Ituri: Félix Tshisekedi demande au nouveau gouverneur militaire de rétablir de manière “rapide et durable” la paix et la sécurité 

Le général-major Kasongo Batoka Mulumba reçu par le Chef de l'Etat
Le général-major Kasongo Batoka Mulumba reçu par le Chef de l'Etat

Le nouveau gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Kasongo Batoka Mulumba, s’apprête à prendre ses fonctions à la tête de la province de l’Ituri, succédant au lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama. Quarante-huit heures après sa nomination par ordonnance, le général-major Kasongo Batoka Mulumba a été reçu lundi 8 juin 2026, par le chef de l’État, Félix Tshisekedi, à la Cité de l'Union africaine, à Kinshasa.

Au cours de cette première rencontre après sa nomination, indique la Présidence de la République, il a été question pour le commandant suprême des Forces armées de la République de donner des orientations à cet officier nouvellement nommé à la tête de cette province placée sous état de siège depuis mai 2021. Le président Félix Tshisekedi lui a donné des instructions demandant le rétablissement de la paix et de la sécurité, ainsi que le retour des populations civiles dans leurs zones de résidence à travers cette province de l’Est de la RDC.

"Le Président de la République a instruit le nouveau Gouverneur militaire de rétablir au plus vite la paix de manière durable, l’ordre et la sécurité publics, et de travailler en faveur du retour des déplacés dans leurs milieux d’origine", rapporte le cabinet de la Présidence de la République.

Au-delà des défis sécuritaires liés à l’activisme des groupes armés locaux et étrangers, la province de l’Ituri fait également face à une urgence sanitaire majeure. En effet, elle est l’épicentre de la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo. Déclarée le 15 mai dernier en Ituri, cette situation a également été abordée au cours des échanges entre le président Félix Tshisekedi et cet officier des Forces armées de la République démocratique du Congo.

À l’issue de cette rencontre, le général-major Gaby Kasongo a affirmé :"avoir reçu des consignes pour faciliter le travail des équipes qui sont à l’œuvre pour endiguer l’épidémie et ouvrir d’autres centres de traitement dans les zones qui n’en disposent pas encore"

Si, pour le gouverneur militaire sortant, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, la situation sécuritaire s’est améliorée depuis sa nomination à la tête de la province, marquant le début de l’état de siège en Ituri, cette lecture est contestée par une partie de la population, les élus ainsi que certaines notabilités de la province. Selon eux, cette présentation des faits ne reflète pas la réalité du terrain. Ils estiment que la situation sécuritaire demeure extrêmement volatile et s’est même largement détériorée depuis l’instauration de l’état de siège, qu’ils considèrent comme un échec près de cinq ans après sa proclamation.

La province de l’Ituri reste confrontée à des conflits communautaires persistants entre les communautés Hema et Lendu. Les attaques perpétrées par des groupes armés, notamment les factions de la Coopérative pour le développement du Congo et de la Convention pour la révolution populaire, continuent de semer la mort et la désolation au sein des populations civiles. À cela s’ajoute l’activisme des Allied Democratic Forces, responsables de nombreuses tueries de civils et qui ne cessent d’étendre leur zone d’influence dans plusieurs territoires de l’Ituri, notamment à Mambasa. Cette expansion a également des répercussions dans la province voisine de la Tshopo. Les massacres de civils, les déplacements massifs de populations et les violations graves des droits humains demeurent une réalité quotidienne.

Les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa figurent parmi les zones les plus affectées par les affrontements récurrents. Ces violences sont souvent liées à des rivalités entre groupes armés, à la lutte pour le contrôle des ressources naturelles ainsi qu’à des représailles intercommunautaires. À ce tableau déjà sombre s’ajoute la multiplication des attaques contre les camps de personnes déplacées internes (PDI), aggravant davantage la crise humanitaire dans une province qui compte plus d’un million de déplacés. Le maintien du caractère civil de ces camps se heurte régulièrement à l’infiltration de groupes armés ou à la présence de familles qui leur sont affiliées.

Outre les questions sécuritaires, le nouveau gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Kasongo Batoka Mulumba, devra relever d’importants défis en matière de développement. Il lui reviendra notamment de poursuivre les différents projets initiés par son prédécesseur, Johnny Luboya Nkashama, afin d’améliorer les conditions de vie de la population. Un autre défi majeur consistera à maintenir un climat de dialogue avec les élus nationaux de l’Ituri. Les relations entre ces derniers et le gouverneur militaire sortant ont souvent été marquées par des tensions. Les divergences se sont généralement exprimées par déclarations interposées, aussi bien à l’hémicycle du Palais du Peuple que par le biais du porte-parole militaire des opérations de la province.

Après son entretien avec le président de la République, Félix Tshisekedi, le nouveau gouverneur militaire est désormais attendu sur le terrain pour sa prise officielle de fonctions. C’est à l’épreuve des faits que son action sera évaluée par la population iturienne. Comme le dit un adage bien connu : "C’est au pied du mur que l’on reconnaît le maçon".

Clément MUAMBA