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FDLR : pour Bob Kabamba, le vrai danger est idéologique, pas militaire

Photo d'illustration

Le protocole de démobilisation et de désarmement des FDLR présenté par le gouvernement congolais à ses partenaires relève davantage de la manœuvre diplomatique que d'une solution au problème rwandais dans l'Est de la RDC. C'est l'analyse livrée vendredi par le politologue Bob Kabamba, invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala.

Interrogé sur ce document, qui prévoit une réduction volontaire des effectifs combattants suivie d'une dissolution du mouvement au terme d'une phase de sensibilisation, et qui aurait été paraphé par Victor Byiringiro, président de la branche politique des FDLR, l'universitaire a tranché sans détour. « C'est plutôt le deuxième argument qui est souligné », a-t-il répondu, écartant l'hypothèse d'une avancée réelle vers la neutralisation du mouvement au profit de celle d'un instrument destiné à démontrer la bonne volonté de Kinshasa et à priver Kigali de son principal argument.

Pour étayer son propos, Bob Kabamba a longuement replacé le dossier dans sa profondeur historique. « Les FDLR ne viennent pas de nulle part », a-t-il rappelé, retraçant leur filiation depuis l'arrivée des réfugiés hutus dans les camps de l'Est congolais. « Des organisations se sont créées avec l'objectif de réattaquer le Rwanda, reprendre le pouvoir et "terminer le travail", comme on disait à l'époque. » Ces structures ont d'abord pris le nom d'ALIR, l'Alliance de libération du Rwanda, déclinée en ALIR 1 et ALIR 2, qui ont mené plusieurs incursions au Rwanda, notamment dans la région de Ruhengeri et la forêt de Nyungwe. Une séquence, souligne-t-il, qui a été « une source d'insécurité pendant plusieurs mois et plusieurs années en RDC ».

Le passage de l'ALIR aux FDLR, insiste le politologue, ne fut pas une refondation mais un changement d'étiquette, obtenu sous pression. « Pour le Rwanda, les ALIR sont devenus un enjeu clair de survie pour le système politique et sécuritaire », explique-t-il, évoquant des pressions exercées d'abord sur Mobutu, puis sous Laurent-Désiré Kabila. « Finalement, pour casser la dynamique ALIR, on a transformé la dynamique ALIR en dynamique FDLR : Forces démocratiques de libération du Rwanda. L'objectif était de sortir du vocabulaire de "tentative de reprise de pouvoir" », dit-il, en pointant la permanence de l'objectif réel : reprendre le pouvoir à Kigali et « terminer le travail », c'est-à-dire, selon ses termes, « terminer le génocide », « tuer tous les Tutsis qui sont au pouvoir à Kigali ».

D'où son scepticisme sur le processus en cours. « En regardant ce qui se passe aujourd'hui, on ne peut pas ne pas se référer à ce qui s'était passé à ce moment-là », prévient-il. « Même s'il y a un processus de dissolution et de désarmement des FDLR qui est mis en place, le problème ne sera pas résolu. »

Car le cœur de la question, selon lui, n'est plus militaire. Il évalue les effectifs du mouvement à une fourchette de « 2 000, 3 000, voire 4 000 ou 5 000 hommes », recrutés et formés au Nord et au Sud-Kivu. « En tant que tels, les FDLR ne pèsent pas beaucoup », estime-t-il. « C'est plutôt l'idéologie qui est la plus dangereuse. C'est l'idéologie qui est véhiculée : "nous allons mettre fin à la problématique des Tutsis dans cette région". Cette idéologie est dangereuse et constitue pour Kigali une menace, plus que les FDLR en tant que tels. »

Sa conclusion est sans ambiguïté : « Le processus engagé ici par Kinshasa, de mon point de vue, ne va pas changer grand-chose. Le problème va restera tel qu'il a toujours été depuis l'arrivée des Hutus dans les camps de réfugiés au Congo ».