L'auditorat militaire de garnison de Kikwit a tenu, ce mardi 29 juillet, la troisième audience du procès du soldat de deuxième classe Ayilu Boniface Dido poursuivi pour viol présumé sur mineure de 14 ans, coups et blessures volontaires et intention de tuer. Le militaire a livré des déclarations qui ont secoué la salle d'audience.
« C'était la jalousie », le prévenu assume mais ne regrette pas son acte
A la barre, le soldat Ayilu Boniface Dido n'a pas nié les faits. Devant les juges, il a reconnu avoir infligé de profondes entailles au visage de sa jeune compagne, Mbwanki Wivine, âgée de 14 ans, à l'aide de lames de rasoir. Mais pour lui, cet acte barbare est justifié par la jalousie.
« Pour ces blessures, comprenez-moi, c'était la jalousie. C'était pour moi difficile de voir une femme que j'aime avoir d’autres homme dans sa vie. J'étais jaloux, voilà pourquoi je l'avais défigurée. »
Des propos choquants qui ont suscité l'indignation dans la salle, le prévenu n’ayant manifesté aucun remords apparent, justifiant son geste par un sentiment qu'il présente comme légitime.
La défense plaide pour la relaxe partielle car selon elle, il n’y avait « pas d'intention de tuer ni de violer ».
Si le soldat Ayilu admet les coups et blessures, sa défense entend en revanche faire tomber l'une des charges les plus lourdes : l'intention de tuer. Les avocats du militaire ont développé une argumentation pour le moins surprenante.
« Si le soldat Dido avait eu l'intention de tuer, il n'allait pas viser le visage, mais plutôt l’abdomen et surtout la fille vous dit qu’il avait très bien fermé la porte lors de l'acte. S'il avait voulu la mort de la victime, il aurait eu tout le loisir de le faire. Il allait même l'égorger », a dit Me François Mutuomba, membre du collectif des avocats du prévenu.
Un raisonnement que le ministère public a aussitôt qualifié de « spécieux et dangereux » estimant que les lames de rasoir sur le visage d'une adolescente de 14 ans constituent déjà en soi une violence d'une extrême gravité, qui aurait pu entraîner la mort par hémorragie ou infection.
De son côté, le ministère public est resté inflexible, fustigeant avec virulence l'attitude du prévenu et l'argumentaire de sa défense.
« Wivine fera objet de moquerie quand elle se rendra à l'école. Voilà pourquoi monsieur le président, nous voulons que la justice soit dite ».
Le parquet a requis une lourde peine pour l'ensemble des infractions, viol sur mineur, intention de tuer, coups et blessures volontaires. Une position qui reflète la gravité des faits et l'âge vulnérable de la victime.
La mère de la victime dans les viseurs de la défense
Parallèlement, le prévenu persiste à affirmer que la mère biologique de la jeune fille, Bwanki Jolie, était au courant de cette relation et l'avait même autorisée. Il assure échanger régulièrement avec elle par téléphone.
Une version que la mère rejette catégoriquement, soutenue par le collectif d'avocats de la partie civile, qui dénonce une tentative de diversion. Pour trancher, le tribunal a ordonné une réquisition auprès de Vodacom afin de vérifier l'existence de communications entre le numéro du prévenu et celui de la mère.
Par ailleurs, une descente à la maternité lors des audiences précédentes avait confirmé la minorité de Mbwanki Wivine au moment des faits, un élément qui pourrait alourdir les charges.
Rendez-vous le 4 août 2026 pour la suite
L'affaire a été renvoyée au mardi 4 août, en attendant les résultats de l'enquête téléphonique et d'autres éléments d'instruction. L'opinion publique à Kikwit, déjà très émue par la violence de l'affaire, attend désormais que la justice militaire dise le droit.
Entre les déclarations assumées du prévenu, les arguments de sa défense, la détermination du parquet et l’entrée en jeu de la mère de la victime, la prochaine audience s'annonce très décisive.
Yvonne Kapinga, à Kikwit