Le rapport de Human Rights Watch met également en lumière une réalité largement ignorée : celle des femmes qui parviennent à s’échapper des ADF ou d’autres groupes armés actifs dans l’Est de la RDC. Après des mois, parfois des années de captivité marquées par l’esclavage sexuel, le travail forcé et des violences extrêmes, ces femmes se heurtent à un vide quasi total de soutien institutionnel.
Aucun programme structuré de réintégration ne leur est spécifiquement destiné. Elles ne bénéficient ni de dispositifs de prise en charge psychologique à long terme, ni de formations professionnelles, ni d’un accompagnement social adapté à la gravité des traumatismes subis.
Certaines survivantes sont arrêtées ou détenues par les services de renseignement congolais, soupçonnées de collaboration avec les groupes armés. Human Rights Watch documente des cas où des femmes ont été privées de liberté pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant d’être relâchées en échange de paiements informels. Une double peine pour des victimes déjà profondément marquées par la violence.
De retour dans leurs villages ou communautés d’origine, ces femmes ne retrouvent pas nécessairement un refuge. Elles sont souvent perçues comme des étrangères, parfois comme des menaces potentielles, accusées d’avoir été proches des groupes armés. Le soupçon l’emporte sur la compassion.
Sans accompagnement psychologique, sans protection sociale, sans moyens de subsistance, beaucoup sombrent dans une précarité extrême, exposées à de nouvelles violences, à l’exploitation ou à l’exclusion durable.
Comme le souligne Human Rights Watch, la paix ne peut être durable tant que ces femmes restent invisibles dans les politiques de justice transitionnelle, de désarmement et de reconstruction. Les ignorer, c’est prolonger la violence au-delà des armes et condamner des survivantes à porter seules le poids d’une guerre qu’elles n’ont pas choisie.
Nancy Clémence Tshimueneka