Le débat sur l’utilisation des ressources issues du premier Eurobond de la République démocratique du Congo s’est invité, jeudi 13 août, dans le Space coanimé par ACTUALITE.CD et DESKECO.COM. Interpellé sur les critiques concernant le coût de portage d’une partie des 1,25 milliard de dollars levés par la RDC, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, a choisi de replacer la question dans une perspective plus large : celle de la soutenabilité de la dette et du rendement économique attendu des investissements financés par l’emprunt.
La question posée au gouverneur faisait notamment référence à une récente déclaration du député national Flory Mapamboli. Selon cette analyse, si seuls 650 millions de dollars de l’Eurobond doivent être utilisés en 2026, les 600 millions restants pourraient demeurer disponibles sans être immédiatement affectés à des projets, tout en générant des charges financières.
La RDC a réalisé, le 9 avril 2026, sa première émission obligataire internationale, levant 1,25 milliard de dollars. L’opération était composée d’une tranche de 600 millions de dollars à 8,75 % et d’une seconde de 650 millions de dollars à 9,50 %. Les ressources sont notamment destinées au financement de projets d’infrastructures et d’énergie.
Face à la question sur l’utilisation des fonds et le coût éventuel du portage, André Wameso a d’abord tenu à rappeler la répartition des responsabilités institutionnelles, précisant que cette question relève de la compétence du gouvernement de la République et non de la Banque centrale du Congo. Le gouverneur de la BCC a toutefois accepté de répondre sur le principe de l’endettement public. Pour lui, le débat ne devrait pas être limité au temps nécessaire à la consommation des fonds levés.
« Vous me posez une question en dehors de mes prérogatives puisque, comme vous l’avez dit, l’utilisation de ces Eurobonds est justifiée par le ministère des Finances. Mais je veux vous répondre plus globalement. Il faut savoir que l’endettement n’a jamais été mauvais pour un pays, quand cet endettement sert à défendre son pays ou sert à investir pour les générations futures », a déclaré le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso.
André Wameso a également défendu le niveau d’endettement de la RDC, affirmant que le pays figure parmi les moins endettés au monde.
« Et il faut savoir qu’en matière de taux d’endettement, notre pays est certainement l’un des pays les moins endettés du monde. Ça, c’est aussi une information que notre population doit savoir. Notre pays est l’un des pays les moins endettés au monde », a ajouté André Wameso.
Pour le gouverneur de la BCC, l’une des erreurs consiste à vouloir juger l’opération uniquement à partir de son taux d’utilisation au cours des quelques mois suivant son émission. La logique défendue par André Wameso est donc celle d’un investissement dont la rentabilité doit être appréciée sur sa durée de vie.
« Aussi, il faut savoir que l’horizon d’endettement pour ces Eurobonds, c’est respectivement cinq et dix ans. Donc, ce ne sont pas des investissements qu’il faut regarder dans une fenêtre de six mois en 2026 ou autre. Il faut regarder si ces investissements-là vont être utilisés pour produire plus de richesses dans notre économie. C’est comme ça qu’il faudra évaluer », a expliqué le patron de la politique monétaire en RDC.
Poursuivant son argumentaire, le gouverneur de la BCC a notamment repris l’exemple du barrage de Katende, cité quelques jours auparavant par le ministre des Finances, Doudou Fwamba, parmi les infrastructures financées par les ressources mobilisées.
Pour André Wameso, les retombées économiques d’un tel projet ne peuvent évidemment pas être appréciées immédiatement. Il estime que la question centrale demeure celle de la capacité du pays à faire face au service de la dette, une capacité qu’il juge assurée pour la RDC.
« Le ministre des Finances a dit qu’une bonne partie a été utilisée pour le barrage de Katende. Les effets que produira ce barrage dans le développement de la partie centre de notre pays ne vont pas se faire ressentir du jour au lendemain. Ce qu’il faut savoir par rapport à l’endettement, c’est de savoir si, budgétairement, nous avons les marges de manœuvre pour faire face à ce qu’on appelle le service de la dette. La réponse est oui, monsieur », a rassuré André Wameso.
La République démocratique du Congo (RDC) avait réussi à lever 1,25 milliard de dollars américains sur les marchés internationaux de capitaux via une émission d’euro-obligations, une première dans l’histoire du pays. Qualifiée par le gouvernement d’« entrée historique » sur le marché international, cette opération a également été saluée par le Fonds monétaire international (FMI).
À l’issue de sa mission en RDC, tenue du 23 avril au 6 mai 2026 dans le cadre du troisième examen du programme FEC (Facilité élargie de crédit) et du deuxième examen du programme FRD (Facilité pour la résilience et la durabilité), l’institution de Bretton Woods a insisté sur la bonne utilisation de ces fonds, en vue de consolider les progrès réalisés dans la modernisation de la gestion des finances publiques.
Dans le même registre, le FMI note que, pour améliorer davantage la transparence et l’efficacité de l’utilisation des ressources publiques de manière générale, des efforts supplémentaires sont nécessaires. Il cite notamment la limitation du recours aux procédures de dépenses d’urgence, le renforcement de la gestion des investissements publics, l’achèvement du déploiement du compte unique du Trésor, ainsi que la rationalisation et l’amélioration du contrôle des fonds spéciaux et des entités publiques.
Ainsi, derrière le débat sur le rythme d’utilisation des 1,25 milliard de dollars levés par la RDC, se pose une question plus large : celle de la capacité des investissements financés par cet emprunt à générer suffisamment de retombées économiques pour justifier, sur cinq et dix ans, le coût de cette dette.
Clément MUAMBA