La dégradation de la situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo préoccupe le mouvement citoyen La Lutte pour le Changement (Lucha). Dans une déclaration publiée ce mercredi 21 octobre 2026 à Lubumbashi, cette organisation dénonce les conséquences des rivalités entre les acteurs politiques congolais et appelle les dirigeants à privilégier la paix, la protection des populations et le respect des principes démocratiques.
Le mouvement citoyen estime que la crise actuelle ne peut être dissociée des conditions dans lesquelles s’est déroulée l’alternance politique de janvier 2019, à la suite des élections du 30 décembre 2018. Lucha critique l’arrangement politique intervenu entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, qu’elle considère comme ayant privilégié les intérêts de pouvoir au détriment de la volonté populaire.
« La démocratie, pour laquelle tant de Congolais avaient risqué leur liberté et leur vie, s’est ainsi retrouvée sacrifiée sur l’autel d’un accord politique qui a privilégié la conquête et la conservation du pouvoir au détriment de la souveraineté populaire », dénonce le mouvement citoyen.
Près de huit ans après cette alternance, la Lucha estime que les promesses démocratiques n’ont pas été pleinement concrétisées. Elle souligne que Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, autrefois partenaires dans l’exercice du pouvoir après avoir été adversaires politiques, se retrouvent désormais dans une confrontation ouverte, susceptible, selon elle, d’accentuer les tensions et de fragiliser davantage la cohésion nationale.
Pour la Lucha, les conséquences de ces rivalités se mesurent avant tout aux souffrances des populations, notamment les pertes en vies humaines, les déplacements de familles et les divisions au sein des communautés.
Joseph Kabila appelé à renoncer à la lutte armée
Le mouvement citoyen condamne fermement l’engagement annoncé de l’ancien président Joseph Kabila à la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire. Il estime que cette orientation risque d’aggraver l’insécurité dans un pays déjà confronté à des conflits armés et d’exposer davantage les civils aux violences.
La Lucha rappelle également que le statut d’ancien chef de l’État ne saurait soustraire Joseph Kabila à l’obligation de répondre de ses actes devant la justice. Elle évoque notamment les violations des droits humains commises durant ses années au pouvoir, dont les victimes attendent toujours, selon elle, que justice leur soit rendue.
« Aucun différend politique, aussi profond soit-il, ne saurait justifier le recours aux armes au détriment de la sécurité et de la vie des Congolais », insiste l’organisation.
Elle exige ainsi que l’ancien président renonce immédiatement à toute entreprise visant à accéder au pouvoir ou à peser sur l’avenir politique du pays par la voie armée. Pour la Lucha, les différends politiques doivent être réglés par des moyens pacifiques et démocratiques.
Tshisekedi interpellé sur ses responsabilités constitutionnelles
Dans sa déclaration, le mouvement interpelle également le président Félix Tshisekedi sur la gestion de la crise sécuritaire et la préservation de l’intégrité territoriale de la RDC.
Lucha estime que le chef de l’État, en sa qualité de premier responsable de la conduite des affaires de l’État et de garant constitutionnel de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire, doit apporter des réponses concrètes aux menaces qui pèsent sur le pays. Elle demande notamment des explications sur les mesures prises pour anticiper les risques sécuritaires, alors que des déclarations publiques auraient fait état d’informations détenues depuis plusieurs mois par les autorités concernant les intentions attribuées à Joseph Kabila.
« La responsabilité du chef de l’État ne saurait se limiter à la dénonciation des menaces. Elle exige des actes concrets pour protéger les populations et préserver l’intégrité du territoire national ».
L’organisation met par ailleurs en garde contre toute initiative de révision constitutionnelle qui viserait à prolonger le maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir. Selon elle, une telle démarche, si elle était imposée au service d’ambitions politiques, pourrait accentuer les fractures politiques et sociales dans un contexte déjà marqué par des tensions et des conflits.
Lucha appelle ainsi les autorités à concentrer leurs efforts sur le rétablissement de la paix, la protection des civils et la sauvegarde de l’unité nationale.
Sept exigences pour une sortie de crise
Face à cette situation, le mouvement citoyen formule sept exigences à l’endroit des acteurs politiques congolais, des parties engagées dans les hostilités, des partenaires internationaux et de la société civile.
La première consiste à obtenir le renoncement immédiat de Joseph Kabila à toute option armée. La deuxième porte sur l’obligation faite à Félix Tshisekedi d’assumer pleinement ses responsabilités constitutionnelles, de rendre compte des mesures prises face aux menaces sécuritaires et de renoncer à toute initiative de modification de la Constitution visant à prolonger son mandat.
La troisième exigence concerne le respect immédiat et effectif du cessez-le-feu par toutes les parties engagées dans les hostilités. Lucha demande l’application des mécanismes de vérification et de suivi prévus dans le cadre des processus de paix, notamment ceux de Doha et de Washington, afin de prévenir la reprise des combats et de documenter les éventuelles violations.
La quatrième porte sur l’ouverture urgente de couloirs humanitaires sécurisés dans les zones affectées par les conflits dans l’Est du pays. Le mouvement insiste sur la nécessité de permettre l’acheminement des vivres, des médicaments et d’autres secours essentiels, dans un contexte humanitaire aggravé, selon lui, par les risques sanitaires, notamment l’épidémie d’Ebola.
La cinquième exigence concerne l’organisation d’un dialogue national véritablement inclusif, sur la base des démarches entreprises par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), notamment leur initiative de Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble.
La Lucha souhaite que ce dialogue bénéficie de l’appui de l’Union africaine et des Nations unies, associe les forces politiques, les mouvements citoyens et les autres composantes de la société congolaise, et débouche sur des engagements précis assortis d’un mécanisme indépendant de suivi. Ce dialogue, souligne-t-elle, « ne saurait constituer un nouveau cadre de partage du pouvoir au mépris de la souveraineté populaire ».
La sixième exigence s’adresse aux organisations régionales et internationales, notamment l’Union africaine, les Nations unies, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). La Lucha les appelle à exercer des pressions diplomatiques concrètes sur les parties qui entravent les efforts de paix, à soutenir les mécanismes de cessez-le-feu et à renforcer l’assistance humanitaire. Elle préconise également des mesures ciblées contre les personnes dont la responsabilité dans de graves violations des droits humains ou dans l’obstruction aux efforts de paix est établie.
Enfin, le mouvement appelle les Congolaises et les Congolais, au pays comme dans la diaspora, à rester mobilisés pour défendre l’unité nationale, l’intégrité territoriale et la souveraineté populaire. Il invite particulièrement les organisations de la société civile et les mouvements citoyens à préserver leur indépendance, à rejeter toute instrumentalisation politique et à poursuivre leur engagement non violent.
José Mukendi