La récente sortie de Marco Rubio, secrétaire d'État américain, lors de son audition devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, le 4 juin 2026, n'a pas laissé le gouvernement de la République du Rwanda indifférent. L'administration Kagame Paul dit également prendre note des remarques formulées par le chef de la diplomatie américaine dans le cadre de la mise en œuvre de l'Accord de Washington, signé sous l'égide de l'administration Trump par le Rwanda et la République démocratique du Congo.
Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Rwanda rendu public ce vendredi 5 juin 2026, Kigali salue la reconnaissance par le gouvernement américain des efforts consentis par le Rwanda pour honorer ses engagements. Ce ministère, dirigé par Olivier Nduhungirehe, estime toutefois que le respect des engagements doit être assuré par toutes les parties. Une allusion à la RDC, que Kigali accuse de ne pas jouer pleinement sa partition dans la mise en œuvre de l'Accord de Washington.
"Le Rwanda apprécie l’engagement continu des États-Unis, notamment à travers les Accords de Washington, qui restent le cadre pour s’attaquer aux causes profondes du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. Il est toutefois important de rappeler que les obligations découlant des Accords de Washington lient le Rwanda et la RDC et exigent la responsabilité de toutes les parties. Ces accords ne peuvent être appliqués de manière sélective, et les obligations de chaque partie sont indissociables. La partialité ne saurait résoudre les problèmes", a fait remarquer le gouvernement Rwandais via son ministère des Affaires Étrangères.
Dans le même document, le Rwanda affirme mettre en œuvre les engagements qui lui incombent au titre des accords. Parallèlement, le gouvernement rwandais accuse la République démocratique du Congo de les violer de manière flagrante. Kigali reproche notamment à Kinshasa de continuer à soutenir les FDLR, une milice qu'il qualifie de génocidaire, active sur le territoire congolais depuis près de trois décennies et considérée comme une menace directe pour la sécurité du Rwanda. Les autorités rwandaises dénoncent également la poursuite de l'utilisation de drones armés dans des zones civiles.
"Le Rwanda reste pleinement attaché aux Accords de Washington et à une collaboration constructive avec les États-Unis, les partenaires régionaux et les autres parties prenantes afin de promouvoir la paix, la sécurité et la prospérité dans la région des Grands Lacs", rassure le ministère des Affaires Étrangères du Rwanda.
En dépit de l’existence de l’Accord de Washington et des réunions d’évaluation qui se succèdent, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de se détériorer. Cette évolution intervient malgré la multiplication des initiatives diplomatiques censées contribuer à la résolution de la crise.
L’érosion de la confiance entre les parties ainsi que le manque de volonté politique de certains acteurs régionaux, qui freine la mise en œuvre effective des engagements pris, demeurent des défis majeurs pour les médiateurs, notamment les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar. Ces derniers sont appelés à poursuivre leurs efforts en faveur d’une issue à la crise sécuritaire actuelle, marquée par la présence de la rébellion de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être soutenue par le Rwanda.
Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent jusqu’à présent sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage hypothétique.
Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 peinent toujours à accorder leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.
Clément MUAMBA