Invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala mardi 6 octobre, l'ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC) a reconnu que l'institution n'était pas indépendante du pouvoir politique sous son mandat, et a raconté l'opération qui l'a convaincu de laisser flotter le franc congolais.
On a souvent reproché à la BCC de Jean-Claude Masangu Mulongo de financer les déficits de l'État. L'ancien gouverneur ne le conteste pas. « On n'était pas indépendant du pouvoir politique », a-t-il admis, en distinguant plusieurs périodes.
Sous Mzee, la présidence fixait le taux de change
La première est celle de Laurent-Désiré Kabila. Selon lui, le chef de l'État avait « carrément » placé la Banque centrale sous la tutelle de la présidence. C'est elle qui fixait le taux de change. Mzee avait même interdit la détention de dollars américains. « C'était compliqué », résume-t-il.
La BCC plaidait au contraire pour une politique plus libérale : un taux de change flottant, déterminé par le marché et non par le gouvernement, comme le souhaitaient de nombreux opérateurs économiques. « Nous avons pu y arriver, non pas avec Mzee », précise-t-il.
L'opération Gécamines : « Ça m'a fait très, très, très mal »
Le déclic est venu de la Gécamines. La BCC finançait l'entreprise publique et cherchait à y préserver la paix sociale. Or les agents étaient payés au taux officiel, le « fixing », alors que le taux parallèle était 350 % plus élevé.
Pour aider la Gécamines, le gouverneur a promis de racheter ses devises en les payant en francs congolais au taux parallèle. Une promesse qu'il a tenue, en « homme de parole », mais qui a coûté cher. « J'avais vidé le coffre-fort de la Banque centrale à concurrence de 60 % », se souvient-il, sans certitude sur le chiffre exact. « Ça m'a fait très, très, très mal. »
Il en a tiré une leçon : le taux du marché noir était « complètement faux ». Il fallait dévaluer et passer à un régime de change flottant. La BCC a dévalué à un taux inférieur au taux parallèle et, en deux ou trois semaines, ce dernier avait rejoint le taux officiel.
Avec Joseph Kabila, une indépendance « moitié-moitié »
L'arrivée de Joseph Kabila a changé la donne. Après plus d'un mois de débats, un décret-loi a rétabli la libre circulation des devises étrangères aux côtés du franc congolais. « Ça nous donnait une bouffée d'oxygène », a-t-il affirmé. Le régime de change flottant a ensuite été adopté.
Sous le « raïs », la BCC a obtenu une certaine autonomie : elle fixait seule le taux directeur et les réserves obligatoires en francs congolais et en devises. Une indépendance qu'il qualifie de « moitié-moitié ».
Aujourd'hui, une banque « complètement indépendante »
Aujourd'hui, la Banque centrale est, selon lui, « complètement indépendante » : elle ne finance plus le gouvernement, qui doit se financer sur le marché financier local. Un objectif que son équipe n'avait pas atteint, malgré ses efforts. Faute de marché local à l'époque, la BCC finançait directement l'État. « Et ça n'a pas aidé », a-t-il reconnu.