Le principal suspect dans l'enquête sur la mort de l'entrepreneur sportif congolais Vally Amisi, interpellé dimanche à Brazzaville, a été vu de près par un membre de la famille de la victime avant son transfèrement attendu vers Kinshasa. Joel Amisi, frère du défunt, a raconté ce face-à-face lundi lors d'un espace de discussion animé par le journaliste Stanis Bujakera sur Actualite.cd.
Le ministre congolais de la Justice, Guillaume Ngefa, a annoncé dimanche l'interpellation à Brazzaville de Mukena Mwepu Benie, recherché dans le cadre de l'information judiciaire ouverte après la mort de Vally Amisi, découvert sans vie le 10 avril dans la commune de la Gombe, à Kinshasa. Selon le communiqué du ministère, l'arrestation résulte de la coopération judiciaire entre la République démocratique du Congo et la République du Congo, et les formalités en vue du transfèrement du suspect vers Kinshasa étaient en cours à cette date. Le ministère a précisé que les faits, « initialement présentés comme un enlèvement », font l'objet d'une information judiciaire susceptible de recevoir plusieurs qualifications juridiques, et a rappelé que Mukena Mwepu Benie bénéficie de la présomption d'innocence.
Une vidéo présentée comme celle de l'interrogatoire du suspect a par ailleurs circulé sur les réseaux sociaux. On y voit un homme vêtu de noir déclarer avoir reçu une arme « dont il ne connaît pas la marque », affirmer que son rôle était d'amener la victime « à l'appartement » où « des gens étaient déjà là », puis dire : « Je l'ai tué. Il n'était pas enterré. Les gens sont venus et ont pris le corps. » Interrogé sur le fait d'avoir agi sur instruction, l'homme répond par l'affirmative.
Le récit du frère de la victime
C'est dans ce contexte que Joel Amisi a livré, lundi, le récit de son propre déplacement à Brazzaville. Son témoignage, recueilli lors d'un espace audio public animé par Stanis Bujakera, constitue à ce stade la seule source disponible sur les circonstances précises de l'arrestation et de la rencontre avec le suspect ; il n'a pas été recoupé de manière indépendante par la rédaction.
Selon Joel Amisi, l'affaire a basculé samedi soir lorsqu'une femme qu'il identifie comme « Mamu, de Mamu International » a contacté un membre de sa famille pour l'informer que des habitants de Brazzaville avaient localisé Mukena Mwepu Benie. D'après son récit, deux femmes amies de la compagne hébergeant le suspect l'auraient reconnu chez elle, avant de tenter en vain de joindre la famille Amisi puis de s'adresser à Mamu International, laquelle les aurait orientées vers la police de Brazzaville. Celle-ci aurait ensuite associé Interpol à Brazzaville à l'opération. Une équipe se serait rendue à une première adresse où le suspect ne se trouvait pas, avant d'interpeller sa compagne, qui aurait indiqué le lieu où il s'était réfugié.
Joel Amisi affirme avoir été prévenu tôt dimanche matin et avoir traversé le fleuve le jour même. Il dit s'être d'abord entretenu avec la femme du commissariat qui aurait aidé à localiser le suspect, avant de se rendre au commissariat, où il n'aurait pas pu voir Mukena Mwepu Benie faute de présence du responsable. Il affirme y être retourné lundi matin, entre cinq et sept heures, pendant les heures de visite, et avoir alors vu le suspect en personne, séparé de lui par une porte grillagée.
Selon son récit, l'homme, qu'il décrit vêtu d'un polo noir, la barbe et les cheveux négligés, l'aurait regardé puis aurait baissé les yeux pendant plusieurs minutes sans plus le fixer. Joel Amisi affirme l'avoir appelé par son prénom, « Benny », et dit avoir eu le sentiment d'être reconnu par le suspect, qu'il suppose avoir suivi sa présence médiatique pendant sa cavale. Il rappelle avoir formulé, le jour des obsèques de son frère, la promesse que la famille finirait par retrouver le responsable.
Joel Amisi indique que la rencontre s'est déroulée en présence de l'avocat de la famille et de plusieurs policiers, et non en tête-à-tête. Il salue ce qu'il présente comme une volonté de transparence des autorités congolaises (Brazzaville), évoquant l'accueil réservé à son arrivée dimanche, sur présentation de sa carte d'identité. Il affirme également qu'à son arrestation, le suspect aurait tenté, selon lui, d'induire en erreur les policiers en présentant son interpellation comme le résultat d'un différend financier avec un homme d'affaires de Kinshasa, avant que les explications de la famille, appuyées par des vidéos, ne rétablissent, selon son récit, la version liée à l'enquête pour meurtre.
Sur la suite de la procédure, Joel Amisi rapporte que les autorités de Brazzaville lui auraient indiqué qu'un interrogatoire du suspect était en cours au moment de son départ et qu'un transfert vers Kinshasa était possible « d'ici deux jours », sans confirmation de calendrier ferme. Il dit avoir assisté, lundi matin, à la remise des effets personnels du suspect à des officiers en vue d'un transfert vers un autre lieu de détention. Interrogé sur l'assistance juridique et familiale dont bénéficierait le suspect, Joel Amisi indique ne pas être en mesure de le confirmer, tout en évoquant, par des contacts non précisés à Brazzaville, la présence supposée de la mère du suspect dans la capitale congolaise.