Un atelier de formation consacré au respect du droit international humanitaire (DIH), à la prévention des violences sexuelles liées aux conflits (VSLC) ainsi qu’aux mesures de prévention et de riposte face à la maladie à virus Ebola (MVE) s’est ouvert mardi 8 septembre 2026 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Durant trois jours, des cadres et des éléments de la Réserve armée de la Défense (RAD), notamment des officiers, des sous-officiers et des hommes de troupe déployés ou en cours de déploiement dans les zones opérationnelles, sont appelés à renforcer leurs connaissances et leurs capacités dans ces trois domaines.
L’initiative intervient dans un contexte marqué par la persistance de défis sécuritaires et humanitaires dans l’Est de la République démocratique du Congo, mais également par la nécessité de mieux préparer les forces appelées à intervenir dans des environnements où les risques de violations des droits humains et de propagation de maladies infectieuses sont élevés. À l’ouverture des travaux, le directeur du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) en RDC, Dr Patrice Vahard, a insisté sur le fait que la performance d’une force de défense ne saurait être évaluée uniquement à l’aune de ses capacités militaires.
Le directeur du BCNUDH en République démocratique du Congo, Dr Patrice Vahard, a salué l’engagement constant du Gouvernement de la République démocratique du Congo et des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ainsi que les efforts collectivement menés avec les partenaires techniques et financiers qui accompagnent ces initiatives visant à renforcer la protection des civils, la promotion des droits humains et la consolidation de la paix dans le pays.
« La RDC continue à faire face à des défis sécuritaires et humanitaires qui sont très complexes, particulièrement dans l’Est de ce pays. Mais dans un tel contexte, la RAD constitue un maillon assez important de l’effort national de sécurisation et de protection de toutes les communautés. Toutefois, la force d’une institution de défense ne se mesure pas uniquement à ses capacités opérationnelles. Elle se mesure également à son professionnalisme, à sa discipline, à son intégrité et à sa capacité à agir en toutes circonstances dans le respect de la dignité humaine, du droit international humanitaire et des normes internationales », a déclaré le directeur du BCNUDH en RDC, Dr Patrice Vahard.
Pour le numéro un du BCNUDH, les violences sexuelles liées aux conflits demeurent parmi les violations les plus graves des droits humains et du droit international humanitaire. À l’en croire, cela se justifie par le fait qu’elles causent des souffrances profondes aux victimes, détruisent des familles, fragilisent le tissu social et compromettent durablement tous les efforts consentis par les autorités en faveur de la paix et de la cohésion sociale.
« La prévention et l’élimination de ces violences constituent donc une priorité pour le Gouvernement, que le BCNUDH accompagne, et pour l’ensemble du système des Nations Unies. Cet engagement se traduit par des actions concrètes. Ainsi, le BCNUDH, en collaboration avec le ministère du Genre, Famille et Enfant et l’équipe du système des Nations Unies, a lancé depuis le mois de mars de cette année une campagne nationale de lutte contre l’esclavage sexuel. Cette initiative illustre notre volonté commune, derrière les autorités de ce pays, de renforcer la prévention, la sensibilisation et la protection des populations contre toutes les formes de violences sexuelles liées au conflit », a-t-il fait savoir dans son discours.
Poursuivant son intervention, Dr Patrice Vahard a rappelé que cet atelier revêt une importance particulière pour son institution. Selon lui, la formation des acteurs de la RAD aux principes du droit international humanitaire, aux mécanismes de prévention des violences sexuelles et aux obligations découlant du code de conduite militaire constitue un investissement dans la professionnalisation de la force de réserve.
« En vous formant sur les principes du droit international humanitaire, sur les mécanismes de prévention des violences sexuelles, sur les obligations qui découlent du code de conduite militaire, nous investissons ensemble dans une force de réserve qui deviendra alors plus professionnelle, plus responsable et davantage tournée vers la protection des populations civiles », a-t-il souligné dans son discours.
Cette formation revêt également, selon lui, une dimension sanitaire essentielle, notamment au regard des risques liés à la maladie à virus Ebola.
« Cette formation revêt à nos yeux également une dimension sanitaire essentielle. L’expérience de la RDC a démontré, en effet, que les crises sécuritaires et les urgences de santé publique sont souvent étroitement liées. L’exemple de la maladie à virus Ebola rappelle combien la connaissance des mesures de prévention, des protocoles d’alerte et de communication communautaire est tellement indispensable pour protéger à la fois les forces de défense et les populations auprès desquelles elles interviennent. Votre rôle sera donc très déterminant, non seulement dans l’application des bonnes pratiques sanitaires, mais aussi et surtout dans le renforcement de la confiance entre les communautés, les autorités et les acteurs qui sont impliqués dans la réponse », a déclaré le directeur du BCNUDH.
Et de poursuivre :
« Au cours de ces trois prochains jours, j’espère que nous allons ensemble participer activement aux échanges, au partage d’expériences de terrain et vous approprier les connaissances qui seront mises à votre disposition par de nombreux acteurs et facilitateurs. Et au terme de cette session, vous ne serez pas seulement les bénéficiaires d’une formation de plus, mais vous deviendrez des multiplicateurs de ces connaissances-là, des vecteurs de changement et, j’allais dire, des ambassadeurs des principes du droit international humanitaire, des droits humains, de la prévention et de la protection des civils au sein des communautés respectives. »
De son côté, le colonel Malumba Soupir, directeur des opérations civilo-militaires au sein de la Réserve armée de la Défense (RAD) et représentant du lieutenant-général Padiri Bulenda David, coordonnateur national de la Réserve armée de la Défense en République démocratique du Congo, a rappelé que la présence conjointe dans cette salle des autorités de la République, des leaders du monde humanitaire, des activistes des droits humains et des organisations de la société civile témoigne de la volonté commune de bâtir une synergie d’action face aux crises interconnectées qui affectent la RDC.
La RAD, a-t-il rappelé, en tant que structure de défense et de sécurité, est pleinement consciente que l’efficacité sur le terrain ne peut se concevoir sans un partenariat franc, transparent et permanent avec les acteurs humanitaires et civils.
« Ce séminaire-atelier constitue une plateforme essentielle pour harmoniser nos approches autour de trois exigences absolues, à savoir : le strict respect du droit international humanitaire, qui est le socle de notre légitimité républicaine lors des opérations. Pour les forces armées, le réserviste, comme tout autre acteur sur le terrain de conflit, est soumis à l’application rigoureuse des règles du droit international humanitaire. C’est un impératif non négociable pour protéger la population civile et garantir un accès humanitaire sécurisé », a affirmé le représentant du lieutenant-général Padiri Bulenda David.
Par ailleurs, le représentant de la RAD a réaffirmé l’engagement du commandement militaire contre les violences sexuelles. Selon lui, la prévention, la responsabilisation des auteurs et la protection des victimes constituent des éléments essentiels de la démarche présentée lors de ces assises.
« La tolérance zéro contre les violences sexuelles, un fléau majeur des droits humains. Le commandement militaire de la République démocratique du Congo est fermement engagé aux côtés du Gouvernement, de la société civile et des organisations internationales pour prévenir ces actes, réprimer sévèrement les auteurs à travers la justice militaire et assurer un environnement sécurisé pour toutes les communautés » a-t-il fait savoir dans son intervention.
S’agissant de la coordination sanitaire face à la maladie à virus Ebola, il a affirmé que les épidémies ne connaissent pas de frontières institutionnelles. Il a rappelé que la prévention et la riposte exigent une collaboration étroite entre la Réserve armée de la Défense, le ministère de la Santé ainsi que les organisations internationales de défense des droits humains et les organisations humanitaires, afin de mettre en place un cordon sanitaire efficace, de former des relais et de protéger la vie des citoyens.
« Ce séminaire-atelier n’est pas un cadre d’échange théorique. C’est un laboratoire de solutions partagées. Vos expériences mutuelles doivent permettre de briser les barrières, de renforcer la confiance et de définir des protocoles opérationnels clairs pour une action conjointe plus efficace sur le terrain. Je salue le dévouement des organisations humanitaires et des organisations de défense des droits humains qui œuvrent parfois au péril de leur vie, ainsi que la détermination des officiels congolais ici présents et ailleurs. C’est avec l’assurance que ces travaux jetteront les bases d’une collaboration renforcée pour la dignité et la sécurité en République démocratique du Congo », a affirmé le représentant de la RAD.
À l’issue des travaux, les acteurs de la RAD devront maîtriser les notions fondamentales du droit international humanitaire relatives à l’interdiction des violences sexuelles. Le code de conduite et les sanctions applicables en cas d’abus sexuels devront également être clairement assimilés par les participants. Les réservistes devront, par ailleurs, connaître les mesures barrières, les voies de transmission et les conduites à tenir en cas de suspicion de maladie à virus Ebola. La formation doit également permettre l’élaboration, par les participants, d’un plan d’action de sensibilisation communautaire adapté à leurs zones de déploiement respectives.
Selon le programme des organisateurs, la formation est hautement participative et pratique. Elle alterne des sessions plénières et des exposés théoriques portant notamment sur les lois et les protocoles sanitaires, des études de cas, des mises en situation et des travaux de groupe, ainsi que des séances de projection vidéo et des discussions autour des codes de conduite. Durant ces trois jours, deux principales thématiques sont abordées : le module 1 consacré aux violences sexuelles liées aux conflits (VSLC) et le module 2 portant sur la prévention et la riposte contre la maladie à virus Ebola (MVE)
Clément MUAMBA