Le général d’armée et ancien chef de la Maison militaire de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila Kabange, François Olenga, ne figure plus sur la liste des personnes et entités faisant l’objet de sanctions de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), le Bureau de contrôle des avoirs étrangers du département américain du Trésor.
Dans sa mise à jour du mercredi 23 septembre 2026, dont un exemplaire est parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD, l’OFAC a supprimé de sa liste des personnes spécialement désignées et faisant l’objet de sanctions (Specially Designated Nationals and Blocked Persons List, ou « SDN List ») les différentes inscriptions correspondant à François Olenga, notamment sous les noms de François Okunji, François Olenga Tete, François Olenga Tate et François Otshundi. Le Safari Club, lui appartenant également et enregistré sous les appellations « Centre de loisir Safari Club » et « Safari Beach », a également été retiré de la liste.
Se confiant à la presse ce vendredi 25 septembre 2026, Me Aimé Kilolo, avocat du général d’armée François Olenga, révèle que cette décision marque l’aboutissement de plusieurs années de démarches juridiques auprès des autorités américaines. Selon l’avocat, cette procédure l’a conduit à multiplier les démarches auprès des autorités américaines afin de présenter les arguments de son client et de solliciter le réexamen de la mesure de sanctions.
« Pendant neuf ans, j’ai défendu juridiquement une conviction devant le système américain. Nous avons utilisé les procédures prévues par ce système, produit nos arguments et démontré que la décision initiale devait être réexaminée. Voir aujourd’hui ces arguments aboutir constitue naturellement une immense satisfaction professionnelle. C’est aussi la démonstration que l’expertise juridique congolaise peut se faire entendre au plus haut niveau international » a expliqué Me Aimé Kilolo
Pour Me Aimé Kilolo, l’affaire Olenga dépasse le seul cadre de la défense individuelle. Elle illustre également, selon lui, la portée croissante des décisions prises par certaines grandes puissances à l’égard de personnes et d’entreprises situées en dehors de leur territoire. Les sanctions américaines peuvent en effet avoir des répercussions importantes au-delà des frontières des États-Unis, notamment en raison du rôle du dollar et de l’importance du système financier américain dans les transactions internationales.
« Nous évoluons progressivement vers une forme de gouvernance mondiale globalisée. Il ne s’agit pas d’un gouvernement mondial au sens institutionnel, mais d’un système dans lequel certaines décisions nationales produisent des effets presque universels. La RDC doit comprendre cette mutation et ne pas rester sur le banc. Elle doit devenir actrice », a estimé l’avocat Aimé Kilolo.
Cette réflexion conduit Me Kilolo à plaider pour une évolution du cadre juridique congolais. Celui qui fut également l’avocat de Jean-Pierre Bemba Gombo devant la Cour pénale internationale (CPI) estime notamment que la République démocratique du Congo doit se doter d’une législation moderne sur les sanctions ciblées, afin de pouvoir agir contre les personnes et entités impliquées dans les crimes internationaux commis notamment dans l’Est de la RDC, tout en garantissant les droits de la défense et un droit de recours.
Pour lui, un tel dispositif devrait naturellement être accompagné de garanties procédurales, notamment la possibilité, pour les personnes concernées, de contester les décisions prises à leur encontre.
« Pourquoi attendre systématiquement les sanctions américaines ou européennes contre ceux qui participent aux crimes qui frappent d’abord les Congolais ? La RDC doit construire ses propres instruments juridiques et contribuer elle-même à cette nouvelle gouvernance internationale » a fait savoir l’avocat Aimé Kilolo.
Réagissant aux préoccupations de ACTUALITE.CD qui lui demandait si l’adoption, par la RDC, d’une législation en matière de sanctions pouvait empêcher des puissances extérieures, notamment les États-Unis ou l’Union européenne, de prendre des sanctions contre des personnalités ou des entités congolaises, et comment un tel dispositif pourrait concrètement fonctionner face aux sanctions décidées par des États ou organisations étrangères? Me Aimé Kilolo Musamba estime que la guerre dans l’Est de la RDC comporte un volet économique auquel il faut s’attaquer.
Selon lui, il ne faut pas se limiter aux agresseurs, mais également viser les prédateurs régionaux et internationaux qui tirent profit du pillage des ressources congolaises.
« Je veux le dire crûment : la guerre dans l’Est du Congo ne se terminera jamais si nous ne nous attaquons pas à son volet économique, c’est-à-dire si nous ne nous limitons pas aux agresseurs, mais si nous nous attaquons aussi aux prédateurs régionaux et internationaux. Nous pouvons sanctionner les chefs de groupes armés, dénoncer les agresseurs et multiplier les initiatives diplomatiques. Mais tant que les minerais pillés au Congo continueront à alimenter des circuits régionaux et internationaux extrêmement lucratifs, il y aura toujours des intérêts économiques pour entretenir cette guerre. Cette dernière ne se terminera jamais et renaîtra toujours de ses cendres après chaque épisode » a expliqué Me Aimé Kilolo.
Et de poursuivre :
« Il faut donc frapper les prédateurs régionaux rwandais, burundais, ougandais et internationaux, américains, européens et asiatiques, qui tirent profit du pillage de nos ressources : sociétés-écrans, négociants, intermédiaires, raffineries et multinationales occidentales bénéficiaires de ces chaînes d’approvisionnement »
Dans le même registre, celui qui fut également l’avocat de Jean-Pierre Bemba Gombo à la CPI juge insuffisantes les sanctions occidentales et estime qu’elles sont sélectives. Selon lui, la RDC ne doit pas toujours attendre que le ton des sanctions soit donné de l’extérieur.
« Je considère, à cet égard, les sanctions occidentales encore trop timides et sélectives. Pourquoi la RDC devrait-elle attendre Washington ou Bruxelles pour sanctionner ceux qui participent au pillage des richesses qui se trouvent dans son propre sous-sol ? Nous avons même connu cette situation paradoxale où la RDC a porté plainte, sans succès, en France et en Belgique contre des filiales d’Apple pour des faits allégués liés aux minerais provenant de zones de conflit, au lieu de disposer elle-même d’un arsenal juridique suffisamment puissant pour prendre des sanctions économiques ciblées contre toute entreprise dont l’implication serait établie » a fait remarquer Me Aimé Kilolo.
Poursuivant sa réflexion, Me Aimé Kilolo insiste sur la nécessité, pour la RDC, de se doter de ses propres instruments juridiques de sanctions ciblées. Selon lui, ne pas disposer d’une législation propre en la matière n’est pas cohérent.
« C’est de l’abdication aux attributs essentiels de sa propre souveraineté. Nous sommes le pays pillé, mais nous avons abandonné aux autres une grande partie du pouvoir de sanctionner les réseaux du pillage. Ce n’est pas cohérent. C’est de l’abdication aux attributs essentiels de sa propre souveraineté. La RDC doit se doter de ses propres instruments juridiques de sanctions ciblées : gel des avoirs, interdiction de transactions, exclusion de certains marchés, restrictions financières et économiques contre les entreprises, les banques et les multinationales impliquées dans ces réseaux. Il faut suivre le minerai jusqu’à la raffinerie et jusqu’à l’acheteur final. Il faut suivre l’argent jusqu’au bénéficiaire final. Et il faut frapper économiquement là où cela fait mal » a insisté Me Aimé Kilolo
Pour ce praticien du droit, la paix dans l’Est passe par une guerre juridique et économique contre les prédateurs régionaux et internationaux.
« Tant que le pillage du Congo restera rentable, la guerre pourra s’arrêter par épisodes, mais ne se terminera jamais. Et tant que la guerre restera rentable, elle trouvera toujours des acteurs pour l’entretenir. Voilà pourquoi je le dis sans détour : la paix dans l’Est passe par une guerre juridique et économique contre les prédateurs régionaux et internationaux. La RDC doit enfin se donner les armes juridiques pour la mener elle-même » a fait savoir Me Aimé Kilolo.
Rappelons que Washington avait sanctionné François Olenga le 1er juin 2017. Général d’armée, il était alors chef de la Maison militaire du président Joseph Kabila. Le Trésor américain lui reprochait d’avoir supervisé des opérations de sécurité visant l’opposition et affirmait que la Garde républicaine avait entravé le processus démocratique. Safari Beach avait, quant à lui, été visé en raison de ses liens avec le général
Clément MUAMBA