L'ancien ministre des Affaires étrangères de Joseph Kabila, Léonard She Okitundu, a levé un coin du voile sur les discussions d'Ibiza et de Venise, prélude au rapprochement entre le camp Kabila et l'UDPS. Il revendique un rôle central dans ces contacts et récuse l'idée d'un marchandage autour du « glissement ». C'était lors d'un space X avec Stanis Bujakera.
Léonard She Okitundu se présente comme l'un des artisans de la « réconciliation sur le plan national ». Aujourd'hui cadre de l'Union sacrée, l'ancien chef de la diplomatie congolaise affirme avoir été « parmi ceux qui avaient initié » les rencontres entre la majorité de l'époque et l'opposition, en particulier l'UDPS. Des échanges qui, selon lui, ont d'abord eu lieu à Ibiza puis à Venise, et auxquels il dit avoir personnellement pris part.
Badibanga et Tshibala, des choix « non légitimés » par l'UDPS
Revenant sur les gouvernements formés à l'issue des différents cadres de négociation, celui de Samy Badibanga puis celui de Bruno Tshibala, She Okitundu pointe leur faiblesse originelle. Ces deux personnalités, issues de l'UDPS, ne bénéficiaient pas de la confiance de leur parti. « ce choix n'était pas légitimé par l'UDPS, ce qui a posé certains problèmes », déclare-t-il.
C'est ce constat, explique-t-il, qui a conduit le pouvoir à changer d'interlocuteur. « Il fallait aller à la rencontre de celui qui avait effectivement obtenu la confiance de son parti politique », souligne l'ancien ministre, en référence à Félix Tshisekedi, alors responsable des relations extérieures de l'UDPS.
Félix Tshisekedi « constamment informé »
Selon She Okitundu, Félix Tshisekedi suivait ces pourparlers « un peu de loin », par l'intermédiaire de deux personnes chargées de lui faire rapport. « Je ne connais pas tous les détails, mais pour avoir été lors de ces discussions, je me suis rendu compte qu'il était constamment informé de ce qui se passait », affirme-t-il.
Pour justifier cette démarche, l'invité avance un argument idéologique : les deux formations se réclamant de la social-démocratie, il n'existait selon lui « aucune divergence » de fond. Les tensions relevaient plutôt de « conflits personnels ou des egos » qu'il fallait « mettre sous le boisseau ». Une entente entre les deux camps était d'ailleurs, assure-t-il, « le souhait de l'Internationale socialiste à l'époque ».
Le « glissement » contre la Primature ? « Pas une monnaie d'échange »
Interrogé sur les accusations selon lesquelles le camp Kabila aurait proposé la Primature à l'UDPS en échange de son acceptation du « glissement » du calendrier électoral, She Okitundu dément. « Ce n'était pas, à mon avis, une monnaie d'échange », tranche-t-il.
Il défend une autre lecture : les élections ne pouvaient être organisées immédiatement et nécessitaient un temps de préparation qu'il fallait gérer. Or, selon lui, les partisans du président sortant ne pouvaient pas conduire seuls cette période. « Il fallait associer l'opposition. Et dans l'opposition, l'UDPS joue un rôle important, même un peu prééminent », explique-t-il. D'où le choix d'un contact « assez particulier » avec Félix Tshisekedi, « la personne légitimée » au sein du parti, pour rechercher un compromis qui allait préfigurer la coalition CACH-FCC.
Des divisions internes à l'UDPS à l'origine de l'échec
Pourquoi les discussions d'Ibiza et de Venise n'ont-elles pas abouti à l'époque ? She Okitundu y voit la conséquence des divisions au sein même de l'UDPS, partagée entre des proches de Félix Tshisekedi et d'autres cadres qui avaient « une autre manière de voir les choses ». Il dit avoir alors défendu une ligne claire auprès de ses interlocuteurs : « Si on voulait traiter avec l'UDPS, la personnalité légitime pour ça, c'était l'actuel président de la République. » Et d'ajouter : « Je pense que je ne me suis pas trompé. »
L'ancien ministre précise toutefois que son implication s'est arrêtée à cette phase de rapprochement. Il affirme n'avoir joué aucun rôle dans la gestion ultérieure de la coalition CACH-FCC, étant resté, dit-il, « simple parlementaire ».