Les Ministres de la Défense nationale des États membres de la Conférence Internationale des Ministres de la Défense de la région des Grands Lacs (CIRGL) se sont réunis ce samedi 10 janvier à Livingstone, en Zambie. Cette rencontre avait pour principaux points à l'ordre du jour la situation sécuritaire et humanitaire actuelle dans l’Est de la République démocratique du Congo et ses répercussions régionales. À l’issue des travaux, des orientations politiques “claires” sur la désescalade sont désormais attendues des ministres de la Défense.
Selon le compte X du Ministère rwandais de la Défense / Forces de défense rwandaises, le Rwanda était représenté par son ministre de la Défense, Juvénal Marizamunda. Sur les images, on peut également voir Guy Kabombo Muadiamvita, Vice-Premier ministre, Ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants de la RDC, ainsi que Huang Xia, Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la région des Grands Lacs, qui ont pris part à cette rencontre organisée après les assises de Kinshasa.
Toujours selon la même source, cette session ministérielle a été précédée par la réunion du Comité spécialisé d’experts en défense de la CIRGL, qui s’est tenue jeudi 8 janvier 2026, suivie de la réunion extraordinaire des chefs d’état-major des forces de défense (CDS/F) de la CIRGL, vendredi 9 janvier 2026. Cet organe central est chargé de surveiller la mise en œuvre du Protocole de la CIRGL sur la non-agression. Au menu de cette réunion figurait une évaluation des principaux défis sécuritaires au niveau régional.
Parmi les dossiers majeurs, on note l’évaluation des opérations du Mécanisme conjoint élargi de vérification, un mécanisme censé surveiller et enquêter sur les incidents de sécurité dans la région des Grands Lacs. Selon nos confrères de RFI, ce mécanisme peine à se réunir régulièrement et à produire des rapports. Les chefs d’état-major ont donc été invités à formuler des recommandations, qui seront ensuite soumises aux ministres de la Défense.
Lors de la réunion des chefs d’état-major des 12 États membres de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), le Secrétaire Permanent du Ministère de la Défense, M. Maambo Haamaundu, a réitéré l’engagement de la Zambie à trouver une solution amiable à la crise en RDC. S’exprimant à l’ouverture de cette réunion extraordinaire des chefs d’état-major, M. Haamaundu a déclaré que la Zambie s’engage à œuvrer sans relâche pour la paix en RDC et dans l’ensemble de la région.
"Nous restons dévoués à soutenir les processus de paix, à contribuer aux initiatives régionales et à accueillir des plateformes de dialogue et de coopération. Nous croyons que la sécurité d’un État membre est indissociable de la sécurité de tous", a-t-il affirmé dans un communiqué du ministère Zambien de la Défense rendu public à l'issue de la réunion
M. Haamaundu a exhorté les chefs d’état-major à garder à l’esprit les espoirs et aspirations des millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui comptent sur eux pour leur protection. Le Secrétaire exécutif de la CIRGL, Dr. Mubita Luwabelwa, a déclaré que l’organisation régionale est profondément préoccupée par la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC.
Dr. Luwabelwa a indiqué que la CIRGL est particulièrement inquiète du fait que, malgré la signature de l’Accord de Washington le mois dernier, la prise de la ville d’Uvira a entraîné de massifs déplacements de populations. Il a exhorté les chefs d’état-major à trouver des solutions concrètes pour mettre fin aux hostilités, soulignant que le conflit a des répercussions régionales considérables. Le Commandant de l’armée zambienne, le Lt Gen Geoffrey Zyeele, participe également à cette réunion.
Cette initiative intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain reste préoccupante. Kinshasa et Kigali peinent à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques, notamment le processus de Washington.
Il en va de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Cette inertie et tergiversation diplomatique favorise la poursuite des violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales.
Clément MUAMBA