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Ebola/RDC : « Ce petit cercueil rose ne me quitte plus », témoigne une infirmière de MSF

Les personnels soignants Ebola à Bunia

Un petit cercueil rose aperçu au bord d’une route, la mort d’un enseignant et de sa fille, la peur permanente d’une contamination : une infirmière de Médecins sans frontières (MSF) raconte le quotidien des soignants confrontés depuis plus de trois mois à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.

« L’autre jour, alors que nous roulions, mon regard s’est posé sur un tout petit cercueil rose », raconte Martina Marchiò dans un témoignage publié lundi par MSF.

En RDC, explique-t-elle, des cercueils de toutes les tailles et de toutes les couleurs sont souvent exposés côte à côte au bord des routes, prêts à être vendus. Celui-ci était si petit qu’il ressemblait presque à un jouet.

« J’ai pensé que, tôt ou tard, un enfant y serait couché. Ce petit cercueil rose ne me quitte plus depuis », confie l’infirmière, qui travaille avec MSF depuis 2017 et occupe également les fonctions de vice-présidente de MSF Italie.

Actuellement basée en RDC, elle décrit une épidémie qui a dépassé, selon MSF, les 6.000 cas confirmés et causé plus de 3.000 décès.

Des chiffres qui risquent de devenir de simples statistiques, avertit-elle, alors que derrière chacun d’eux se trouvent « un nom », « une maison » et une famille attendant une personne qui ne reviendra pas.

L’infirmière raconte notamment l’histoire de Jean Louis, un enseignant de 64 ans. Son épouse est morte la première. Le virus l’a ensuite contaminé ainsi que leurs deux filles.

Après plusieurs jours de maladie marqués par la diarrhée, une grande faiblesse puis des saignements, Jean Louis a compris qu’il allait mourir.

Il a alors demandé que son téléphone soit rechargé. Il voulait mettre ses affaires en ordre, parler une dernière fois à ses proches et faire ses adieux à ses petites-filles, elles aussi testées positives et hospitalisées dans la pièce voisine.

Jean Louis est mort quelques heures plus tard. Sa fille cadette est décédée à son tour quelques jours après. Elle avait 20 ans.

Martina Marchiò évoque également une autre jeune fille, morte après s’être effondrée devant les soignants.

« À cet instant, il n’y avait plus de pourcentages, de chiffres, de graphiques ou de communiqués de presse. Il n’y avait qu’une vie qui prenait fin », témoigne-t-elle.

Pour les équipes médicales, chaque intervention dans une zone à haut risque impose une succession de gestes rigoureux. Les mains sont lavées avant l’entrée, à la sortie, après avoir touché un objet ou parlé à une personne.

Sous les combinaisons jaunes de protection, les soignants transpirent abondamment. La chaleur devient étouffante, la respiration difficile et les gants collent aux mains. Chaque mouvement doit être précis et contrôlé.

Malgré ces précautions, la crainte demeure qu’une erreur, un contact ou un instant de distraction permette au virus de contaminer un membre de l’équipe, explique l’infirmière.

« Même lorsque nos mains sont propres, il reste le sentiment d’être encore tachés », écrit-elle, évoquant la peur et le poids de ce que les soignants ont vu.

La maladie bouleverse également les liens familiaux, poursuit-elle. Les malades doivent rester à distance de leurs proches, une mère ne peut plus prendre son enfant dans ses bras et certaines conversations téléphoniques deviennent des adieux.

Mais autour des centres de traitement, la vie continue. Les habitants travaillent, se rendent au marché, conduisent leurs enfants à l’école et cherchent de la nourriture et de l’eau, malgré la peur de contracter le virus.

Dans des communautés déjà éprouvées par des années de violences, d’instabilité et de difficultés, la confiance reste fragile et la peur peut rapidement se transformer en méfiance, souligne Martina Marchiò.

Convaincre un malade de se rendre dans un centre de traitement, d’accepter son isolement et de recevoir des soins prodigués par une personne entièrement couverte d’une combinaison et d’un masque est parfois difficile.

Pour l’infirmière, lutter contre Ebola ne consiste donc pas uniquement à administrer des soins. La riposte doit aussi écouter les communautés, gagner leur confiance et leur fournir un accompagnement psychologique ainsi qu’une information adaptée.

Au terme de son témoignage, elle dit continuer à se laver les mains, à enfiler ses gants et à transpirer dans sa combinaison, sans jamais se sentir complètement à l’abri.

Et son esprit revient toujours au petit cercueil rose aperçu au bord de la route.

« Je me demande combien d’autres nous verrons. Combien d’enfants. Combien de mères. Combien de pères. Combien de Jean Louis », conclut-elle.