L'organisation de défense des droits humains Justicia Asbl exprime de vives préoccupations à la suite de la convocation d'un colloque national scientifique sur l'évaluation de la Constitution du 18 février 2006 par la ministre de l'Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations, Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna. Dans un communiqué ce mardi, l'organisation estime que cette initiative pourrait constituer une instrumentalisation des établissements d'enseignement supérieur et des centres de recherche à des fins politiques, dans un contexte marqué par les débats sur un éventuel changement de la Constitution.
Colloque national sur la constitution
La controverse fait suite à la note circulaire du 5 juin 2026 adressée aux responsables des institutions supérieures, universitaires et de recherche du pays. Celle-ci convoque un colloque national scientifique dont l'objectif est de mener une analyse approfondie de la constitution du 18 février 2006 afin de formuler des recommandations destinées à renforcer l'État de droit, la gouvernance démocratique et le développement durable en République démocratique du Congo.
Selon Justicia Asbl, cette démarche intervient dans un climat politique particulièrement sensible où plusieurs acteurs de la majorité au pouvoir ont déjà exprimé leur volonté de modifier la loi fondamentale.
Craintes quant à l'indépendance de la recherche
L'organisation rappelle que le ministère de l'ESU est notamment chargé de la mise en œuvre de la politique gouvernementale ainsi que de l'orientation de la recherche scientifique au service du développement national.
Toutefois, cette Asbl considère que le contexte actuel ne garantit pas un débat scientifique serein et indépendant. Elle affirme que des citoyens et acteurs opposés à une éventuelle révision constitutionnelle ont fait l'objet de menaces, d'injures et d'imputations dommageables sans que leurs auteurs ne soient inquiétés.
Pour l'ONG, « cette initiative de la ministre professeure Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna risque de consacrer une instrumentalisation des universités, instituts supérieurs et centres de recherche scientifique, davantage à des fins partisanes et politiciennes qu'au service du savoir scientifique et de l'intérêt général ».
Selon elle, ces pressions politiques pourraient compromettre la neutralité des travaux et des recommandations qui découleraient du colloque.
Liberté de recherche scientifique invoquée
Justicia Asbl s'appuie également sur la Loi-cadre n°14/004 du 11 février 2014 sur l'enseignement national, qui consacre la liberté de la recherche scientifique dans les établissements d'enseignement supérieur et universitaire.
L'organisation rappelle que la recherche doit contribuer au développement de la science et à la transformation de la société, tout en demeurant libre de toute influence politique.
« La recherche dans les établissements d'enseignement supérieur et universitaire vise le développement de la science en vue de la transformation de la société. Elle est le moteur du développement, et la recherche est libre », souligne l'ONG en citant les dispositions de cette loi.
Pour Justicia Asbl, les universités, instituts supérieurs et centres de recherche ne doivent pas être transformés en instruments de promotion d'objectifs politiques.
Priorité aux défis majeurs du pays
Au-delà de ses critiques, Justicia Asbl appelle le gouvernement à consacrer davantage de ressources à l'organisation de colloques scientifiques portant sur des problématiques jugées prioritaires pour la population congolaise.
L'organisation cite notamment la lutte contre les détournements des deniers publics, la corruption endémique, l'insécurité persistante dans l'Est du pays, l'exploitation illégale des ressources naturelles ainsi que l'accès à une justice équitable.
« Le gouvernement devrait mobiliser beaucoup plus de ressources pour rechercher des solutions systémiques et durables aux détournements des deniers publics, à la corruption endémique, à l'insécurité dans l'Est du pays, à l'exploitation illégale des ressources naturelles et à l'accès de la population à une justice juste et équitable », estime l'organisation.
Appel à préserver l'intérêt général
Tout en reconnaissant le droit du gouvernement d'associer les acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche aux grandes questions nationales, Justicia Asbl estime que l'initiative actuelle ne présente pas suffisamment de garanties de neutralité et d'impartialité.
« Cette initiative n'offre jusque-là aucune garantie de neutralité ni d'impartialité de ses futures recommandations », soutient l'ONG, qui redoute que les fortes pressions politiques observées n'affectent la liberté de la recherche scientifique.
L'organisation appelle ainsi les autorités à préserver l'indépendance du monde académique et à veiller à ce que la recherche scientifique demeure au service des droits humains, de la paix et du développement.
« Il est de la responsabilité des dirigeants politiques de privilégier l'intérêt général et de ne pas politiser les universités, instituts supérieurs et centres de recherche scientifique congolais », conclut Justicia Asbl.
José Mukendi