À travers un message de compassion et d'interpellation pastorale publié depuis Butembo, l'Église catholique dresse le constat d'une insécurité qualifiée d'endémique ayant occasionné récemment la mort de près de 40 civils et 3 agents de la police. La région de Beni, Lubero et environs s'enfoncent de jour en jour, abandonnés aux exactions des groupes armés extérieurs et des coalitions rebelles qui y opèrent en toute impunité, regrette le Monseigneur Paluku Sikulu.
Pour le patron du diocèse de Butembo-Beni, la la zone pastorale Sud est sous le coup de la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda, alors que le secteur Nord est le théâtre des exactions de la cruauté des ADF, une rébellion d'origine ougandaise qui a prêté allégeance à l'état islamique. Au-delà de la terreur imposée par les armes, cette crise sécuritaire engendre une paralysie des structures vitales nécessaires à la survie de la population, renchérit-il.
"Dans ce contexte peu luisant, nous constatons avec amertume un hiatus entre les préoccupations des politiciens et les besoins réels et légitimes des Congolais et des Congolaises. En effet, au moment où une partie du territoire national est sous occupation étrangère et que les populations du Nord-Kivu et de l’Ituri sont massacrées de manière récurrente par les ADF-Nalu, la préoccupation de nos gouvernants semble être ailleurs. Ceux-ci s’attellent avec une obstination incompréhensible à activer le processus du changement de la Constitution de la République Démocratique du Congo (RDC). Nous estimons qu’il serait plus utile et urgent de leur part de se pencher sur la recherche de réponses adéquates à apporter aux attentes profondes de la population", écrit Monseigneur Paluku Sikuli dans un communiqué du 3 juin dernier.
Face à cette situation, Monseigneur Sikuli invite le Président de la République à "se préoccuper avant tout de la restauration de la paix sur l’ensemble du territoire national et de ne pas oublier que la finalité du pouvoir, c’est d’abord le service du peuple."
Par ailleurs, ajoute la même source, "aux Députés et Sénateurs de ne pas être complices des malheurs de leurs frères et sœurs. La politique du ventre et de la peur est indigne d’un homme d’Etat. Le peuple les a envoyés au Parlement pour lui ouvrir le chemin de son bien-être intégral et non pour l’enfermer".
Si la population est appelée à une prise de conscience éveillée face à la manipulation politicienne, les forces de sécurité sont invitées à se remettre en question en vue de l'efficacité leur mission. Et celà, pour défendre l'intégrité du territoire et sécuriser la population et ses biens.
Cette réaction du Monseigneur Paluku Sikulu est due aux attaques des rebelles ADF qui ont tué 21 personnes en ville de Beni et ses environs. Une tragédie s'est répétée quarante-huit heures plus tard, dans la nuit du 2 au 3 juin, coûtant la vie à seize 16 autres civils à Mbau après avoir déjà endeuillé les localités de Biakato et Makumo dans le territoire de Mambasa.
Dieubon Mughenze, à Beni