FRIVAO : « On est en train de cracher sur la mémoire des victimes », le président de l'Assemblée provinciale de la Tshopo dénonce une « pièce de théâtre »

FRIVAO
FRIVAO

La gestion du FRIVAO est une « pièce de théâtre » dans laquelle « on est en train de cracher sur la mémoire des victimes ». C'est en ces termes que Mateus Kanga, président de l'Assemblée provinciale de la Tshopo, a réagi ce samedi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, dénonçant avec une rare vigueur les dysfonctionnements d'un fonds qui, selon lui, trahit les populations au nom desquelles il a été obtenu.

Pour Mateus Kanga, la définition retenue par le FRIVAO pour qualifier une victime est trop étroite et injuste. En limitant l'éligibilité aux personnes pouvant prouver un préjudice physique direct, comme avoir reçu un éclat d'obus, l'institution exclut de facto des milliers de Kisanganiens qui ont subi des traumatismes psychologiques, développé des maladies chroniques ou fui la ville durant les combats. 

« Comment identifier cet enfant qui était à l'école, enfermé pendant trois jours, qui a subi des traumatismes psychologiques ? », a-t-il interrogé, citant l'exemple de sa propre sœur devenue cardiaque à la suite du choc de la guerre. « En réalité, on devrait considérer tout habitant de Kisangani de l'époque comme victime », a-t-il tranché.

Le président de l'Assemblée provinciale a également dénoncé ce qu'il qualifie de révisionnisme historique de la part du FRIVAO, après que l'institution a classé parmi les « fausses victimes » l'Assemblée provinciale elle-même, à qui 200.000 dollars avaient été attribués, au motif qu'elle n'existait pas à l'époque. 

« Ce bâtiment existe depuis 1982, il a abrité l'Assemblée régionale du Haut-Zaïre, puis l'Assemblée provinciale du RCD. Des députés du RCD qui ont siégé dans cet hémicycle sont encore en vie aujourd'hui », a-t-il rappelé, dénonçant une ignorance délibérée de l'histoire.

Sur le fond, Mateus Kanga plaide depuis plusieurs années pour que soit privilégiée une indemnisation collective au bénéfice de l'ensemble de la population de Kisangani, plutôt qu'une approche individuelle qu'il estime propice au « marchandage » et à l'exclusion des vraies victimes. Il a révélé avoir multiplié les plaidoyers auprès des ministres successifs de la Justice, Constant Mutamba comme son successeur, sans être entendu. 

« Nous avons malheureusement l'impression de ne pas être entendus et considérés. C'est ce qui nous fait très mal », a-t-il confié, ajoutant que les vraies victimes déplacées en dehors de Kisangani ne sont à ce jour ni identifiées ni indemnisées.