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RDC: atteintes aux droits humains des mineurs artisanaux, trafic d’or et de coltan vers le Rwanda,... un nouveau rapport d’Amnesty International qui charge l’AFC/M23

Un creuseur artisanal

Des combattants de l’AFC/M23 ont commis de graves atteintes aux droits humains contre des mineurs artisanaux dans l’Est de la RDC, tout en exportant illégalement de l’or et du coltan vers le Rwanda, avec l’aide des autorités de ce pays voisin, d’après un nouveau rapport d’Amnesty International publié ce lundi 21 septembre.

Le rapport intitulé RDC : « On n’est pas là pour jouer » fait état de plusieurs atteintes aux droits humains attribuées au M23 : exécutions sommaires, torture et autres mauvais traitements, détentions arbitraires, travail forcé et recrutement forcé. Le document montre comment des combattant·e·s du M23 ont obligé des mineurs à extraire des minerais, souvent en les faisant travailler sous terre pendant plus d’une semaine d’affilée, notamment dans les mines de coltan de Rubaya (Mais) au Nord-Kivu, et à Lomera, une mine d’or située dans la province du Sud-Kivu.

Selon cette organisation internationale de défense des droits humains, ces atteintes pourraient constituer des crimes de guerre. 

« Ces violences ont pour but de punir les mineurs et autres personnes vivant ou travaillant dans ou autour des mines et d’instiller la peur, tandis que des minerais sont acheminés illégalement vers le Rwanda, qui continue de tirer profit de l’exploitation des ressources minérales de la RDC », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

L’organisation affirme avoir recueilli des informations sur l’exécution sommaire de 18 mineurs artisanaux dans les mines de Rubaya et de Lomera. Selon les témoins et les familles des victimes cités dans le rapport, dix d’entre eux ont été frappés à mort, deux ont été tués par balle et six ont été enlevés avant d’être retrouvés morts. L’une de ces victimes était Evariste*, un mineur âgé de 22 ans et père d’une fillette d’un an.

« Lorsque nous avons vu Evariste*, il souffrait terriblement, a rapporté un témoin. Il n’avait pas la force de parler. Il ne pouvait pas lever les pieds. Son corps était couvert de sang. »

Un autre mineur, témoin de la mort de son propre frère, a raconté les faits : « Il a été frappé à la poitrine avec une pioche. Lorsque j’ai dénoncé l’homme qui l’avait tué, [le M23] m’a envoyé en prison. Ils m’ont puni de deux semaines de travail [dans la mine] sans salaire. J’ai dit que je voulais amener [son corps] à ma famille. Il a été enterré comme une bête [dans la mine]. »

Par ailleurs, seize personnes, parmi lesquelles des mineurs et des civils vivant à proximité des mines, ont relaté à Amnesty International des actes de torture et de mauvais traitements qu’elles auraient subis de la part de combattants du M23 ou de gardes collaborant avec le groupe armé. Certains mineurs auraient été battus avec une telle violence qu’ils ont perdu connaissance. D’autres ont expliqué à Amnesty International qu’ils étaient roués de coups lorsqu’ils demandaient des pauses, refusaient de remettre leur minerai ou enfreignaient, même de manière minime, les ordres qui leur étaient donnés.

Un superviseur a raconté comment l’un de ses employés aurait été attaqué par des combattants du M23 : « Lorsque nous sommes sortis du puits d’extraction avec le sable minéralisé, il y avait cinq [combattants du M23] lourdement armés et trois non armés. Ils ont dit : “On n’est pas là pour jouer. Si vous refusez [de nous donner le sable minéralisé], on va vous tuer.” »

D’après le rapport, près de la mine de Rubaya, le M23 utiliserait trois conteneurs comme cellules de détention. Un homme interrogé par Amnesty International a déclaré qu’il entendait les hurlements de détenus lorsqu’ils étaient torturés à l’intérieur des conteneurs. « Au lieu d’être détenu là-bas, vaut mieux mourir », a-t-il commenté.

À Lomera, le M23 a arrêté quatre hommes qu’il accusait de communiquer avec les autorités de Kinshasa et qu’il soupçonnait d’entretenir des liens avec les wazalendo, des groupes armés soutenus par l’État congolais et engagés aux côtés des forces gouvernementales dans leur lutte contre le M23. L’un des détenus a déclaré que le responsable du site de détention lui avait dit : « Je vais te tuer et je vais te faire porter une arme et dire que tu étais wazalendo. »

Amnesty International affirme également avoir recueilli des informations sur l’utilisation de cellules de détention souterraines appelées “ndake”. Plus de 20 mineurs de Rubaya auraient été détenus dans un ndake et frappés trois fois par jour par des combattants du M23.

La synthèse du rapport explique par ailleurs que les mines seraient également utilisées comme des sites de recrutement forcé. Sept mineurs ont relaté comment le M23 aurait incarcéré des mineurs et les aurait menacés de les envoyer dans un camp d’entraînement militaire du groupe s’ils ne payaient pas de rançon.

Ce nouveau rapport intervient dans un contexte où, malgré les initiatives diplomatiques menées sous l’égide de Washington entre Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha impliquant Kinshasa et l’AFC/M23, les efforts visant à parvenir au rétablissement de la paix dans l’est de la RDC peinent à produire les résultats escomptés. Les parties au conflit continuent par ailleurs de s’accuser mutuellement d’être à l’origine du non-respect des engagements pris dans le cadre de ces différentes initiatives diplomatiques.

Dans ce contexte, les appels se multiplient aux niveaux national, régional et international pour exhorter les différentes parties à respecter les engagements souscrits dans le cadre des processus de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable, relançant le débat sur le décalage persistant entre les avancées diplomatiques enregistrées sur le plan politique et la réalité sur le terrain.

La réduction de cet écart peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue d’interpréter les dispositions de l’Accord de Washington selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre toujours plus incertaine

Clément MUAMBA