Portée par la République démocratique du Congo, pays victime des conflits armés ayant entraîné l’exploitation illicite des ressources naturelles qui alimentent la guerre, et qui assure actuellement la présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’initiative visant à instaurer une nouvelle doctrine internationale plaçant la gouvernance des ressources naturelles au cœur des enjeux de paix, de sécurité et de développement ne semble pas susciter l’adhésion de certains États membres des Nations Unies.
C’est notamment le cas de la Russie qui, après l’intervention du président congolais Félix Tshisekedi, à travers un message présenté devant le Conseil de sécurité de l’ONU par la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et des Congolais de la diaspora, Thérèse Kayikwamba Wagner, a plutôt rappelé que la résolution 1803 (XVII) de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée en 1962, demeure le cadre international de référence en matière de souveraineté des États sur leurs ressources naturelles.
Selon la Russie, la gestion de ces ressources relève avant tout de la responsabilité des États eux-mêmes, qui doivent conserver le droit souverain de décider de leur exploitation, de leur développement et de leur utilisation en fonction de leurs intérêts nationaux et de leurs priorités économiques. Pour le diplomate russe, l’affirmation selon laquelle il existe un lien entre les conflits et les ressources naturelles est fondée, mais elle dépend des circonstances propres à chaque situation. Il a précisé que la volonté de certains États d’acquérir à bas prix les ressources naturelles d’autres pays a souvent été, et demeure encore, à l’origine de graves crises sécuritaires.
« Les défis liés aux ressources sont particulièrement pressants sur le continent africain. Les conflits armés en Afrique sont souvent liés à la question des ressources naturelles. Les “minéraux du sang” servent à financer les hostilités et à soutenir les activités de nombreux groupes armés illégaux. Les zones de conflit s’étendent, la violence s’intensifie et les groupes armés illégaux rivalisent avec les autorités étatiques pour le contrôle des gisements miniers. Les principaux foyers de crise en Afrique, comme celui de l’est de la République démocratique du Congo, illustrent clairement comment ce cercle vicieux sans fin alimente depuis des décennies les menaces sécuritaires qui pèsent sur les États africains » a déclaré, mercredi 22 juillet 2026, l’ambassadeur et représentant permanent adjoint de la Russie auprès de l’ONU, Dmitry Chumakov, lors d’une réunion d’information du Conseil de sécurité des Nations Unies consacrée à la gouvernance des ressources naturelles : fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité, une initiative portée par la RDC.
Et de poursuivre :
« Un autre facteur aggravant est la volonté de garantir un accès ininterrompu aux minéraux jugés essentiels à la transition énergétique. Comme on peut le constater, tous les moyens sont mis en œuvre dans la lutte pour les ressources naturelles de l’Afrique : coopération inégale, corruption, chantage, menaces, ingérence dans les affaires intérieures et incitation aux conflits armés. Il incombe aux États eux-mêmes, au premier chef, de gérer souverainement leurs ressources naturelles et de déterminer comment les développer et les utiliser conformément à leurs intérêts nationaux et à leurs priorités de développement. Nous sommes convaincus qu’il n’existe pas, et qu’il ne saurait exister, de modèle universel de gestion des ressources naturelles qui convienne à tous. »
D’après les dernières données de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), l’ambassadeur russe Dmitry Chumakov a révélé que les économies de 46 États africains, soit la quasi-totalité du continent, sont tributaires des exportations de matières premières. Selon lui, vingt de ces pays dépendent plus particulièrement des exportations de minéraux non transformés.
« La persistance de cet ordre économique néocolonial, qui prévaut dans l’extraction des matières premières des pays du Sud, démontre que la décolonisation n’a jamais véritablement été achevée. Dans ces conditions, il est impossible d’envisager un partenariat authentique ou une lutte efficace contre la pauvreté. Dès lors, les mécanismes de “bonne gouvernance”, de “transparence” et de “traçabilité” actuellement débattus risquent de devenir non pas des instruments de paix, mais de nouvelles formes de contrôle extérieur » a-t-il déploré dans son intervention.
Dans le même registre, le diplomate russe a fait remarquer que la monopolisation par les pays occidentaux des systèmes monétaires et financiers internationaux, y compris des mécanismes de paiement liés au commerce des ressources naturelles, constitue une autre manifestation des pratiques néocoloniales.
Dans ce contexte, a-t-il indiqué, l’abandon progressif du dollar américain comme seule monnaie mondiale dominante constitue un processus naturel et irréversible. Selon lui, cette tendance est manifeste dans le cadre de la coopération au sein des BRICS, de l’OCS et d’autres organisations internationales.
« Dans le monde actuel, il est indispensable de garantir la participation équitable des pays en développement aux marchés mondiaux. Cela ne peut se faire qu’en réformant les règles du commerce international, en élargissant l’accès aux technologies et en établissant des capacités de transformation dans les pays producteurs de ressources. Nous ne pouvons ignorer non plus la demande croissante des pays du Sud pour une architecture financière internationale juste, qui reflète les réalités du monde multipolaire actuel » a-t-il soutenu.
S’associant aux autres délégations, le diplomate russe a rappelé que la résolution 1803 (XVII) de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée en 1962, demeure le document international fondamental régissant la souveraineté des États sur leurs ressources naturelles.
« Nous sommes convaincus que la coopération internationale en matière de gouvernance des ressources naturelles devrait s’articuler autour du renforcement des capacités industrielles et scientifiques des États, de l’amélioration de leurs institutions d’administration publique, de la fourniture d’une assistance technique et du soutien aux efforts de lutte contre l’extraction illégale et le trafic transfrontalier de ressources naturelles, tout en abordant la question de la libre circulation des capitaux, qui suscite de vives inquiétudes chez beaucoup. Ce sont là, sans aucun doute, des questions importantes, mais qui relèvent rarement de la compétence du Conseil de sécurité » a souligné le diplomate russe
Cette activité s'inscrit dans le prolongement de la réunion organisée selon la formule Arria ainsi que du débat de haut niveau, au cours desquels la RDC entend donner un nouvel élan à ce dossier, qu'elle considère comme prioritaire durant son mandat au Conseil de sécurité pour la période 2026-2027.
Le pays dispose d'importantes réserves de minerais critiques et occupe une place centrale dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, attirant ainsi l'attention des grandes puissances et des multinationales. Dans le même temps, il demeure confronté à des défis sécuritaires persistants liés à l'exploitation de ses ressources naturelles, l'extraction et le trafic illicites de minerais continuant d'alimenter les conflits et l'instabilité, notamment dans les provinces orientales.
Ces activités interviennent dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour des minerais critiques, mais également par l'accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali.
Clément MUAMBA