La population de l’avenue Kifumu, située dans le quartier Malala, commune de Makala, est régulièrement confrontée à des inondations provoquées par le débordement de la rivière Kalamu. À chaque épisode pluvieux, les conditions de vie se détériorent considérablement, contraignant plusieurs habitants à quitter temporairement, voire définitivement, leur logement.
« Nos maisons deviennent inhabitables. Parfois, nous sommes obligés de quitter la maison toute la journée en attendant que l’eau baisse », témoigne une mère au foyer.
Face à cette situation, les riverains développent des stratégies de survie souvent précaires. Faute de moyens, certains déposent des déchets le long de la rivière dans l’espoir de freiner la montée des eaux. Cependant, l’absence de contrôle favorise également le déversement clandestin et massif d’ordures par des individus non identifiés.
« La plupart des déchets visibles le long de cette rivière sont jetés par des passants, souvent pendant la nuit. Nous ne pouvons pas totalement nous en plaindre, car ces immondices contribuent, dans une certaine mesure, à limiter les dégâts causés par les inondations », explique-t-elle.
Du côté des autorités locales du quartier Malala, l’existence du problème est reconnue. Toutefois, elles soulignent la complexité de la situation et estiment que les responsabilités sont partagées entre l’État et la population.
« Des immondices en provenance de Mont-Ngafula, charriés par la rivière, s’accumulent dans notre entité, notamment au niveau de l’avenue Konia, où un pont a été mal conçu », précise des agents du bureau du quartier.
Et de poursuivre :
« La population, de son côté, construit souvent dans des zones non autorisées. Plusieurs constructions anarchiques longent la rivière, notamment sur l’avenue Kibambi. Cette situation peut s’expliquer par la forte croissance démographique à Kinshasa et le manque de logements. Toutefois, les riverains prennent d’énormes risques en s’installant à proximité de la rivière ».
La ville de Kinshasa est confrontée à une crise hydrologique sans précédent, exacerbée par des épisodes pluvieux de plus en plus violents. Entre 2024 et début 2026, la capitale congolaise a enregistré des bilans humains et matériels lourds, avec des dizaines de décès et des milliers de sans-abris, particulièrement dans les zones vulnérables comme Limete, Kisenso et Mont-Ngafula.
Au-delà de la météo, l'ampleur des dégâts s'explique par une urbanisation anarchique sur les lits de rivières et l'obstruction quasi systématique des caniveaux par des tonnes de déchets plastiques. Pour tenter d'endiguer le fléau, les autorités ont intensifié les opérations de curage et le déploiement de dragues pour désensabler les grands cours d'eau.
Kéren Kalukula, stagiaire UCC