Médecins Sans Frontières (MSF) indique avoir pris en charge 2 741 enfants souffrant de malnutrition dans les structures de santé qu’elle appuie au cours de l’année 2025 dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu.
Faute de transport, de nombreuses familles parcourent des kilomètres à pied, parfois pendant plusieurs jours, pour accéder aux soins. Dans cette zone où l’accès physique aux services de santé reste limité, MSF est le seul acteur humanitaire international présent et appuie l’hôpital dans la prise en charge des patients.
Ange, une fillette de cinq ans, souffrant de malnutrition, a été conduite à l’hôpital général de référence de Walikale après que sa mère a marché pendant deux jours depuis Itebero. La route Walikale–Itebero est dans un état fortement dégradé, ce qui limite la circulation des véhicules.
Du 1er janvier au 1er juin, les admissions à l’hôpital général de référence de Walikale ont augmenté de 6,7 % par rapport à la même période de l’année précédente. L’Unité Nutritionnelle Thérapeutique Intensive (UNTI) a enregistré une hausse de 41 % des admissions, avec 12 décès d’enfants signalés en avril et 34 en mai. Le taux d’occupation des lits a régulièrement dépassé 150 % ces derniers mois, dans un contexte de crise humanitaire persistante.
Depuis la prise de la ville de Goma par la rébellion de l'AFC/M23 en janvier 2025, l’aéroport reste fermé. Les affrontements rendent également impraticable la route principale reliant Goma à Walikale. Dans ces conditions, MSF redirige ses livraisons via le Rwanda et l’Ouganda, avant de rejoindre la RDC par la province de l’Ituri. Cet itinéraire allonge les délais de transit à plus de trois semaines et entraîne une hausse des coûts.
Dans la zone de santé de Kibua, également située dans le territoire de Walikale, une crise alimentaire persistante affecte la population depuis janvier 2026. Les structures sanitaires signalent une augmentation des cas de malnutrition, avec des enfants affaiblis et davantage exposés aux maladies.
Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation. L’insécurité liée aux affrontements armés empêche l’accès aux champs et entraîne l’abandon des activités agricoles. Les déplacements de population ont privé de nombreuses familles de leurs terres et de leurs moyens de subsistance. À cela s’ajoutent la faible valorisation de l’agriculture locale, le manque d’encadrement technique, l’insuffisance de semences améliorées et l’accès limité aux formations agricoles.
La progression de la malnutrition touche particulièrement les enfants de moins de cinq ans. Les écoles sont également affectées, avec des élèves qui étudient dans des conditions de précarité alimentaire, tandis que la pauvreté s’accentue dans plusieurs ménages.
Josué Mutanava, à Goma