La situation alimentaire en République Démocratique du Congo (RDC) continue de se dégrader, notamment pour les populations déplacées de retour dans leurs villages. Le Cluster Sécurité Alimentaire en RDC a publié son premier rapport de situation, mettant en lumière l'extrême vulnérabilité des retournés, au nombre de plus de 80 000, qui font face à une absence totale de réserves alimentaires et de moyens de subsistance.
Selon l'évaluation rapide multisectorielle (ERM) menée du 10 au 14 février 2025 dans les aires de santé de Kasizi, Kingarame et Buhumba (territoire de Nyiragongo), 73 % des retournés n'ont aucune réserve alimentaire et 23 % n'en possèdent que pour une à deux semaines.
“L'accès à la nourriture est extrêmement limité pour les familles de retour, qui n'ont ni réserves alimentaires ni moyens d'acheter de la nourriture. Presque toutes les récoltes et les stocks alimentaires ont été pillés par des groupes armés, laissant les rapatriés dans des conditions désastreuses”, indique le rapport de Cluster Sécurité Alimentaire.
En conséquence, 70 % des ménages retournés présentent un score de consommation alimentaire pauvre, et 85 % ont déjà recours à des stratégies de survie extrêmes, telles que sauter des repas ou passer des journées entières sans manger.
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L'acheminement de l'aide humanitaire dans les provinces du Nord et Sud-Kivu est fortement compromis par la fermeture de l'aéroport de Goma, ainsi que par des retards douaniers et des restrictions de visas pour le personnel humanitaire. L'accès par la route à Goma et Bukavu est actuellement impossible en raison des combats qui s'étendent vers le Sud-Kivu, compliquant davantage l'intervention des organisations humanitaires.
D'après l'analyse de l'IPC (Cadre Intégré de Classification de la Sécurité Alimentaire) de 2024, 25,6 millions de personnes étaient déjà en insécurité alimentaire aiguë, dont 3,1 millions en phase d'urgence (Phase 4 de l'IPC). Avec l'aggravation du conflit et l'intensification des déplacements massifs, cette situation ne cesse d'empirer. En janvier 2025, les sites de déplacés autour de Goma accueillaient plus de 700 000 personnes, mais les affrontements dans les territoires de Goma, Nyiragongo et Masisi ont poussé des milliers de familles à fuir plus au sud.
Après la prise de Bukavu trois semaines après l'offensive sur Goma, une nouvelle vague de déplacements a été enregistrée vers Uvira, Tanganyika et le Burundi, qui a déclaré avoir accueilli plus de 42 000 demandeurs d'asile en deux semaines. Ces déplacements demeurent instables, alors que les combats progressent vers Uvira et les hauts plateaux.
De nombreux sites de déplacés ont été démantelés ou détruits, privant les familles de services essentiels. Les infrastructures sanitaires et d'approvisionnement en eau ont été gravement endommagées, compromettant la survie des personnes vulnérables. Une étude menée par Caritas du 3 au 10 février 2025 à Bukavu a révélé que la plupart des ménages déplacés en provenance de Kalehe et Goma ont dû adopter des stratégies de survie extrêmes, tandis que les familles d'accueil voient leurs ressources épuisées par l'afflux de réfugiés.
D'après l'évaluation réalisée entre le 4 et le 7 février 2025, 71 % des personnes déplacées souffrent d'une consommation alimentaire insuffisante, un chiffre en hausse spectaculaire par rapport à décembre 2024 (13 %). Plus de 80 % d'entre elles ont perdu leurs stocks de nourriture et leurs actifs productifs, les condamnant à la mendicité. Pour les enfants, cette situation entraîne un risque accru de protection, car beaucoup errent sans surveillance et ne rentrent pas pendant des jours.
Kuzamba Mbuangu