Kwilu : un an sans subvention, dettes, suspicion de tuberculose, la prison centrale de Kikwit malade de son délabrement

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Prison de Kikwit

Trois cent soixante-cinq jours sans subvention : la prison centrale de Kikwit est plongée dans une crise sans précédent. Les détenus n'ont droit qu'à un seul repas par jour, grâce aux interventions ponctuelles des confessions religieuses et des personnes de bonne volonté. La maison carcérale, construite en 1930, se contentait jusqu'ici, des dettes contractées auprès de fournisseurs privés en contrepartie d'une promesse de paiement aussitôt que les obligations étatiques seraient remplies, situation qui lui a valu sa crédibilité. Depuis quatre mois, aucun fournisseur ne veut prêter l’oreille à cette demande pour cause d’insolvabilité.

À la faim s'ajoute l'accès difficile aux soins de santé. Ici, la rupture d'intrants expose les détenus, parmi lesquels quelques cas suspects de tuberculose sont signalés.

Initialement dotée d’une capacité de 1 300 détenus, la prison centrale de Kikwit ne sait plus satisfaire à ses propres exigences. Seulement huit pavillons sont opérationnels sur dix-huit, suite à un délabrement avancé, et quelques murs sont fissurés. Aucune réhabilitation n'a été effectuée depuis 96 ans.

Sur les 428 personnes actuellement en détention, la majorité ne connaît pas encore son sort. Certaines sont encore devant le parquet et d'autres en cours d'instance devant le juge. Parmi elles, 21 mineurs, 9 femmes, 17 militaires et 5 policiers, ainsi qu'un expatrié indien.

La société civile urbaine dénonce des violations continues des droits humains et appelle à des mesures urgentes pour humaniser la prison centrale de Kikwit.

« Il y a un manque d'infrastructures appropriées pour la prison. Il n'y a pas de restauration, pas de prise en charge médicale adéquate et pas de jugement pour beaucoup de détenus. Nous voulons que l'État revienne sur ses pas pour assumer ses responsabilités afin que tout marche. Sinon, bientôt, on va compter des morts faute de soins, d’une bonne restauration, voire d’infrastructures », a dénoncé Laurent Bwenia, président urbain de la société civile de Kikwit.

L'irrégularité des subventions s'observe dans plusieurs prisons de la province du Kwilu, notamment à Bulungu et à Bandundu. À la mi-février, la société civile du Kwilu dénonçait l'absence de subvention depuis trois trimestres à la prison du cinquantenaire, exposant les détenus à des conditions précaires de vie.

Jonathan Mesa