À quelques semaines de la rentrée scolaire en République démocratique du Congo, le gouvernement, par l’entremise du ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, souhaite rassurer les enseignants et les organisations syndicales quant à la prise en compte progressive de leurs revendications ainsi qu’à la régularité de leur rémunération, dans l’objectif de parvenir à une rentrée scolaire apaisée et sereine sur l’ensemble du territoire national.
Au cours d’un point de presse tenu ce mercredi 12 août 2026, le directeur national de la Direction nationale de contrôle, de la préparation de la paie et de la maîtrise des effectifs des enseignants et du personnel administratif des établissements scolaires (DINACOPE), Vital Lumbala Kadiata, a présenté les avancées enregistrées dans l’assainissement du fichier de paie et la sécurisation de la prime de gratuité. Selon le nouveau patron de cette direction stratégique du ministère de l’Éducation, le salaire de l’enseignant est sacré et doit être payé intégralement, à temps et sans aucune retenue injustifiée.
D’après le numéro un de la DINACOPE, depuis sa nomination à la tête de cette direction en février 2026, la situation de 24 296 enseignants a été régularisée au titre de la prime de gratuité. Cette opération, a-t-il affirmé dans son intervention, s’inscrit dans le cadre des efforts engagés par le gouvernement pour améliorer les conditions de rémunération des enseignants et renforcer la transparence dans la gestion du fichier de paie.
« Cette réforme produit aujourd’hui des résultats concrets. 23 675 enseignants du primaire, jadis sous-payés, ont été régularisés et bénéficient désormais du montant intégral de 80 000 francs congolais. Et ce n’est pas tout. 621 enseignants qui ne bénéficiaient pas encore de la prime de gratuité ont également été régularisés et bénéficient désormais de cette prime. Ce sont 24 296 enseignants qui ont ainsi vu leur situation régularisée au titre de la prime de gratuité. C’est un résultat important » a déclaré le directeur national de la DINACOPE, Vital Lumbala Kadiata.
Vital Lumbala Kadiata rappelle que la prime de gratuité a été accordée au dernier trimestre de l’année 2021 par le gouvernement de la République, à la demande des syndicats des enseignants et sur instruction du chef de l’État, dans le cadre de la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement primaire dans les écoles publiques.
À ses débuts, explique-t-il, cette prime était intégrée aux frais de fonctionnement des écoles. Elle était retirée par le mandataire de l’école, généralement le chef d’établissement, avant d’être payée manuellement aux enseignants. Ce système présentait cependant certaines limites. Au fil du temps, rappelle-t-il, la prime est passée de 30 000 à 80 000 francs congolais par enseignant. Dans le même temps, le nombre d’enseignants pris en charge a augmenté, sans que l’enveloppe consacrée à cette prime ne connaisse une progression proportionnelle.
Il affirme que la régularisation de ces nouveaux enseignants a été réalisée sans supplément budgétaire, grâce aux économies dégagées par l’identification des doublons et des cas fictifs.
« Nous n’avons pas demandé une enveloppe supplémentaire au Trésor public pour réaliser ces corrections. Nous avons travaillé sur ce qui existait déjà. Nous avons renforcé le contrôle du fichier de paie. Nous avons recherché les doublons, identifié les situations irrégulières et vérifié les incohérences. Nous avons ensuite réorienté les ressources vers les véritables bénéficiaires. Un premier travail d’assainissement a ainsi permis de dégager plus de 471 millions de francs congolais d’économies » a-t-il expliqué.
D’après lui, le gouvernement est conscient du rôle essentiel de l’enseignant dans le système éducatif congolais et poursuit ainsi ses efforts pour améliorer ses conditions socioprofessionnelles. C’est dans cette logique que la DINACOPE ne ménage aucun effort pour restaurer une gouvernance transparente, axée sur les résultats, et entend poursuivre la lutte contre la fraude afin de protéger l’enseignant. Cette démarche passe notamment par l’assainissement du fichier de paie.
« Nous ne pouvons pas demander davantage de ressources à l’État si, dans le même temps, nous ne faisons pas tout pour garantir que chaque franc destiné à l’enseignant lui arrive effectivement. La lutte contre les recrutements fictifs et les irrégularités est donc une nécessité. L’harmonisation des bases de données entre la DINACOPE et la Direction de la paie a notamment permis d’améliorer la fiabilité des informations et de réduire le temps d’intégration des données de paie. Elle a également permis de détecter et de désactiver 148 administratifs de bureaux qui avaient intégré frauduleusement la paie. Ce travail va se poursuivre parce que chaque situation frauduleuse identifiée représente une ressource qui peut être réorientée vers un enseignant qui attend légitimement sa rémunération » a-t-il fait savoir.
Pour y parvenir, le directeur de la DINACOPE entend s’appuyer sur la digitalisation, considérée comme un nouvel outil de contrôle. Il a révélé son engagement en faveur de la digitalisation du contrôle physique et de la gestion des effectifs. Selon lui, la gestion des enseignants ne peut plus reposer uniquement sur des procédures manuelles. Il faut désormais digitaliser le processus et intégrer l’intelligence artificielle.
« Nous devons disposer de données fiables, actualisées et traçables. La digitalisation permettra notamment de mieux contrôler les effectifs, de réduire les erreurs, de sécuriser les données et d’accélérer les traitements administratifs. Dans la même logique, un dispositif biométrique fondé sur l’empreinte digitale et la reconnaissance faciale est progressivement mis en place au niveau de l’administration centrale. L’objectif est simple : savoir qui est réellement présent, qui est absent et disposer d’un contrôle objectif des agents. Il ne s’agit pas de sanctionner pour sanctionner. Il s’agit de renforcer la responsabilité, la discipline et la performance de l’administration » a-t-il souligné.
Par la même occasion, le directeur de la DINACOPE a rassuré qu’aucune retenue injustifiée sur les salaires des enseignants ne sera tolérée. Selon lui, il s’agit d’une question qui préoccupe légitimement les enseignants et leurs organisations syndicales.
« Des anomalies ont été constatées lors de la paie du mois de janvier, notamment des retenues de 20 000 francs congolais sur la prime de gratuité dans certaines provinces éducationnelles. Nous avons pris cette situation avec le plus grand sérieux. Des mesures correctives ont été engagées et les erreurs identifiées ont été corrigées pour la paie du mois de février. Notre ligne de conduite ne change pas : aucun enseignant ne peut faire l’objet d’une coupe ou d’une défalcation qui ne serait pas conforme aux décisions du gouvernement. La DINACOPE reste ouverte au dialogue avec les organisations syndicales et l’ensemble de nos partenaires » a-t-il indiqué.
Poursuivant son intervention, il a réaffirmé la volonté du gouvernement de maintenir la stabilité du système éducatif et d’améliorer la situation des enseignants. Conscient des défis qui restent à relever, notamment la prise en charge effective des enseignants Nouvelles Unités (NU), ainsi que la régularisation de la situation administrative et salariale des enseignants Non Payés (NP), le directeur de la DINACOPE a reconnu que plusieurs chantiers demeurent ouverts.
« Nous ne prétendons pas avoir résolu tous les problèmes. Des défis importants demeurent. Il y a notamment la prise en charge effective des enseignants Nouvelles Unités, les NU, ainsi que la régularisation de la situation administrative et salariale des enseignants Non Payés, les NP. Nous devons également poursuivre l’amélioration des moyens techniques et logistiques de la DINACOPE et continuer à travailler à l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des enseignants. Mais nous avançons, et nous avançons avec une méthode : assainir, contrôler, digitaliser, sécuriser et payer correctement » a rassuré le numéro un de la DINACOPE.
Cette démarche, qui vise notamment à s’assurer que les ressources allouées aux enseignants parviennent effectivement aux bénéficiaires légitimes, tout en renforçant la lutte contre les doublons, les irrégularités et les cas fictifs, intervient quelques semaines avant la rentrée scolaire, prévue le 1er septembre 2026 sur toute l’étendue du territoire national.
Clément MUAMBA