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Maurice Mbikayi, l’artiste congolais qui transforme les déchets électroniques en mémoire et en réflexion sur le monde numérique

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Né en République démocratique du Congo, Maurice Mbikayi développe depuis 2010 une pratique artistique multidisciplinaire à la croisée de la sculpture, de l’installation, de la performance et de la photographie. À travers les déchets électroniques et les technologies mises au rebut, il interroge les transformations de l’identité, du travail, de la mémoire, du pouvoir et de l’environnement à l’ère numérique.

Depuis plus d’une décennie, l’artiste explore les mutations provoquées par l’omniprésence des technologies numériques dans les sociétés contemporaines. Sa démarche s’appuie notamment sur les appareils électroniques arrivés en fin de vie, qu’il transforme en matériaux artistiques.

Téléphones, composants informatiques et autres résidus technologiques deviennent ainsi des supports à travers lesquels Maurice Mbikayi aborde des réalités sociales et économiques liées au monde numérique. Son travail s’intéresse notamment à l’extraction des ressources, aux conditions de travail, aux migrations, à la consommation, aux inégalités et aux transformations de l’environnement.

Pour l’artiste, ces objets ne sont pas de simples déchets. Ils constituent aussi des traces matérielles d’une époque dominée par la technologie. En les intégrant à ses œuvres, il leur attribue une nouvelle fonction et les transforme en objets culturels et en « archives vivantes ».

Cette approche permet de questionner les parcours des matières premières, les systèmes économiques et les rapports de pouvoir liés à la production et à la consommation des technologies. Elle établit également un lien entre le monde numérique et les réalités matérielles qui le rendent possible : extraction minière, circulation des matières premières, travail humain, consommation mondiale et accumulation de déchets électroniques.

Le langage visuel de Maurice Mbikayi s’appuie également sur plusieurs références africaines et contemporaines. Son travail puise notamment dans les systèmes fractals africains ainsi que dans le lukasa, traditionnellement décrit comme un tableau de mémoire utilisé par les Luba.

Ces références nourrissent sa réflexion sur les mécanismes de transmission, de conservation et de construction de la mémoire. La figure du pseudo-cyborg occupe également une place importante dans son univers artistique. À travers cette forme hybride, l’artiste explore les relations entre le corps humain, la technologie et les transformations identitaires liées à l’environnement numérique.

Ses œuvres se situent ainsi à la rencontre des héritages culturels africains, des technologies contemporaines, de la mémoire, de l’environnement et des mutations sociales.

Cette réflexion dépasse le cadre de sa pratique personnelle avec Orphan Matter (Matière Orpheline), dont Maurice Mbikayi est artiste fondateur et cofondateur. La plateforme prolonge ses recherches autour de la matière, de la technologie et des transformations sociales, tout en se présentant comme un espace consacré à la recherche, au dialogue et à la collaboration interdisciplinaire.

À travers cette démarche, l’art devient également un espace de réflexion collective sur les enjeux qui traversent les sociétés contemporaines.

Le travail de Maurice Mbikayi a par ailleurs intégré plusieurs collections institutionnelles et privées dans le monde de l’art. Ses œuvres figurent notamment dans les collections du Smithsonian National Museum of African Art, du Pérez Art Museum Miami, de l’Iziko South African National Gallery et de la Deutsche Bank Art Collection.

Cette présence dans différentes collections accompagne la circulation internationale de son travail, qui associe matériaux technologiques, références africaines et réflexion sur les mutations du monde contemporain.

À travers les matériaux qu’il récupère et les formes qu’il crée, Maurice Mbikayi transforme ainsi les traces de la société numérique en objets de réflexion. Son travail met en lumière les dimensions sociales et environnementales souvent moins visibles derrière les technologies utilisées au quotidien.

Derrière chaque appareil électronique se trouvent en effet des ressources extraites du sol, des travailleurs, des chaînes de production, des consommateurs et, à terme, des déchets.

De la mémoire africaine aux imaginaires du cyborg, de l’extraction des ressources aux déchets électroniques, Maurice Mbikayi construit ainsi une œuvre autour des rapports entre l’humain, la technologie et la matière.

José Mukendi