Ce samedi 1er mars, le ciné club Minzoto, en partenariat avec l’Institut Français de Kinshasa, a proposé au public de voir le film documentaire “Au cimetière de la pellicule” du réalisateur guinéen Thierno Souleymane Diallo. Comme à l’accoutumée, la projection du film a été suivie d’une discussion qui a tourné autour de la thématique de conservation du patrimoine culturel africain, congolais en particulier. Un sujet qui intéresse et dont les participants conviennent que le travail à faire reste énorme.
En effet, le réalisateur guinéen va lui-même à la recherche d’un film, il veut remonter l’histoire du cinéma noir africain francophone dont les premiers pas, avait-il appris, ont été posés par un guinéen dans les années 1950. Le film “Mouramani” du réalisateur Mamadou Touré est considéré comme la première production cinématographique digne de ce nom en Afrique francophone. La grande difficulté est que tout le monde en a entendu parler mais personne ne l’a vu. Ni en Guinée, jeunes et vieux, ni en France où il a été en partie tourné ni dans les kiosques de vente de CD.
Une quête interminable, caméra au point, qui n’a pas abouti si ce n’est quelques articles des médias français des journalistes que Thierno Diallo a rencontré, mais à son grand désespoir, ils n’ont pas vu le film mais ont lu des documents concordants qui disaient que le film Mouramani étaient bien la première production du 7ème en Afrique francophone. Pas même une seule copie en reste. Une sorte de colère est née dans le cinéaste guinéen pour en arriver à faire son “Mouramani” à lui.
“Aujourd'hui, je souhaite rendre hommage à ce cinéaste en partant à la recherche de son film. A travers cette quête, je revisiterai l'histoire du cinéma guinéen en voie de disparition et essaierai de comprendre pourquoi il a du mal à renaître de ses cendres. Rechercher ce film c'est pour moi une manière de faire mon Mouramani”, souligne Thierno Diallo dans sa note.
Le film questionne aussi bien le cinéma que l’art en général. La culture étant la gardienne de l’identité d’un peuple, les œuvres d’art sont les symboles ineffables de cette particularité. Junior Assani, réalisateur congolais, diplômé de l’école du cinéma et de la télévision de Saint-Pétersbourg en Russie, est intervenu pour donner un éclairage dans la discussion. Pour lui “le travail à faire est grand pour conserver les œuvres cinématographiques” même si lui non plus ne s'est pas posé vraiment la question à long terme.
Cependant, Junior Assani a partagé son expérience d’avoir déjà perdu toute une série dans le disque dur après avoir fini tout le travail. “Heureusement que nous avions déjà donné à la chaîne de télévision pour diffusion, on a dû leur demander de nous redonner, heureusement pour nous”, a confié le réalisateur congolais qui dit prendre comme projet à long terme un conservatoire pour ses productions.
La responsabilité de l’Etat a été largement soulevée par les participants avec la création, entre autres, des conservatoire ou des musées pour garder en bonne et due forme la mémoire de toute une génération. Par ailleurs, sous d’autres cieux, des organisations de la société civile telles que des ONG spécialisées font également ce travail de conservation. Ce qui est un chemin à parcourir pour le cinéma congolais entre les conditions de stockage contrôlées, en termes de température et d’humidité.
La numérisation des films est une méthode de conservation aussi efficace mais elle présente des défis techniques et financiers qui nécessitent l’intervention de l’Etat dans la configuration actuelle. La restauration des films endommagés est un processus complexe qui nécessite une expertise spécialisée. Aux Etats-Unis, la National Film Preservation Foundation, ou en Chine, le musée du film chinois, travaillent à la préservation du patrimoine cinématographique.
Les participants prenant la parole ont apprécié également la qualité du film, la thématique abordée, le choix historique, la manière de le faire. Ce qu’un participant, Nathan Muteba, reproche aux cinéastes congolais de ne toujours vouloir faire. “Beaucoup de nos cinéastes n’aiment pas les sujets qui demandent beaucoup de réflexions, je suis cinéaste, je vois ce qui se fait. Plusieurs prennent seulement ce qui frappe aux yeux et mettent sous la caméra”, regrette-t-il.
Lancé en mi 2022, le Ciné-club Minzoto est une initiative visant à promouvoir la culture cinématographique et les arts visuels en RDC. Une fois par mois, il investit divers lieux culturels pour projeter des films, suivis de discussions ouvertes à tous : professionnels du cinéma, cinéphiles, opérateurs culturels et amateurs. Son initiateur, Peter Miyalu, insiste sur l'importance de ces échanges qui permettent aux spectateurs d'apprendre à analyser les films, de se réapproprier certains thèmes et d'encourager de nouvelles créations. Contrairement aux discussions éphémères des festivals, le Ciné-club Minzoto ambitionne d’instaurer un dialogue permanent autour du cinéma congolais et international.
Sans lieu fixe, l’initiative s’appuie sur des espaces existants comme le centre culturel Ntongo Elamu à Bandal, l’Institut Français de Kinshasa ou la plateforme contemporaine à Barumbu. L’expérience s’est déjà étendue hors de Kinshasa, notamment à Kwilungongo, où des projections ont été organisées pour recueillir les impressions des spectateurs. Parmi les films déjà projetés figurent Théâtre urbain de Nelson Makengo, Heart of Africa de Tshoper Kabambi et Mangeur de cuivre. La prochaine soirée de projection est prévue le 29 mars prochain.
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Kuzamba Mbuangu