En République démocratique du Congo, la rentrée scolaire 2026-2027 est effective depuis mardi 1er septembre 2026 sur l’ensemble du territoire national. Alors que le gouvernement travaille à la consolidation de la gratuité de l’enseignement primaire dans les établissements publics, conformément à l’article 43 de la Constitution, après avoir fait revenir plus de 4 millions d’élèves dans le circuit scolaire depuis 2019, selon les chiffres du ministère de tutelle, Delly Sesanga, l’ancien député national, monte au créneau pour dénoncer la décision des dirigeants de l’AFC/M23 imposant le paiement de frais scolaires aux enfants du primaire dans les zones sous leur contrôle dans l’Est de la RDC.
Dans sa réaction intitulée « La guerre ne doit jamais entrer dans la salle de classe », le président du parti politique d’opposition ENVOL rappelle que la gratuité de l’enseignement primaire n’est ni un privilège ni une faveur. Selon lui, malgré les critiques formulées à l’endroit de cette mesure et de sa mise en œuvre, elle constitue un acquis social qu’il faudra préserver en RDC.
« La décision d’imposer des frais scolaires aux enfants du primaire dans les zones du Nord-Kivu sous contrôle de l’AFC/M23 est inacceptable. La gratuité de l’enseignement primaire public n’est ni une faveur du Gouvernement ni un privilège que l’on peut accorder ou retirer selon celui qui contrôle un territoire. C’est un droit garanti à chaque enfant congolais par l’article 43 de la Constitution. Quelles que soient les critiques que l’on peut formuler sur les conditions dans lesquelles la gratuité a été mise en œuvre, elle constitue désormais un acquis social qui doit être préservé et transmis aux générations suivantes. Aucun enfant congolais ne peut être privé de ce droit en raison de l’endroit où il vit ou de l’autorité qui contrôle son territoire », a dénoncé Delly Sesanga.
Pour ce membre de la coalition C64, le principe d’égalité entre les enfants congolais doit être préservé. Il estime que leur accès à l’école ne peut pas être déterminé par la situation sécuritaire ou politique de leur lieu de résidence. Selon lui, demander aujourd’hui aux familles de financer la scolarité de leurs enfants revient à alourdir davantage les souffrances des populations.
« L’égalité entre les enfants congolais ne s’arrête pas aux lignes de front. Les populations de l’Est ont déjà payé un tribut insupportable à la guerre : morts, déplacements, destruction des activités économiques, appauvrissement des familles et désorganisation des services essentiels. On ne peut pas leur imposer maintenant de payer pour que leurs enfants puissent aller à l’école », a fustigé Delly Sesanga.
Selon lui, le fait que les enseignants continuent d’être payés par l’État congolais rend d’autant plus contestable l’imposition de frais scolaires aux parents.
« Faire supporter aux parents le financement de l’enseignement primaire, alors que les enseignants concernés continuent d’être rémunérés par l’État, revient à faire payer une nouvelle fois la guerre à ceux qui en sont déjà les premières victimes ».
Face à cette situation, Delly Sesanga appelle au retrait immédiat des frais imposés aux familles et demande au gouvernement de prendre des mesures concrètes afin de garantir l’effectivité de la gratuité de l’enseignement primaire public dans ces zones.
« J’appelle au retrait immédiat de ces frais. Je demande également au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires, avec les partenaires de l’éducation, pour garantir effectivement la gratuité et empêcher qu’un seul enfant soit exclu de l’école faute d’argent. Nos différends politiques et la guerre ne doivent jamais prendre l’éducation de nos enfants en otage. L’école doit rester ouverte et gratuite pour tous les enfants du primaire public partout en République démocratique du Congo », a lancé M. Sesanga.
Consolider les acquis de la gratuité de l’enseignement de base, qui a permis depuis sa mise en œuvre en 2019 à des millions d’enfants de reprendre le chemin de l’école, fait partie des objectifs assignés par le gouvernement au ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, conformément aux dispositions de l’article 43 de la Constitution.
Cette décision avait déjà été remise en cause pour la première fois au cours de l’année scolaire 2025-2026 dans les territoires sous contrôle de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Dans un arrêté datant du 30 août 2025, le gouverneur du Nord-Kivu proche de l’AFC/M23 avait décrété le paiement obligatoire de frais scolaires allant jusqu’à 30 000 francs congolais par élève et par trimestre. Une mesure qualifiée d’« illégale » par Kinshasa, qui estimait qu’elle risquait d’asphyxier davantage les parents et les élèves dans un contexte sécuritaire et économique déjà difficile.
C’est dans ce cadre que le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté avait mis en garde contre la perception de frais scolaires dans cette partie du pays. Dans un communiqué rendu public mercredi 3 septembre 2025, le ministère avait rappelé que la gratuité de l’enseignement primaire public est un principe constitutionnel intangible et non négociable. La réaction de Delly Sesanga s’inscrit ainsi dans la même logique que la position déjà exprimée par le gouvernement de la République démocratique du Congo, qui avait dénoncé cette mesure dès l’année scolaire précédente.
Clément MUAMBA