À Popokabaka, dans la province du Kwango, la riposte contre le choléra s’est intensifiée depuis le déploiement de Médecins sans frontières (MSF). Entre le 1er juin et le 23 août 2026, 756 cas confirmés et 28 décès ont été rapportés dans cette zone de santé. Si la maladie continue de circuler, les acteurs de la riposte font état d’une nette amélioration de la prise en charge des patients dans les structures soutenues par l’organisation.
Déclarée le 1er juin, l’épidémie continue de mettre à l’épreuve le système sanitaire local. Les premiers cas ont progressivement conduit au renforcement du dispositif de prise en charge, alors que les capacités des structures de santé demeuraient limitées.
Depuis le 17 juillet, MSF accompagne les autorités sanitaires locales dans la réponse à l’épidémie. Son intervention porte notamment sur la formation du personnel médical, la prise en charge des patients, la surveillance sanitaire, la sensibilisation des communautés ainsi que les activités liées à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène.
Cette mobilisation intervient alors que les autorités sanitaires cherchent à contenir la transmission du choléra et surtout à réduire les décès liés aux arrivées tardives des patients dans les structures de soins.
Une réponse renforcée face à une première épidémie de choléra
Pour les responsables sanitaires locaux, l’épidémie actuelle constitue une situation inédite pour la zone de santé de Popokabaka. Face à la multiplication des cas, les structures sanitaires ont d’abord dû composer avec des capacités limitées.
Le gouvernement provincial avait déjà acheminé un lot de médicaments pour soutenir la prise en charge des patients. Mais au-delà de la disponibilité des intrants, le manque de formation et l’insuffisance des capacités techniques du personnel constituaient également des défis dans la réponse à l’épidémie.
L’arrivée de MSF a permis de renforcer ce dispositif, notamment à travers la formation des prestataires, l’appui en médicaments et le suivi des activités de prise en charge.
« On avait l’épidémie, et MSF est venu nous soutenir déjà avec des formations, l’appui en médicaments et le suivi. Et nous avons sensiblement changé la donne. Nous étions dans des tâtonnements au début et, après, nous avons quand même maîtrisé la situation. Maintenant, les choses vont dans la bonne direction », témoigne le docteur Héritier Mangata, médecin directeur intérimaire de l’hôpital général de référence de Popokabaka.
Pour lui, l’efficacité de la réponse ne repose pas uniquement sur la disponibilité des médicaments. Le renforcement des compétences du personnel constitue un autre maillon essentiel de la prise en charge.
« On peut bien avoir les médicaments, mais si on n’est pas outillé ou qu’on n’a pas la capacité, on ne va pas bien prendre en charge », souligne-t-il.
30 lits et plus de 250 patients pris en charge
Depuis le début de son intervention médicale à Popokabaka, MSF a renforcé les capacités de prise en charge dans les structures sanitaires de la zone. L’organisation a installé 30 lits dédiés aux patients atteints de choléra et pris en charge 256 malades, dont 32 présentant une déshydratation sévère.
Sur le volet de la prévention, les équipes ont mené 32 séances de promotion de la santé, touchant plus de 3 200 personnes. Des actions ont également été conduites dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, avec l’installation de trois blocs sanitaires et l’acheminement de plus de 150 m³ d’eau par camion.
L’organisation a par ailleurs fourni des médicaments et du matériel médical nécessaires à la prise en charge, notamment du lactate de Ringer, de la doxycycline, de l’azithromycine ainsi que du matériel de perfusion.
Au-delà du traitement des patients, cet appui vise à renforcer les capacités des structures sanitaires et à réduire les risques de transmission du choléra au sein des communautés.
En collaboration avec les équipes locales de santé, MSF fait état d’une amélioration des résultats de la prise en charge, avec un taux de survie proche de 97 % parmi les patients traités dans le cadre de son intervention.
La prise en charge tardive, un facteur de mortalité
Au début de l’épidémie, plusieurs patients tardaient à se rendre dans les structures sanitaires. Les premiers symptômes, notamment les diarrhées, étaient parfois pris en charge au sein des familles ou directement dans la communauté, retardant ainsi l’accès aux soins appropriés.
Selon le docteur Héritier Mangata, cette situation a entraîné plusieurs décès en dehors des structures sanitaires.
« Au début de l’épidémie, il y avait peut-être un problème d’information. Vous avez le cas de diarrhée, on le gère en famille, dans la communauté. Vous verrez même que, dans la répartition des décès, beaucoup de cas de décès sont enregistrés au niveau de la communauté », explique-t-il.
Face à cette situation, les équipes sanitaires, avec l’appui de MSF, ont renforcé les activités de sensibilisation afin d’informer la population sur les signes du choléra et l’importance de consulter rapidement. « Quand MSF a formé, on a dit à la communauté qu’en cas de tel ou tel autre signe, il faut vite aller dans les structures sanitaires pour des soins appropriés », précise le médecin.
Cette campagne de sensibilisation a également favorisé une meilleure orientation des patients vers les structures de prise en charge. L’augmentation du nombre de cas rapportés peut ainsi, en partie, refléter une amélioration de la détection et de l’orientation des malades, plutôt qu’une aggravation automatique de la situation.
L’enjeu demeure de réduire les retards dans le recours aux soins afin d’éviter que les patients n’arrivent dans les structures sanitaires à un stade avancé de déshydratation, où le risque de complications et de décès est plus élevé.
L’eau, l’assainissement et l’hygiène au cœur de la riposte
La lutte contre le choléra ne repose pas uniquement sur la prise en charge des patients. Dans une zone où les conditions d’accès à l’eau et à l’assainissement peuvent favoriser la transmission de la maladie, les mesures d’hygiène constituent également un volet essentiel de la riposte.
À Popokabaka, les acteurs sanitaires identifient notamment la contamination de l’eau et les mauvaises conditions d’hygiène parmi les facteurs susceptibles de favoriser la propagation du choléra.
Dans ce contexte, l’intervention de MSF comprend plusieurs actions liées à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. L’organisation assure notamment l’acheminement d’eau, l’installation de blocs sanitaires et la sensibilisation des communautés aux bonnes pratiques d’hygiène.
Ces mesures sont également appliquées au sein du centre de traitement du choléra. Dès l’entrée, les personnes accédant à la structure sont tenues de passer par un point de lavage des mains avec de l’eau chlorée.
L’organisation du centre repose par ailleurs sur une séparation des différents espaces de prise en charge, afin de limiter les risques de contamination et de mieux contrôler les flux entre les zones exposées et celles présentant un risque moindre.
Au-delà des soins, cette approche vise ainsi à agir sur les conditions qui favorisent la transmission du choléra et à réduire le risque de nouvelles contaminations au sein de la communauté.
Des conditions de travail améliorées pour le personnel
Pour les infirmiers engagés dans la prise en charge des patients, l’arrivée de MSF a également contribué à améliorer les conditions de travail au sein du centre.
Luyindu Esther est superviseure des infirmières. Dans son intervention, elle souligne notamment l’importance de la formation dispensée par l’organisation.
« MSF nous a très bien formés. Avant, nous ne traitions les cas que de manière approximative. Mais grâce à cette formation, nous avons acquis les compétences nécessaires pour mieux maîtriser la situation », témoigne-t-elle.
Elle évoque également la disponibilité des médicaments et du matériel médical comme un changement important dans la prise en charge.
« Ils ont mis à notre disposition les médicaments ainsi que tout ce que vous voyez ici : les lits, le matériel de désinfection et la literie pour les malades », explique-t-elle.
Selon elle, l’amélioration des conditions concerne aussi directement les patients.
« Ils prennent bien soin des malades. Ils mangent correctement, peuvent se laver et ont accès à de l’eau traitée, contrairement à la situation précédente. Depuis l’arrivée de MSF, les patients sont beaucoup plus à l’aise. Même nous, le personnel soignant, sommes mieux protégés qu’auparavant », poursuit-elle.
Le défi à Popokabaka consiste désormais à maintenir les acquis de la riposte et à réduire davantage les retards dans le recours aux soins. Si la prise en charge dans les structures soutenues a permis de limiter les décès, la persistance de nouveaux cas montre que l’épidémie n’est pas encore totalement maîtrisée et que les efforts de surveillance, de sensibilisation et de prévention doivent se poursuivre.
James Mutuba