La fatigue qui s’installe, les vertiges que l’on attribue au manque de sommeil ou encore l’essoufflement à l’effort sont parfois considérés comme des désagréments ordinaires. Pourtant, ils peuvent être les manifestations d’une anémie. En RDC, 51 % des femmes en âge de procréer sont concernées, selon les données présentées par le Programme national de nutrition (PRONANUT) en août à Kinshasa.
Cette situation est particulièrement préoccupante pendant la grossesse, lorsque les besoins en fer et en autres nutriments augmentent.
Mais pourquoi les femmes sont-elles autant exposées ? Quels sont les risques pour la mère et l’enfant ? Et surtout, comment prévenir et prendre en charge cette affection ?
Pour répondre à ces questions, le Desk Femme de ACTUALITE.CD s’est entretenu avec Rose Tsumbe, gynécologue-obstétricienne.
Docteur, 51 % des femmes en âge de procréer sont touchées par l’anémie en RDC. Comment expliquez-vous une prévalence aussi élevée ?
Rose Tsumbe : Il faut d’abord comprendre que l’anémie n’est pas une maladie unique. Elle traduit une diminution de l’hémoglobine dans le sang et peut avoir plusieurs causes. Chez les femmes en âge de procréer, les pertes de sang liées aux menstruations peuvent contribuer à l’épuisement des réserves en fer, surtout lorsqu’elles sont abondantes.
À cela s’ajoutent une alimentation qui ne couvre pas toujours les besoins en fer, certaines infections ou maladies, les grossesses rapprochées et les pertes de sang liées à des problèmes gynécologiques ou obstétricaux. La question est donc plus large que celle de la seule alimentation : lorsqu’une femme est anémiée, il faut rechercher pourquoi.
Pourquoi la grossesse constitue-t-elle une période particulièrement à risque ?
Rose Tsumbe : Pendant la grossesse, l’organisme de la femme doit répondre à ses propres besoins mais aussi à ceux du fœtus. Le volume sanguin augmente et les besoins en fer deviennent plus importants. Une femme qui commence sa grossesse avec des réserves en fer faibles peut donc développer plus facilement une anémie.
C’est précisément pour cette raison que les consultations prénatales sont importantes. Elles ne servent pas uniquement à suivre la croissance du bébé. Elles permettent également de surveiller l’état de santé de la mère, de dépister certaines carences et d’intervenir suffisamment tôt.
Quels risques une anémie mal prise en charge peut-elle entraîner pour la mère et le bébé ?
Rose Tsumbe : Tout dépend de la cause et de la sévérité de l’anémie. Une forme importante peut entraîner une grande fatigue, une diminution des capacités physiques et une moins bonne tolérance aux pertes de sang. Or, l’accouchement s’accompagne naturellement d’une certaine perte sanguine. Une femme déjà sévèrement anémiée peut donc être beaucoup plus vulnérable face à une hémorragie.
Pour le bébé, une anémie maternelle importante peut également être associée à des complications de la grossesse. Il ne faut donc pas attendre qu’une femme soit très faible pour agir. Plus l’anémie est identifiée tôt, plus il est possible d’en rechercher la cause et de la traiter correctement.
Beaucoup de femmes considèrent la fatigue pendant la grossesse comme normale. Comment distinguer une fatigue ordinaire d’un signe d’anémie ?
Rose Tsumbe : C’est justement l’un des pièges. La fatigue peut être normale pendant une grossesse, mais elle ne permet pas à elle seule de dire qu’une femme est anémiée. Une fatigue inhabituelle ou persistante, associée par exemple à des vertiges, un essoufflement ou une pâleur, doit inciter à consulter.
Mais il ne faut surtout pas se diagnostiquer soi-même. Seul un examen médical, complété si nécessaire par une analyse de sang, permet de confirmer l’anémie et d’en rechercher la cause. Prendre du fer sans savoir pourquoi on est anémiée n’est pas toujours la bonne réponse.
Concrètement, que peuvent faire les femmes pour réduire leur risque d’anémie ?
Rose Tsumbe : La prévention commence avant même la grossesse. Une alimentation diversifiée, le dépistage et la prise en charge des maladies ou des pertes de sang anormales sont importants. Pendant la grossesse, il faut commencer le suivi prénatal suffisamment tôt et respecter les prescriptions du personnel de santé, notamment en matière de supplémentation.
Il faut aussi retenir une chose : les comprimés de fer ou les micronutriments ne remplacent pas l’alimentation. Ils permettent de répondre à des besoins spécifiques, particulièrement élevés pendant la grossesse. L’idéal est donc de combiner une alimentation adaptée, un suivi médical régulier et une supplémentation lorsque celle-ci est recommandée.
Pour la gynéco-obstétricienne, ce type de situation montre pourquoi les femmes doivent éviter de banaliser certains symptômes et surtout ne pas attendre une aggravation avant de consulter.
Avec une prévalence de 51 % chez les femmes en âge de procréer, l’anémie constitue ainsi un enjeu qui dépasse la seule période de grossesse et appelle à renforcer le dépistage, la prévention nutritionnelle et l’accès au suivi médical.