RDC : le tandem CENCO-ECC salue la démarche angolaise et promet de travailler avec l'équipe désignée par João Lourenço avant une nouvelle rencontre

La CENCO et l’ECC avec João Lourenço à Luanda
La CENCO et l’ECC avec João Lourenço à Luanda

Des manœuvres diplomatiques orchestrées par João Manuel Gonçalves Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, en prélude à un dialogue en gestation, se sont poursuivies avec la consultation, mercredi 14 janvier 2026 à Luanda (Angola), des délégations de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), conduites respectivement par Fulgence Muteba Mugalu, président de la CENCO, et André Bokundoa Bo-Likabe, président de l’ECC.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts de médiation africaine menés par l’Angola en vue de la résolution de la crise politique et sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC). Au cours de l’audience, la situation générale de la RDC, ainsi que les implications régionales du conflit, ont été analysées, en tenant compte de la proximité géographique et des frontières communes entre l’Angola et la République Démocratique du Congo.

Au cours de ces échanges, les parties ont également évoqué les décisions prises en concertation avec le président congolais Félix Tshisekedi, en mettant l’accent sur la nécessité de progresser vers l’organisation d’un dialogue national congolais ouvert et inclusif, impliquant l’ensemble des forces politiques, sociales et religieuses, comme voie essentielle pour mettre fin aux conflits armés.

Les chefs religieux ont, pour leur part, exprimé leur entière disponibilité à collaborer activement au processus, soulignant que les Églises sont prêtes à mobiliser tous les moyens à leur disposition au service de la paix, de la réconciliation nationale et de la stabilité institutionnelle. Leur principale préoccupation demeure la recherche d’une solution consensuelle permettant de rouvrir les portes du dialogue et de restaurer la confiance entre les différents acteurs.

"Le Président nous a fait part de son inquiétude concernant la situation. Son Excellence Monsieur le Président de la République d’Angola est en effet profondément préoccupé et sincèrement désireux de trouver une voix durable vers la paix dans notre pays, c'est précisément pourquoi le processus inclusif de dialogue national entre tous les congolais et entre toutes les parties concernées par les questions essentielles visant à parvenir à la paix au Congo doit impérativement et effectivement commencer à se matérialiser et à avoir lieu dès à présent. Et le Président de la République nous y a invités", a fait savoir Donatien Nshole, Secrétaire général de la CENCO devant la presse à l'issue de l'entretien avec le président Angolais.

La délégation CENCO-ECC va désormais travailler avec l’équipe désignée par le président angolais João Lourenço afin de soumettre des propositions et de préparer les points à inscrire à l’ordre du jour, tout en prévoyant une nouvelle rencontre, à l’issue de ces travaux, avec les collaborateurs de João Lourenço.

"Monsieur le Président de la République a personnellement désigné une équipe de ses proches collaborateurs pour collaborer étroitement avec nous en vue de préparer minutieusement l’agenda afin que ce dialogue important puisse enfin avoir lieu. Nous allons donc travailler avec l'équipe que son Excellence a bien voulu designer pour nous. Le Président Joao Lourenço a indiqué que nous devons présenter nos suggestions et à la clôture de nos travaux, nous serons de nouveau reçus par son Excellence  Monsieur le Président de la République afin que nous puissions réellement apporter nos propositions", a ajouté Donatien Nshole, Secrétaire général de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo

Cette démarche du président angolais, également président en exercice de l’Union africaine, João Lourenço, n’est, jusqu’à présent, pas considérée comme une nouvelle initiative diplomatique, que ce soit à Luanda ou à Kinshasa. Elle est plutôt présentée comme un prolongement des efforts africains venant en appui aux initiatives diplomatiques en cours, notamment le processus de Washington entre Kinshasa et Kigali, ainsi que celui de Doha, conduit sous l’égide de l’État du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23.

Kinshasa, par la voix du président Félix Tshisekedi, qui a rencontré successivement son homologue angolais, avait salué la démarche ainsi que les propositions formulées par l’Angola. Lors d’un briefing de presse, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, avait indiqué que les autorités congolaises attendent désormais les conclusions des consultations menées par le président angolais avec les autres parties prenantes à la crise qui frappe la RDC, dans un contexte de guerre d’agression rwandaise.

Cette initiative suscite toutefois des divergences au sein de l’environnement sociopolitique congolais. L’AFC/M23, acteur majeur de la crise, dit attendre des éclaircissements de la part de l’Angola, d’autant plus que le mouvement est déjà engagé avec Kinshasa dans le processus de Doha. De son côté, le mouvement Sauvons la RDC, proche de l’ancien président Joseph Kabila, s’est également montré dubitatif et réservé, préférant la finalisation des initiatives en cours en particulier celle de Doha  avant d’envisager un dialogue plus large incluant l’ensemble des forces sociopolitiques congolaises.

Clément Muamba