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Sun-City : Bob Kabamba Kazadi revient sur les ingrédients d'un dialogue réussi

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« Il n'y avait pas vraiment de conditions qui avaient été posées » : c'est par cette précision que le professeur de science politique Bob Kabamba Kazadi (Université de Liège) a entamé, vendredi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, son analyse du dialogue intercongolais de Sun City, y puisant des clés de lecture pour éclairer le dialogue national actuellement en gestation.

Interrogé sur les conditions posées, à l'époque, aux mouvements rebelles pour leur participation aux négociations, le professeur a d'abord tenu à corriger une idée reçue. C'est un objectif commun, partagé par l'ensemble des acteurs, qui avait rendu possible une inclusivité aussi large. Politiques, rebelles, société civile et Église catholique s'accordaient alors sur un même constat : la poursuite de la guerre ne pouvait mener qu'à la balkanisation durable du pays entre plusieurs entités rivales. Ce conflit, rappelle l'analyste, avait été qualifié de « première guerre mondiale africaine » en raison du nombre de morts et de pays impliqués. À ce consensus interne s'ajoutait une pression internationale unanime, portée par l'Union africaine, les pays de la région et les « trois parrains » de l'époque, Paris, Londres, Bruxelles et Washington, tous acquis à l'idée qu'il fallait mettre fin à cette guerre par le dialogue plutôt que la poursuivre.

Sur la question du blocage éventuel entre acteurs, le professeur Kabamba Kazadi a détaillé la méthode qui avait permis, selon lui, d'accorder les violons à Sun City. Il explique qu'un travail préalable avait consisté à cartographier l'ensemble des forces politiques et rebelles congolaises, en identifiant leurs enjeux et objectifs respectifs. Ce travail avait révélé un dénominateur commun : tous les acteurs recherchaient le pouvoir. Partant de ce constat, les médiateurs avaient classé les différents acteurs par strates, avant de définir un cadre minimal acceptable par tous, devant déboucher sur des élections permettant à chacun d'espérer conquérir le pouvoir par les urnes plutôt que par les armes. Cette architecture s'est concrétisée par ce que le professeur appelle des « clés de répartition », un système de partage des postes, ambassades, ministères, parlement, entreprises publiques, entre les différentes composantes.

L'analyste souligne enfin que ce montage institutionnel, qui a vu le président de l'époque accepter d'être entouré de quatre vice-présidents issus des différentes composantes, avait bénéficié du soutien des acteurs congolais eux-mêmes, mais aussi d'un mécanisme de supervision extérieur : le Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT), réunissant quinze ambassadeurs chargés de veiller à ce que ce dispositif complexe tienne la route jusqu'à des élections dont le vainqueur obtiendrait la pleine légitimité pour diriger le pays.