Présidence congolaise du Conseil de sécurité : comment Kinshasa veut imposer les ressources naturelles comme un enjeu de paix

Conseil de sécurité de l'ONU
Conseil de sécurité de l'ONU

Pour la première fois depuis le début de sa présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, la RDC tente d'inscrire durablement à l'agenda international une question qu'elle juge au cœur des conflits contemporains : la gouvernance des ressources naturelles.

Après avoir consacré, le 8 juillet, son premier débat public de haut niveau aux violences sexuelles liées aux conflits, Kinshasa organise ce 13 juillet une réunion selon la formule « Arria » consacrée aux liens entre ressources naturelles et paix. Cette séquence diplomatique doit culminer le 22 juillet avec un débat présidé par le chef de l'État Félix Tshisekedi sur « la gouvernance des ressources naturelles, fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité ».

Faire évoluer le débat   

Dans son communiqué, le ministère congolais des Affaires étrangères explique vouloir ouvrir une réflexion internationale sur ce qu'il qualifie de « lacune normative concernant les ressources naturelles et la paix ».            

Selon Kinshasa, les mécanismes internationaux existants – traçabilité des minerais, devoir de diligence des entreprises ou lutte contre le financement des conflits – existent déjà, mais restent fragmentés et insuffisamment articulés.

L'objectif affiché est d'examiner les bases d'un cadre international plus cohérent reliant gouvernance des ressources naturelles, prévention des conflits et sécurité internationale.

Autrement dit, la RDC ne souhaite plus que les ressources naturelles soient abordées uniquement sous l'angle économique ou commercial. Elle cherche à les faire reconnaître comme une question de paix et de sécurité, relevant pleinement des débats du Conseil de sécurité.

Un contexte favorable

Cette initiative intervient alors que la demande mondiale en minerais critiques continue de croître, notamment pour les batteries, les technologies numériques et la transition énergétique.

Dans son communiqué, Kinshasa souligne également que plusieurs conflits contemporains restent alimentés par l'exploitation illicite des ressources naturelles.

Le gouvernement congolais estime qu'une gouvernance fondée sur la transparence, la traçabilité, la responsabilité partagée et une répartition plus équitable des bénéfices pourrait contribuer à prévenir ces conflits.

Une diplomatie thématique

Depuis le début de sa présidence du Conseil de sécurité, la RDC privilégie des thèmes qui dépassent son seul contexte national.
Le 8 juillet, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka présidait un débat consacré aux violences sexuelles liées aux conflits, organisé autour de la mise en œuvre du droit international au bénéfice des survivantes et survivants. La note conceptuelle diffusée par la RDC insistait sur la prévention, la lutte contre l'impunité, la protection des victimes et le renforcement des mécanismes internationaux.

Avec la réunion du 13 juillet, puis le débat présidentiel du 22 juillet, Kinshasa élargit cette démarche à une autre question qu'elle considère comme structurelle : le lien entre ressources naturelles, conflits et sécurité internationale.

Une tentative d'influencer l'agenda du Conseil

La formule « Arria » retenue pour la réunion du 13 juillet permet d'associer, au-delà des membres du Conseil de sécurité, des organisations régionales, des universitaires, des représentants de la société civile et du secteur privé.

Le gouvernement congolais présente cette rencontre comme un espace destiné à faire émerger une réflexion internationale sur un cadre normatif plus cohérent.

Il s'agit ainsi de préparer le débat politique du 22 juillet, au cours duquel Félix Tshisekedi présidera une séance de haut niveau consacrée à la gouvernance des ressources naturelles.

À travers cette succession de réunions, la RDC cherche moins à obtenir des décisions immédiates qu'à installer durablement la question des ressources naturelles parmi les grands enjeux débattus par le Conseil de sécurité, aux côtés des conflits, des sanctions ou de la protection des civils.