être joint pour confirmer ces chiffres.

Dieudonné Kasonia, secrétaire permanent du CdC-RN, dit avoir relevé du personnel fictif dans les trois zones de santé couvertes par son étude, Bunia, Rwampara et Mongbwalu. Il décrit aussi des recrutements supérieurs aux besoins : quand dix agents étaient demandés, quinze ou vingt étaient recrutés.

Plusieurs des personnes interrogées par notre équipe décrivent elles aussi des effectifs déclarés impossibles à vérifier.

Les soupçons de surfacturation et de détournement

Des personnes interrogées par notre équipe font état de soupçons de surfacturation et de détournement de médicaments en Ituri.

Dans le rapport complet du CdC-RN, la pratique la plus citée est la présence de travailleurs fantômes sur les listes de paie : 25 répondants sur 53 la signalent. Viennent ensuite le favoritisme dans les recrutements (15 répondants), le détournement de médicaments (11) et la surfacturation (3). Au total, 71,7 % des répondants rapportent au moins une pratique de corruption, avec de fortes différences selon les zones : 93,3 % à Bunia, 80,8 % à Rwampara, 25 % à Mongbwalu.

Interrogé sur les soupçons de surfacturation et de détournement de médicaments qui pèseraient sur le chef de la Division provinciale de la santé de l'Ituri, le ministre répond que « c'est pour ça » qu'il l'a déplacé. Il précise que les enquêtes de l'Inspection générale de la santé sont en cours, et qu'elles ne permettent pas encore de se prononcer.

Le 25 septembre à Bunia, lors d'une cérémonie de remise et reprise, le Dr Lola Loway Marcel, à la tête de la division depuis le 1er avril 2024, a remis le sceau de la division à son successeur, le Dr Kalume Albati Alex. Il prend la direction de la Division provinciale de la santé du Bas-Uélé. Publiquement, ce départ a été présenté comme la poursuite d'un parcours professionnel.

Le ministre a confirmé à notre équipe que le responsable qu'il a déplacé est bien le Dr Lola Loway Marcel.

Aucune conclusion d'enquête n'a été rendue publique et aucune poursuite n'est connue. Les soupçons rapportés ne valent pas établissement des faits.

3. LA CARTE DE L'ARGENT

De l'argent promis aux salaires versés, chaque étape est comptée par un acteur différent. Aucune ne peut être reliée à la suivante.

Tableau 5. De la promesse au terrain

ÉtapeMontantSourceDate
Appel initial314,97 millions de dollars demandés, près de 230 millions promisOMS et Africa CDC, cités à Kampala23 mai 2026
Plan de réponse518 millions de dollars pour juin à novembre ; plus de 910 millions promis ; 35 % décaissés à la mi-juinNote du CdC-RN citant le plan conjoint de l'OMSJuillet 2026
Promesses totalesPlus de 2 milliards de dollarsDépartement d'État américainFin septembre 2026
Promesses totalesEnviron 2,9 milliards de dollarsAfrica CDC24 septembre 2026
Argent mobilisé« Le fameux milliard »Ministre de la Santé1er octobre 2026
Argent reconnu reçuEnviron 250 millions de dollars, par les 25 ONG ayant réponduMinistre de la SantéAu 30 septembre
Argent justifiéUn peu plus de 150 millions de dollars ; 92 millions déclarés encore détenusMinistre de la SantéAu 30 septembre
Terrain368 dollars reçus en moyenne sur 553 convenus ; grèves pour impayésCdC-RN ; rapports de situationJuillet à septembre

Ces montants ne peuvent pas être soustraits les uns des autres. Les promesses couvrent aussi l'Ouganda et les pays voisins, la recherche, les vaccins et de l'aide en nature. Une promesse n'est pas un décaissement. Les 250 millions ne concernent que 25 ONG sur 83. Les 92 millions sont déclarés comme non dépensés : rien n'indique qu'ils aient disparu. Ce tableau ne prouve pas une disparition d'argent. Il montre qu'aucun document consulté ne permet de suivre l'argent de bout en bout.

Tableau 6. Même au sommet, les chiffres divergent

ContributeurSelon Africa CDC (24 septembre)Selon le département d'État (fin septembre)
Total des promessesEnviron 2,9 milliardsPlus de 2 milliards
Nouvelles promesses à New York, le 23 septembreEnviron 700 millionsPlus de 470 millions
Allemagne127 millions30,7 millions au total
France16 millions34 millions au total
Italie0,3 million14,5 millions au total
États-Unis887 millions887 millions

Aucune des deux sources n'explique ces écarts, qui peuvent tenir à des périmètres ou à des dates de comptage différents.

Qui contrôle quoi

Pour le ministre, l'essentiel des fonds échappe à l'État. Il dit avoir exigé des ONG une justification de leurs dépenses sur le terrain, et non au niveau de leur siège. Pour les 58 qui n'ont pas répondu, en majorité internationales selon lui, le dossier a été transmis à la Première ministre, avec une alternative : justifier, ou quitter le territoire. Il ajoute que les frais de gestion, fixés entre bailleurs et organisations, peuvent se cumuler d'un intermédiaire à l'autre, et que l'État ne peut pas les contrôler : « nous n'avons pas le droit d'auditer ».

Le gouvernement n'est pas seul à réclamer cette traçabilité. Le 24 septembre, le directeur général d'Africa CDC, le Dr Jean Kaseya, a appelé à suivre chaque dollar, de la promesse au décaissement puis jusqu'aux services rendus aux communautés. Africa CDC annonce le renforcement de son mécanisme de suivi financier, avec le gouvernement congolais et l'OMS.

Le rapport du CdC-RN fait par ailleurs état de 45 000 dollars non justifiés par la coordination de la riposte, en citant un rapport de l'inspection provinciale de la santé qu'il ne publie pas. Selon Dieudonné Kasonia, ce constat a été présenté oralement lors d'une réunion en août, sans qu'aucun document ne soit remis. Le rapport ne nomme aucun responsable, et ce montant n'a pas pu être vérifié par notre équipe.

Les ONG sollicitées n'ont pas encore apporté de réponse sur la justification de leurs fonds.

4. LES CONTRÔLES ET LEURS LIMITES

Tableau 7. Les mesures annoncées

MesureAnnoncée parDate ou périodeÉtat
Désignation d'un manager terrain de la riposte, le professeur Steve Ahuka-MundekePrésident de la République13 juilletEn fonction ; chargé des paiements, selon le ministre
Barème unique, minimum de 150 dollars pour les relaisMinistre de la SantéNon préciséeAccepté par les partenaires, selon le ministre
Paiements centralisés, versés en main propreMinistre de la SantéFin juillet, début aoûtEn place, selon le ministre
Identification biométrique et cartes d'agentMinistre de la SantéEn coursNombre de cartes non communiqué
Enquêtes de l'Inspection générale de la santéMinistre de la SantéDepuis environ deux moisEn cours, sans conclusion publique. Le CdC-RN fait état de 45 000 dollars non justifiés par la coordination, montant non vérifié
Déplacement du chef de la DPS de l'IturiMinistre de la SantéPassation le 25 septembreNommé à la tête de la DPS du Bas-Uélé
Transmission du dossier des 58 ONG à la Première ministreMinistre de la Santé30 septembreEn cours
Formulaire obligatoire avant déploiement des ONGMinistre de la SantéEn préparationNon finalisé
Saisine de l'Inspection générale des finances et d'autres servicesMinistre de la Santé« Prochaine étape »Non engagée
Renforcement du suivi financierAfrica CDC24 septembreAnnoncé

Selon le ministre, ce sont les grèves qui ont alerté le ministère, il y a environ deux mois. Il dit s'être demandé pourquoi tant d'agents cessaient le travail « alors que nous, on envoie l'argent ». La première réponse a été la désignation du manager terrain. Les enquêtes sont venues ensuite, explique-t-il.

Le bilan, à ce jour, tient en une ligne : aucune sanction n'a été prononcée. Le CdC-RN recommande notamment des audits indépendants par l'Inspection générale des finances, le paiement des agents par mobile money, la publication des budgets de chaque zone de santé et une loi de protection des lanceurs d'alerte.

CE QUI RESTERA APRÈS L'ÉPIDÉMIE

Le 23 mai à Kampala, le ministre de la Santé posait déjà la question de ce qui reste des financements une fois l'épidémie terminée. Il citait l'épidémie de 2018-2020, qui avait coûté selon lui 1,2 milliard de dollars. « Le système est resté toujours fragile. Même pas un laboratoire construit », avait-il dit.

Le 25 septembre à Bunia, le nouveau chef de la Division provinciale de la santé de l'Ituri a appelé les partenaires à préparer dès maintenant l'après-épidémie. « Mettre fin à une épidémie ne signifie pas seulement arrêter la transmission, mais il faut également préparer l'après-épidémie pour restaurer les services essentiels, renforcer la capacité locale et garantir la continuité des soins », a déclaré le Dr Kalume, selon l'Agence congolaise de presse.

Le 12 septembre, Nzebi était le dernier point de contrôle de l'Ituri encore inscrit sur la liste des sites en grève. Aucun document consulté ne dit si le travail y a repris, ni si ses agents ont été payés.

MÉTHODE, SOURCES ET LIMITES

Entretiens. 43 personnes interrogées pendant trois mois : membres de la riposte, agents administratifs, relais communautaires, responsables d'ONG. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a été interrogé le 1er octobre 2026.

Rapports de situation. 89 fichiers PDF datés de mai à septembre 2026. Après élimination des copies identiques, 65 versions distinctes ont été analysées, dont 21 mentionnent une grève ou une grève annoncée. Les mentions répétées d'une même situation ont été regroupées pour éviter les doubles comptes. Les grèves annoncées ont été distinguées des grèves constatées.

Documents publics. Communiqué d'Africa CDC (24 septembre 2026) ; note du département d'État américain (datée du 30 septembre 2026) ; étude du CdC-RN (communiqué n° 01/10/CdC-RN/2026 du 1er octobre 2026) et sa note de plaidoyer de juillet 2026 ; dépêche de l'Agence congolaise de presse (25 septembre 2026) ; reportages de l'équipe publiés sur Actualite.cd (6 et 9 juillet, 11 et 23 septembre 2026) ; article de l'IRD sur la désignation du manager terrain de la riposte (17 août 2026) ; article d'Actualite.cd sur la passation à la DPS de l'Ituri (25 septembre 2026).

Étude du CdC-RN. Menée de mai à septembre 2026 auprès de 53 personnes impliquées dans la riposte (personnel de santé, agents de riposte, survivants, leaders communautaires, autorités locales) dans trois zones de santé de l'Ituri, séparément de notre enquête. Ses pourcentages traduisent les déclarations des répondants.

Limites. Les rapports de situation ne permettent d'établir ni le nombre total de grévistes, ni le nombre de journées de grève, ni un nombre de contaminations ou de décès imputables aux interruptions. Les chiffres avancés par le ministre n'ont pas pu être vérifiés sur pièces. Sollicitées par notre équipe, les ONG ont toutes demandé l'anonymat. Plusieurs ont promis de s'exprimer ultérieurement. D'autres ont répondu que leur priorité restait la riposte. Le 1er octobre, aucune ONG ne s'est présentée à la restitution des résultats du CdC-RN, à laquelle elles avaient été invitées, selon l'organisation.