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Est de la RDC: doublement frappé par Ebola et les conflits, le CICR reprend ses distributions de vivres et de semences au profit de plus de 80 000 personnes 

Opération de réunification familiale organisée par le CICR

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) annonce avoir repris ses opérations de distribution de vivres et de semences dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), après une interruption de plusieurs semaines liée à l’épidémie d’Ebola qui sévit dans cette partie du pays depuis la mi-mai de l’année en cours. Entre la mi-juillet et la fin du mois de juillet 2026, plus de 80 000 personnes dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont bénéficié de cette assistance.

Dans un communiqué publié jeudi 13 août 2026, le CICR indique avoir travaillé en étroite collaboration avec les équipes locales de la Croix-Rouge afin de poursuivre les distributions tout en respectant les mesures de prévention contre Ebola. Selon le document, le nombre de personnes invitées chaque jour a été réduit de moitié afin de maintenir une distanciation physique adéquate. Des messages de santé publique ont également été diffusés en coopération avec les autorités sanitaires locales, tandis que toute personne recevant de l’aide devait se laver les mains et se faire prendre la température avant d’entrer sur le lieu de distribution.

« La mise en œuvre des programmes humanitaires dans l’est de la RDC est actuellement difficile en raison de l’épidémie d’Ebola. Notre priorité est de trouver un équilibre : nous devons poursuivre les activités vitales et respecter les mesures sanitaires afin de pouvoir apporter une aide essentielle aux familles qui ont déjà beaucoup souffert », explique Abdoule Karim Diomande, chef des programmes du CICR en RDC.

Quelque 80 000 personnes, dont plus de 13 300 personnes déplacées, rapatriées et familles d’accueil, ont reçu différents types d’assistance en fonction de leur statut et de leur situation. Dans l’Ituri, révèle le document, 4 350 familles ont bénéficié d’une aide, tandis que dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ce nombre s’élevait respectivement à 3 724 et 5 265 familles.

Cette aide agricole comprenait des semences de cultures vivrières telles que le maïs, les haricots et les arachides, ainsi que des boutures de manioc. Les bénéficiaires ont également reçu des semences de légumes, notamment de l’amarante, du chou et de l’aubergine, ainsi que du matériel agricole et des denrées alimentaires. Des articles ménagers de première nécessité, notamment des couvertures et des ustensiles de cuisine, leur ont également été distribués.

« Cette aide permettra à des milliers de familles de subvenir à leurs besoins immédiats, de relancer leur production agricole et de reconstruire leurs moyens de subsistance », a déclaré Abdoule Karim Diomande.

Au-delà de la violence, un choix difficile entre Ebola et la faim 

Les conflits armés et autres violences dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont entraîné des déplacements répétés de populations et aggravé l’insécurité alimentaire. De nombreuses familles ont tenté de réduire les risques auxquels elles sont exposées en abandonnant leurs champs les plus reculés au profit d’une agriculture de subsistance à proximité de leurs habitations.

Cette situation a réduit la superficie totale cultivée et entraîné une baisse de la production agricole, limitant ainsi la disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés.

Selon le Cadre intégré de classification des phases de la sécurité alimentaire (IPC), entre janvier et juin 2026, plus de 8,6 millions de personnes dans ces trois provinces étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë.

« Avant la guerre, nous mangions au moins trois fois par jour. Depuis notre retour, nous devons nous contenter d’un seul repas par jour. Tout ce que nous avons laissé dans nos champs a été mangé par ceux qui sont revenus avant nous », témoigne Bayavuge Uwimana, veuve et mère de dix enfants, récemment rentrée au Nord-Kivu avec sa famille.

En Ituri, épicentre de l’épidémie d’Ebola, la situation a également été aggravée par les restrictions du commerce transfrontalier mises en place dans le cadre de la lutte contre le virus.

« Il est vrai qu’Ebola tue, mais comme le dit l’adage, on ne peut raisonner avec quelqu’un qui meurt de faim. En collaboration avec le CICR, nous avons mis en place des procédures pour assurer la distribution tout en respectant les mesures de prévention, et ce soutien permettra à chacun de continuer à les appliquer », explique John Kabarole, chef d’une chefferie d’Ituri sélectionnée pour recevoir l’aide.

Il est essentiel que la population puisse, autant que possible, accéder librement à ses champs, aux points d’eau, aux marchés et aux autres ressources de base afin d’éviter une aggravation de l’insécurité alimentaire.

« Suspendre les activités d’assistance pendant une période prolongée pourrait accroître les risques de faim et de malnutrition pour les populations et nuire à leurs moyens de subsistance. Il est primordial que toutes les parties au conflit prennent toutes les mesures possibles pour limiter l’impact des opérations militaires sur les populations civiles, notamment pour prévenir les déplacements forcés, et qu’elles facilitent également l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire aux personnes touchées », déclare Abdoule Karim Diomande.

Cette reprise de l’assistance humanitaire intervient dans un contexte particulièrement difficile dans l’est de la République démocratique du Congo, marqué à la fois par la persistance des violences armées, les déplacements de populations et l’épidémie d’Ebola. Dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’insécurité continue de perturber l’accès des populations aux terres agricoles, aux marchés et aux autres moyens essentiels de subsistance.

La multiplication des déplacements contraints a également fragilisé les moyens de subsistance de nombreuses familles, dont une partie dépend désormais de l’aide humanitaire pour couvrir ses besoins alimentaires immédiats. À cette situation s’ajoutent les mesures sanitaires prises pour contenir la propagation d’Ebola, qui peuvent compliquer davantage les mouvements de personnes et l’accès aux activités économiques.

Dans ce contexte, les organisations humanitaires sont confrontées au défi de maintenir leurs opérations tout en respectant les mesures de prévention sanitaire. Cette situation illustre plus largement la vulnérabilité des populations de l’est de la RDC, confrontées simultanément aux conséquences des conflits, aux déplacements et aux crises sanitaires.

Clément MUAMBA