La BCC poursuit l’assouplissement de sa politique monétaire, le taux directeur ramené de 17,5 % à 15,0 % “pour faciliter le financement de l’économie nationale” 

André Wameso, gouverneur de la BCC
André Wameso, gouverneur de la BCC

Le Comité de Politique Monétaire (CPM) de la Banque centrale du Congo (BCC) a décidé de poursuivre l’assouplissement de la politique monétaire amorcé au dernier trimestre de 2025. Il s’agit de la principale résolution issue de sa réunion extraordinaire tenue jeudi 8 janvier 2026 à Kinshasa.

Sur la base de projections faisant état d’une évolution maîtrisée de l’inflation en 2026, dans un contexte de stabilisation du taux de change et de maintien d’une croissance économique robuste, la BCC a abaissé son taux directeur de 17,5 % à 15,0 %, soit une réduction de 250 points de base. Le taux des facilités de prêt marginales a également été ramené de 21,5 % à 19,0 %. 

En termes simples, la Banque centrale du Congo a décidé de rendre l’argent moins cher afin de relancer l’économie, soutenir les entreprises, favoriser l’emploi et stimuler la croissance, tout en restant prête à ajuster ses instruments de politique monétaire si les conditions l’exigent. Cette volonté affirmée de la banque des banques d’accompagner la politique économique générale du gouvernement s’inscrit dans le strict respect des dispositions de la loi n°18/027 du 23 décembre 2018 portant organisation et fonctionnement de la Banque centrale du Congo, en particulier son article 9, alinéa 2.

"Pour l'année 2026, le Comité de politique monétaire projette une évolution maîtrisée du rythme de formation des prix au cours des douze prochains mois, dans un contexte de stabilisation du taux de change et de maintien d'une croissance économique robuste. L'économie devrait bénéficier des effets de l'évolution favorable des cours des métaux, notamment ceux du cuivre et du cobalt mais aussi continuer à subir les effets des tensions géopolitiques mondiales ainsi que des tarifs douaniers. Au niveau national, il est postulé une atténuation des conflits dans la partie Est du pays en lien avec les engagements pris par les différentes parties", a indiqué André Wameso, gouverneur de la Banque Centrale du Congo.

Les autres instruments de la politique monétaire, notamment les coefficients de la réserve obligatoire, demeurent inchangés. Le Comité de Politique Monétaire a, par ailleurs, réaffirmé son engagement à assurer un suivi rigoureux de l’évolution de la conjoncture économique, tant interne qu’externe.

"À savoir 10,5% pour les dépôts à vue et 0,0% pour les dépôts à terme en monnaie nationale, ainsi que 11,5% et 10,5% respectivement pour les dépôts à vue et à terme en devises. Par ailleurs, le Comité de Politique Monétaire maintient son engagement à assurer un suivi rigoureux de l'évolution de la conjoncture économique, tant interne qu'externe ainsi que de la liquidité au sein de l'économie, et se tient prêt à ajuster ses instruments de la politique monétaire si les conditions l'exigent", a-t-il rassuré. 

Sur le plan international, le CPM a noté qu'en 2025, l'économie mondiale a fait preuve de résilience, en dépit d'incertitudes entourant les politiques publiques, des tensions géopolitiques et commerciales. L'inflation mondiale a poursuivi sa décélération, reflétant les effets cumulés du resserrement monétaire antérieur et la normalisation des chaînes d'approvisionnement. A l'échelle nationale, la conjoncture économique est demeurée globalement favorable en 2025. La croissance du PIB réel est restée robuste, passant de 6,7% en 2024 à 5,6% en 2025, soutenue par la branche Extractive et la résilience des activités hors extraction.

Le rythme de formation des prix est demeuré globalement maîtrisé, avec une décélération marquée de l'inflation, particulièrement au cours du second semestre. A fin décembre, le taux d'inflation s'est établi à 2,27%, contre 11,69% à la même période de 2024, se situant ainsi nettement en deçà de l'objectif de moyen terme fixé à 7,0 %. Cette évolution s'explique notamment par l'appréciation significative du franc congolais, la baisse des prix des produits pétroliers à la pompe, le recul des prix des produits céréaliers importés ainsi que par l'orientation plus restrictive de la politique monétaire au cours des trois premiers trimestres de l'année.

Sur le marché des changes, il s'est observé une appréciation notable du franc congolais. Au 31 décembre 2025, le taux de change s'est établi à 2.181,39 CDF le dollar américain sur le marché interbancaire et à 2.309,38 CDF sur le marché parallèle, soit des appréciations respectives de 30,44 % et 24,09% par rapport à fin 2024. 

"Cette situation a été soutenue par l'actualisation du taux de change appliqué sur la réserve obligatoire cristallisée, le renforcement de la communication, l'amélioration globale de la gestion de la liquidité bancaire et la forte demande de la monnaie nationale par les agents économiques. Les réserves internationales ont enregistré une hausse de 1.734,60 millions de USD pour atteindre 7.886,61 millions de USD à fin décembre 2025, correspondant à une couverture de trois mois d'importations de biens et services", a fait savoir le gouverneur de la BCC.

Il sied de rappeler que le taux directeur est le taux d’intérêt de référence appliqué par la Banque centrale lorsqu’elle prête des fonds aux banques commerciales. Ces dernières s’en servent ensuite comme base pour fixer les taux d’intérêt des crédits accordés aux entreprises et aux particuliers. En abaissant ce taux, la Banque centrale du Congo (BCC) entend encourager les banques à prêter davantage à l’économie réelle. Cette décision traduit la perception d’une inflation sous contrôle et la nécessité de soutenir la croissance économique par le biais d’un crédit moins coûteux.

Dans ce contexte, les entreprises pourraient, toutes choses égales par ailleurs, accéder à des financements à moindre coût. Les ménages, quant à eux, bénéficieraient d’un accès plus aisé aux crédits, notamment pour le logement, le commerce ou la consommation. Il pourrait ainsi s’en suivre une relance de l’investissement, avec des retombées positives sur la création d’emplois. Par ailleurs, une augmentation des liquidités dans l’économie favoriserait une meilleure circulation de la monnaie et une intensification des échanges économiques.

S’agissant des réserves obligatoires, celles-ci correspondent à la part des dépôts que les banques sont tenues de conserver auprès de la Banque centrale. En décidant de les maintenir inchangées, la BCC fait le choix de la prudence, évitant une libération excessive de liquidités tout en préservant la stabilité du système bancaire. Il s’agit donc selon la BCC d’un assouplissement maîtrisé de la politique monétaire, et non d’un relâchement total.

Clément Muamba