Le consortium « Mazingira Pour Tous », en partenariat avec Resource Matters, a publié ce lundi à Kinshasa un rapport d’enquête documentant les impacts sanitaires, environnementaux et socio-économiques de la pollution atmosphérique générée par l’usine 30K de Tenke Fungurume Mining (TFM), filiale du géant chinois CMOC, sur les communautés riveraines de Fungurume, dans la province du Lualaba, en République démocratique du Congo.
Selon Espérant Mwishamali Lukobo, coordonnateur du consortium Mazingira pour Tous, l’étude repose sur une méthodologie mixte associant deux volets complémentaires. Le volet qualitatif, mené en mars et mai 2026, s’appuie sur 47 entretiens approfondis auprès des communautés riveraines. Le volet quantitatif et scientifique, conduit indépendamment par un expert de Resource Matters, combine des mesures de la qualité de l’air et un suivi longitudinal des symptômes auprès de 209 participants. La phase initiale d’investigation s’est déroulée du 15 novembre au 28 décembre 2025, le suivi en saison des pluies du 28 décembre 2025 au 3 mars 2026, et le suivi en saison sèche du 8 mai au 8 juillet 2026.
Preuves environnementales
« Les campagnes de mesure, réalisées à l’aide d’un détecteur QRAE 3 avec relevés toutes les 15 secondes sur 24 heures, ont permis de calculer des moyennes glissantes sur 10 minutes, seules compatibles avec la valeur guide de l’OMS pour le dioxyde de soufre (SO2) en exposition de courte durée (500 µg/m³ sur 10 minutes). Toutes les concentrations citées dans ce rapport se rapportent à ces moyennes glissantes maximales (protocole détaillé en 2.2). Les résultats confirment la présence intermittente de dioxyde de soufre (SO2) dans l’environnement de Manomapia, avec des concentrations variant de 0 à 0,7 ppm. Le pic maximal enregistré est de 0,7 ppm (1 834 µg/m³) en moyenne glissante sur 10 minutes lors de la phase initiale d’investigation (novembre-décembre 2025) », renseigne le rapport.
Le même rapport poursuit :
« Le suivi longitudinal a ensuite montré des pics récurrents jusqu’à 0,3 ppm. Fait notable : le SO2 n’a été détecté qu’en saison des pluies, et aucune concentration détectable n’a été observée en saison sèche, ni à Mutende (zone témoin). Cette saisonnalité s’explique par les conditions météorologiques : en saison des pluies, la faible hauteur de la couche limite et la stabilité atmosphérique favorisent l’accumulation des polluants près du sol, tandis qu’en saison sèche, les mouvements convectifs favorisent la dispersion verticale. L’absence de détection en saison sèche ne signifie donc pas une absence d’émissions, mais une dispersion atmosphérique plus efficace. »
Preuves cliniques quantitatives
L’enquête menée par Mazingira montre également des preuves cliniques quantitatives :
« Le suivi longitudinal révèle des écarts frappants entre la zone exposée (Manomapia) et la zone témoin (Mutende) : les symptômes irritatifs sont significativement plus fréquents à Manomapia qu’à Mutende : chatouillement nasal (88,3 % vs 30,8 %), odeur irritante (90,3 % vs 0 %), épistaxis (17,5 % vs 0 %). Le détail figure en analyse B. Ces symptômes irritatifs spécifiques constituent la signature clinique d’une exposition à des gaz acides comme le SO2 et sont rigoureusement absents dans la zone témoin. »
Preuves vécues
Quant aux preuves vécues, l’enquêteur démontre que les 47 entretiens corroborent ces données et documentent des impacts socio-économiques graves, notamment l’automédication, la corrosion des tôles et la détresse psychologique.
Gradient d’exposition
À en croire le consortium Mazingira, la pollution affecte l’ensemble des quartiers selon un gradient d’intensité :
« Manomapia est la « zone rouge » la plus sévèrement touchée, suivie de Kabila et Mwale Mpande, puis Mpala et Golf, et enfin Kafwaya. Les témoignages confirment que les nuisances se font sentir jusqu’à plus de 4 kilomètres de l’usine. Ces émissions sont récurrentes et se manifestent principalement pendant la saison des pluies en raison de conditions météorologiques défavorables à la dispersion des polluants. »
L’enquêteur, qui cite par ailleurs les travaux de Source International (2026), confirme que les concentrations de particules fines (PM2,5 et PM10) dans la région dépassent jusqu’à six fois les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Relations communauté-entreprise-autorités
Le présent rapport d’enquête s’est aussi intéressé aux relations entre la communauté, l’entreprise et les autorités :
« Le climat est marqué par la peur et l’intimidation, les cadres de concertation étant vidés de leur substance. »
Dans son analyse juridique, Mazingira pour Tous indique que la situation à Fungurume constitue une violation flagrante du cadre juridique national et international. Ce qui fait dire à cette plateforme de la société civile que « l’État congolais a failli à ses missions régaliennes (absence de contrôle inopiné, normes inapplicables, autorités locales passives) ».
Pour le consortium Mazingira, « TFM a gravement manqué à ses obligations (émissions toxiques persistantes, absence de filtration adéquate, refus de reconnaissance, intimidation des communautés). Les données environnementales, cliniques et qualitatives convergent de manière cohérente ».
D’où cette recommandation à l’État :
« Appliquer le principe de précaution et l’urgence d’une action des autorités et de l’entreprise pour protéger la santé des populations riveraines. Il est temps que le droit à un environnement sain, consacré par la Constitution congolaise et les instruments internationaux, cesse d’être une promesse théorique pour devenir une réalité concrète pour les communautés de Fungurume ».
Bienvenu Ipan