La situation des populations de l’Est de la République démocratique du Congo, confrontées à l’activisme des groupes armés locaux et étrangers ainsi qu’aux conséquences de l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, qui contrôle de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, a occupé une place importante ce lundi 29 juin 2026 dans le discours du président de la République, Félix Tshisekedi, à l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’accession de la RDC à l’indépendance.
À cette occasion, le chef de l’État a exprimé son indignation face au fait que, cette année encore, la fête nationale intervient dans un contexte grave. Il a évoqué la situation préoccupante dans l’Est du pays, où « nos compatriotes continuent de subir les conséquences douloureuses de l’agression, de l’activisme des groupes armés, des terroristes, des violences contre les civils, des déplacements forcés, des pillages, des prédations économiques et des violations répétées du droit international ».
Il a également indiqué penser, en cet instant solennel, aux frères et sœurs du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Tanganyika, du Maniema et de toutes les zones meurtries par l’insécurité.
« Je pense aux familles endeuillées, aux déplacés contraints de vivre loin de leurs terres, aux femmes victimes de violences, aux enfants privés d’école, aux paysans privés de leurs champs, aux commerçants privés de leurs activités et aux jeunes privés de perspectives par la guerre et par la peur. À chacun d’entre eux, je veux redire, au nom de la Nation tout entière : vous n’êtes pas oubliés. Votre douleur est celle de toute la République, et votre sécurité demeure une priorité absolue de mon action », a rassuré le président Félix Tshisekedi.
Dans le même registre, en sa qualité de garant de la Nation et de commandant suprême des Forces armées de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a salué la bravoure des forces de défense et de sécurité engagées dans la défense de l’intégrité territoriale.
« Je rends un hommage solennel à nos Forces armées, à notre Police nationale, à nos services de sécurité, ainsi qu’aux résistants patriotes Wazalendo engagés dans le cadre légal de la défense de la patrie. À vous qui tenez les lignes, qui défendez nos frontières et qui protégez nos populations, la Nation reconnaissante vous dit merci. Votre courage est le rempart de notre souveraineté, et votre engagement restera inscrit dans la mémoire de la République », a-t-il déclaré.
Revenant sur la journée solennelle du 30 juin 2026, le chef de l’État a rappelé que la Nation célèbre le 66ᵉ anniversaire de son accession à l’indépendance. Selon lui, « soixante-six ans se sont écoulés depuis ce jour historique où le peuple congolais, après de longues années de domination coloniale, s’est levé dans sa dignité pour affirmer devant le monde son droit inaliénable à la liberté, à l’autodétermination et à la maîtrise de son destin ».
Pour Félix Tshisekedi, le 30 juin n’est pas une simple date du calendrier républicain.
« Il est à la fois une mémoire, une promesse et une responsabilité. Il est la mémoire de celles et ceux qui, par leur courage et leur sacrifice, ont ouvert le chemin de notre liberté », a-t-il expliqué.
Et de poursuivre :
« Pour eux, l’unité, la dignité et la souveraineté du peuple congolais avaient plus de valeur que leur propre vie. Il est aussi la promesse faite à chaque génération de ne jamais renoncer à l’idéal d’un Congo libre, uni et souverain. Il est enfin une responsabilité : celle de protéger, d’approfondir et d’incarner chaque jour l’indépendance conquise par nos pères, dans nos institutions, notre économie, notre diplomatie, notre défense nationale et notre engagement collectif au service de la République »
En ce jour de communion nationale, il a affirmé s’incliner avec respect devant la mémoire des pères de l’indépendance, des héros nationaux, des martyrs et de tous les combattants de la liberté, connus ou anonymes, qui ont contribué à faire de la RDC une nation libre.
« Je rends un hommage particulier à Joseph Kasa-Vubu, à Patrice Emery Lumumba, ainsi qu’à tous les bâtisseurs de notre conscience nationale. Je rends également hommage à toutes les femmes et à tous les hommes qui, dans nos villages, nos villes, nos écoles, nos églises, nos administrations, nos mines, nos champs, nos marchés, nos entreprises et nos familles, continuent chaque jour, par leur travail, leur courage et leur résilience, de porter la République à bout de bras », a fait savoir le président de la République.
Ce discours de Félix Tshisekedi intervient alors que, malgré l’existence de l’Accord de Washington et la tenue successive de réunions d’évaluation, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. Des tensions persistent également entre Kinshasa et Kigali, chaque camp interprétant à sa manière les dispositions de l’Accord de Washington, ce qui rend sa mise en œuvre complexe et difficile, une année après sa signature au niveau ministériel.
Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)/M23, soutenue par le Rwanda, peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.
Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage incertaine.
Clément MUAMBA